Les institutions vont-elles vaciller ? Un pays en crise, un exécutif qui flanche… Analyse toulousaine.

L’affaire Léonarda qui a divisé, des bonnets rouges qui se reproduisent à travers le territoire, de nouvelles taxes annoncées tous les jours, une réforme des rythmes scolaires qui provoquent des remous, un gouvernement qui se déchire aux yeux de tous, un premier ministre affaibli et un président qui se fait siffler à chaque sortie officielle. La crise n’est seulement économique et sociale, elle est en passe de devenir politique. Décryptage. Par Thomas Simonian

 

« La situation est très grave, mais il faut mettre en perspective les événements français avec ce qui se passe dans les autres pays européens. Il y a dans beaucoup d’entre eux des mouvements de contestation… », introduit Sacha Briand, conseiller régional UMP et colistier annoncé de Jean-Luc Moudenc. Il y a en effet un vent de crise qui souffle sur toute l’Europe, et qui gagne aujourd’hui une France au climat « pré-insurrectionnel », selon Stéphane Baumont, le politologue du JT. Les Français semblent même aujourd’hui désemparés face à la situation actuelle, « il y a une défiance épidermique à l’Etat. Les gens sont à cran, et les efforts demandés, mal compris », nous commente Alain Refalo, porte-parole d’EELV à Colomiers. « Les Français ont le sentiment que leurs représentants politiques ne tiennent pas suffisamment en compte leurs attentes » confirme Sacha Briand. La politique fiscale engagée n’est d’ailleurs plus admise par les Français, et Bercy ne donne plus vraiment de cap. Même les syndicats somment le gouvernement d’agir et de tenir ses engagements en la matière : « Ce gouvernement avait dit qu’il ferait une réforme fiscale. C’était le vœu exprimé par François Hollande avant son élection », a récemment rappelé Thierry Lepaon,  nouveau patron de la CGT. Le conseiller régional S.Briand tire d’ailleurs la sonnette d’alarme, « alors que nous traversons une crise économique sans précédent, on décide de nous assommer d’impôts et de taxes. On nous fait payer alors qu’aucune solution palpable n’est envisagée pour le quotidien de chacun. Alors là, on est dans la rupture du pacte républicain ! » Les mots sont durs mais reflètent sans doute une réalité terrain : « A partir de maintenant, à chaque fois qu’on voudra imposer, il y aura de la désespérance puis de la résistance », ajoute l’écologiste Alain Refalo. Ce dernier, par ailleurs instituteur de profession, prend la réforme des rythmes scolaires pour exemple : « Sur le fond, je suis favorable à la réforme Peillon, mais elle pêche totalement concernant les modalités d’application. Il n’y a pas eu de concertation avec tous les acteurs concernés, et donc pas d’anticipation sur les problèmes rencontrés aujourd’hui dans les communes. Or, les Français ont besoin de comprendre et de s’approprier les réformes… » Une réforme qui serait donc juste, mais qui provoque pourtant des réticences dans tout le pays. Etrange, non ? Pas pour l’universitaire Stéphane Baumont : « Il y a tellement eu de couacs depuis le début de la mandature, et le climat est tel, que l’exécutif prend peur… » Le gouvernement serait donc devenu inaudible aux oreilles du pays, et plus rien ne pourrait trouver grâce aux yeux d’âmes perdues et inquiètes pour l’avenir.

Et maintenant ?

Alain Refalo, EELV Colomiers

François Hollande va donc devoir réagir. Mais comment ? Le député socialiste de l’Essonne, Malek Boutih, a réclamé un remaniement : « Il faut remplacer le Premier Ministre d’urgence. » Un avis partagé par notre politologue : « Il faut un changement rapide de Premier Ministre, remettre de l’ordre à Bercy, et intégrer des poids lourds tels que Martine Aubry, Bertrand Delanoë et Gérard Collomb au gouvernement. » L’idée serait donc de donner une vraie solidité à un exécutif qui en a tant besoin, et François Hollande serait à la recherche de l’oiseau rare pour remplacer le locataire actuel de Matignon. Il est d’ailleurs à parier que Jean-Marc Ayrault devra encore faire preuve de courage et de loyauté jusqu’aux prochaines échéances électorales… Aucun intérêt politique pour le Président en exercice de tout bouleverser avant des scrutins qui pourraient s’avérer difficiles pour le PS. Le choix du Premier Ministre n’est par ailleurs pas le sujet principal, car c’est le changement de cap qui sera primordial pour les Français. Avec deux représentants EELV au gouvernement, le parti d’Alain Refalo va devoir faire un choix : « Je suis en désaccord avec l’orientation actuelle qui vise à soutenir le pouvoir. » Tel est l’enjeu du prochain congrès du parti écologiste qui aura lieu le 30 novembre prochain : « J’espère que la base va se réveiller et oublier les enjeux de pouvoir. L’intérêt général doit primer », scande le porte-parole d’EELV à Colomiers.

La dissolution en question

Sacha Briand, UMP

Stéphane Baumont pense que la dissolution est une fausse bonne solution, et qu’une cohabitation n’est pas forcément envisageable : « Hollande n’est absolument pas dans les cas de figure connus avec Mitterrand et Chirac. Mon sentiment est qu’au vu du climat dans le pays, personne à droite n’acceptera de prendre Matignon… » Pour le politologue, c’est à François Hollande de se remettre en question : « Il est un admirateur de la 4ème république, or c’est un barbarisme politique profond. » Sacha Briand est lui aussi dans une posture plutôt hostile à une hypothèse de dissolution : « Je ne suis pas partisan de la rupture des calendriers politiques. Apporterait-elle une réponse à tous les maux actuels ? Je n’en suis pas convaincu. »

Il y a donc clairement ce sentiment que François Hollande est dans une passe difficile qui le dépasse d’ailleurs largement : « Nous vivons une crise de civilisation… Je ne voudrais pas être à sa place » concède l’écologiste Alain Refalo. « Il est légalement là jusqu’en 2017, mais est-il encore légitimement là ? » s’interroge de manière provocatrice Stéphane Baumont. Au mois de décembre, François Hollande est attendu pour une conférence de presse qui sera un tournant de sa mandature. Il va devoir rassurer des Français qui le placent chaque semaine à des records d’impopularité… « Nous sommes engagés dans une spirale infernale et gravissime qui nourrit les extrêmes et les comportements d’incivilité. La violence pourrait vite l’emporter… Et alors nous pourrions plonger dans une crise institutionnelle » nous confie A. Refalo. L’Elysée est prévenu.



UN COMMENTAIRE SUR Les institutions vont-elles vaciller ? Un pays en crise, un exécutif qui flanche… Analyse toulousaine.

  1. Gold31 dit :

    Ecrasés par la pression fiscale, les français n’auront bientôt plus de pain.
    Qu’ils se rassurent, au prochain printemps français, ils auront de la brioche!
    En attendant, achetez ou faites tricoter par des mamies…votre futur bonnet rouge, il pourrait y avoir pénurie, le jour venu.

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