Les ‘’think tanks’’ ont-ils une influence sur la politique toulousaine ?

Think Tank retouche FOREST

NEURONES. Les ‘’think tanks’’, sorte de laboratoire de pensées, prolifèrent en France mais aussi au niveau local. Depuis quelques années, Toulouse voit arriver ses organisations particulières peu connues du grand public, mais qui tentent pourtant d’avoir une influence dans le jeu politique. Éclairage.

Par Coralie Bombail et Thomas Simonian.

Phénomène de mode ? Les ‘’think tanks’’, venus tout droit des États-Unis, se multiplient sans qu’on sache très bien à quoi ils servent. Toulouse ne fait pas exception à la règle. Le dernier arrivé dans la ville est La Compagnie Riquet, créée en janvier 2013, avec « l’idée de rassembler des citoyens pour réfléchir aux enjeux politiques, au sens noble du terme, centrés sur la métropole toulousaine », explique Joël Echevarria, président du ‘’think tank’’. À quelques mois des élections municipales, la jeune organisation a tenté de peser dans les débats. En vain. « On a organisé trois débats, mais en fin de campagne on a ressenti les crispations des candidats, concentrés sur leur territoire et non sur la métropole », reconnaît-t-il. Pour autant, La Compagnie Riquet ne désespère pas de faire entendre ses idées. Le plan est simple : faire du bruit dans la presse pour interpeller les élus. Pas de contacts directs donc avec les acteurs politiques : « Quand ils sont en campagne, ils doivent séduire et promettre tout et n’importe quoi ; quand ils sont élus, ils ont une tendance naturelle à l’enfermement, et chercher des idées ailleurs est vécu comme une preuve de faiblesse », analyse Joël Echevarria. La Compagnie Riquet se positionne en dehors des clivages politiques, même si une légère majorité de ses membres est classée à gauche. Rassembler les Toulousains hors des partis politiques, c’est également le crédo de Génération Cap Toulouse, un tout nouveau club présidé par l’avocat toulousain Éric Lacassagne : « Les partis prennent trop souvent des décisions qui ne sont pas dictées par l’intérêt général, nous souhaitons donc prendre le contre-pied. Nous sommes complètement libres … » Beaucoup de membres fondateurs ont pourtant une réelle expérience politique. Ils étaient sur la liste de Jean-Pierre Plancade aux dernières élections municipales : « Cela a été un déclic. Nous nous sommes connus pendant la campagne, et on s’est rendu compte que nous partagions les mêmes préoccupations. » Aujourd’hui, le groupe phosphore déjà en étant organisé en groupes de travail avec pour finalité « de donner un cap, une vision à Toulouse. C’est ce qui manque à notre ville à l’instar de ce qu’ont par exemple réalisés Alain Juppé à Bordeaux, Gérard Collomb à Lyon ou même Georges Frêche à Montpellier. » La première planche de travail se présente sous forme de question : qu’est-ce qu’une ville ? La synthèse interviendra dans les mois qui viennent afin de déterminer les thématiques fortes qui feront un futur projet pour la ville rose : « Dans le futur proche, on ne devrait pas trop nous entendre, on bosse… De notre côté, nous avons le temps, contrairement aux partis qui sont en campagne permanente, et qui donc ne travaillent jamais sur le fond. » Aux-côtés d’Éric Lacassagne, on note la présence de son confrère Jean-Paul Bouche, du directeur général du Groupe Inforsud, Gérard Trullen, et de la membre du CESER, Nadine Barbottin. « On veut peser », souligne le président de Génération Cap Toulouse.

D’autres ‘’think tanks’’ sont clairement marqués politiquement et appliquent donc une autre stratégie, axée sur une plus grande proximité avec les élus. C’est le cas de L’A.P.Ré (Association des professionnels réformistes), née en 2006 et proche de l’UMP. Son président, Jean-Louis Chavoillon, est membre du parti, tout comme « environ 40 % de nos adhérents », signale-t-il. Leur cheval de bataille, « réformer la France via l’allégement de la fiscalité, la réforme territoriale, le non-cumul des mandats… Bref, secouer le cocotier », clame Jean-Louis Chavoillon. Au niveau national, le ‘’think tank’’ est proche de Valérie Pécresse et du député Arnaud Robinet, notamment. Mais c’est surtout au niveau local que L’A.P.Ré tente d’influer : « J’ai soutenu Laurence Arribagé dans sa campagne pour les législatives, et j’ai les meilleurs relations du monde avec Jean-Luc Moudenc », assure le président du ‘’think tank’’. « C’est un ami, nous l’avons soutenu dans sa traversée du désert et aujourd’hui nous nous voyons régulièrement », poursuit-il. Ce groupe de réflexion travaille notamment sur la problématique « des commerces indépendants qui se raréfient en centre-ville, on est en lien sur ce thème avec Jean-Jacques Bolzan (adjoint aux commerces et à l’artisanat) ». Il devrait bientôt entrer en contact avec l’adjoint Jean-Michel Lattes, pour évoquer les problèmes de transport : « La rocade est bouchée de plus en plus tôt le matin, nous prônons la construction de ponts au-dessus du périphérique », cite-t-il en exemple.  L’A.P.Ré se veut force de propositions, sans être pour autant « une anti-chambre du Capitole », précise Jean-Louis Chavoillon, conscient que les élus « piochent des idées un peu partout ». Mais Jean-Louis Chavoillon défend également ses idées en se présentant à des élections où il porte à la fois la casquette UMP et A.P.Ré Le ‘’think tank’’ devient-il un appareil politique ? La question peut se poser.

Du côté de L’Estrade, on semble avoir tranché sur la question. On ne traitera plus de politique : « Aujourd’hui, nous nous recentrons sur l’économie et la culture », précise le président Hervé Boco. Il faut dire que la frontière entre ce ‘’think tank’’ de près de 200 membres, et l’UDI, a été quasi inexistante durant de longs mois. Crée en décembre 2011, L’Estrade aura vu ses deux principaux responsables, Hervé Boco donc, mais aussi Benjamin Vignau, devenir des cadres toulousains de la formation centriste. Ils ont même embarqué dans leur aventure nombre d’adhérents du ‘’think tank’’ : « Si on avait retiré L’Estrade de l’UDI, il n’y aurait quasiment rien eu matière d’idées dans ce parti », sourit à peine le président de L’Estrade. L’objectif avoué est de monter les effectifs à 500 dans les six prochains mois, et de travailler sur le développement d’antennes en France et en Europe. Le ‘’think tank’’ en revendique déjà à Paris, Lyon, Bordeaux, Grenoble, Londres et Barcelone. Dans les ‘’think tanks’’ toulousains, on était soit encartés et on souhaite redevenir désormais libres… Ou alors on fait le chemin inverse. Mais la politique n’est jamais très loin, même si certains s’en défendent.



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