Les pleins pouvoirs

Stéphane Baumont

Alors que la Grèce est plongée dans une crise politique, économique et sociales sans précédent et que le spectre d’une crise de pouvoir n’est pas exclu, la France vient de connaître Dimanche 17 Juin la fin d’un cycle électoral et a vu la dramatisation des enjeux aux Présidentielles et la curieuse et inquiétante tranquillité d’une «Mer des Sargasses» politique lors des législatives, au point que certains se demandent s’il ne serait pas idéal de faire concorder les élections présidentielles et législatives. Comme le prévoyaient les sondages, la gauche dispose d’une nette majorité – plus large qu’en 1997 et 1988 – et d’une majorité absolue (plus de 289 sièges) ; l’abstention reste forte (il n’y a pas eu de remobilisation de l’électorat) ; quant au niveau du FN, il se maintient au même étiage qu’au premier tour, mais retrouve deux députés. Au-delà du «TWITTEILERGATE» instaurant un «quinquennat vaudevillesque», Feydeau et Labiche entre Paris et La Rochelle, un comeback des «rois maudits», Hermione et Andromaque, la «Pompadour» de Paris-Match et suscitant un rappel à l’ordre et à la discrétion du Premier Ministre (le Président prenant en l’occurrence de la distance vis-à-vis de ses deux compagnes, celles d’hier et celle d’aujourd’hui), le Parti Socialiste a les mains libres pour gouverner le pays (la bipolarisation accompagnant la présidentialisation du régime autant qu’elle l’accentue) : hormis le PS et l’UMP point de véritable représentation d’autres forces politiques (élimination de Mélenchon et de F. Bayrou pour lesquels beaucoup sinon tout est à reconstruire). Voilà donc réalisé, comme à d’autres moments de la V° République, l’adéquation des majorités parlementaires et présidentielle sur fond d’abstention massive et de crise de la démocratie représentative. En portant François Hollande au pouvoir et en lui donnant une majorité pour gouverner le but étant notamment de mettre fin à «l’hyperprésidence sarkozyste» mais jamais (dans toute l’histoire de la V° République) le Président n’aura bénéficié de pouvoirs aussi étendus, disposant de la majorité dans les deux chambres et contrôlant la presque totalité des Conseils Régionaux. Comme le souligne, avec acuité, Christian Salmon : «Sans doute François Hollande a-t-il l’intention de faire un usage modéré de ses pouvoirs exorbitants, mais peut-on être un Président «normal» dans un régime qui ne l’est pas ?» Au-delà des postures, de la «normalité» rappelée à titre emblématique mais cassée et envoyée aux oubliettes par l’attitude twitteuse de la compagne du Président, voilà venus les vrais débats de la Présidence Hollande sur fond de crise européenne et de rigueur à venir : ayant tous les pouvoirs – sauf le Conseil Constitutionnel – sauf celui de voter l’emploi et la croissance, le Président et son gouvernement ne pourront plus invoquer la faute de l’Autre ou des autres. Voilà venue la Présidence de l’absolue responsabilité. Les programmes viennent s’échouer sur les réalités, «l’émergence du malheur, comme le souligne le philosophe Robert Misrahi, n’est pas la conséquence de la démocratie mais l’expression de l’insuffisante application de ses principes.» Pour dénouer une situation de crise, après que les «pleins pouvoirs» ont été démocratiquement votés, il faut d’urgence qu’aux utopies abstraites succède la realpolitik permettant la souveraineté existentielle des individus !

Stéphane Baumont



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