Les femmes prennent le pouvoir

Cette fois-ci c’est une réalité à Toulouse, les femmes prennent de plus en plus de place dans les appareils politiques. Dans l’histoire récente, seule Françoise de Veyrinas, figure des années Baudis, avait réussi à s’imposer jusqu’à entrer au gouvernement Juppé en 1995. Aujourd’hui Isabelle Hardy est un pilier du système Cohen et porte un bilan personnel convaincant, Laurence Arribagé « drive » parfaitement les militants UMP et se prépare peut-être à devenir  la n°2 de la liste Moudenc, Laurence Massat Guiraud-Chaumeil vient d’être nommée  déléguée départementale de l’UDI tout en travaillant à son avenir, et Myriam Martin de la Gauche anticapitaliste (Front de Gauche) est en campagne aux côtés de Jean-Christophe Sellin . Présentation de quatre femmes qui vont dessiner le Toulouse de demain. Un dossier préparé par Coralie Bombail, Claire Manaud et Thomas Simonian.

 

 

 

 

Isabelle Hardy, « Je me suis reconnue dans les valeurs du PS »

 

Isabelle Hardy, adjointe au maire de Toulouse en charge du commerce et de l’artisanat, est une nouvelle arrivée en politique. Elle a fait ses premiers pas en 2008, lors de la dernière campagne municipale, puis s’est engagée au Parti socialiste en cours de mandat.

 

Démarrage en force. Isabelle Hardy fait son entrée en politique au poste d’adjoint au maire. En 2008, elle est choisie sur la liste de Pierre Cohen en tant que membre de la société civile. Elle est chargée de communication à l’Ardesi (Agence régionale pour le développement de la société de l’information), dissoute en 2012, puis redéployée à Midi-Pyrénées Innovation, une autre agence régionale. Deux structures, « proches des collectivités », remarque-t-elle. Puis, intégrer une majorité socialiste lui donne l’envie de s’engager véritablement au sein du parti, « c’était devenu une évidence, je me suis reconnue dans les valeurs du PS », explique l’élue. Dans ce contexte, Isabelle Hardy n’a jamais ressenti la difficulté d’être une femme en politique. Pourtant elle est passée d’un milieu dit « féminin », la communication, à un monde traditionnellement dominé par les hommes. « L’équipe de Pierre Cohen respecte une parité parfaite», tient-elle à préciser, mais il faut également dire qu’elle n’a pas hérité d’une délégation généralement réservée aux femmes (type éducation, petite enfance) : le commerce et l’artisanat. «Cela touche des domaines très divers, par exemple le commerce est lié à l’urbanisme, milieu où il y a encore beaucoup d’hommes, mais tout cela évolue », note Isabelle Hardy. En cette fin de mandat, l’élue réalise qu’elle a appris beaucoup de cette expérience, « des échanges avec les gens, de la proximité avec les habitants. » Peut-être est-ce dû à son métier premier, communiquer. En tout cas, cet atout sera précieux pour la campagne électorale qui s’annonce. Pour mener de front « cet exercice particulier », elle a décidé de poser un congé sans solde de six mois auprès de Midi-Pyrénées Innovation. « Mais je reprendrai après la campagne, j’ai une profession et je veux la garder », assure-t-elle. En attendant, « la vie ne s’arrête pas, le travail quotidien continue. » Sans oublier, ses trois enfants (8, 13, et 14 ans) qu’elle amène tous les matins à l’école. Une élue normale, en somme.

 

Laurence Arribagé « Je trace ma route ! »

 

En cinq ans, Laurence Arribagé est devenue une figure de la vie politique toulousaine. Après une campagne législative haletante en 2012 qui a vu la victoire de Jean-Luc Moudenc sur la troisième circonscription de Haute-Garonne, cap sur mars 2014 pour la colistière de l’ancien maire de Toulouse.

Après une campagne législative sur les chapeaux de roue, cette fois-ci, c’est mars 2014 qui monopolise le quotidien de Laurence Arribagé : « Je suis à 2000% dans la municipale !» lance la colistière de Jean-Luc Moudenc entre deux réunions et autres visites de quartier. En l’espace de cinq ans, cette Albigeoise née en 1970, va devenir une figure de la vie politique toulousaine. Tout au long de sa première expérience dans la course au Capitole en 2008, Laurence Arribagé apprend le militantisme et s’aperçoit qu’elle « aime ça » : « J’ai toujours été intéressée par la chose publique mais cela m’a donné encore plus l’envie de m’impliquer », confie-t-elle.  Après, Laurence Arribagé considère qu’elle a eu « de la chance ». Sa rencontre avec Jean-Luc Moudenc et Brigitte Barèges entre autres ont été déterminantes. L’ancien maire de Toulouse en particulier lui met « le pied à l’étrier » même si cette véritable passion pour la politique lui a en réalité été transmise par son grand-père, mineur de fond à Carmaux, gaulliste et chiraquien. En 2010, Laurence Arribagé est élue conseillère régionale mais sa manière de faire de la politique ne change pas pour autant. D’un naturel spontané, l’ex-chargée de communication ne « se force pas » et veut fuir les egos surdimensionnés. Elle séduit de plus en plus les sympathisants comme lors de l’élection interne à l’UMP en septembre dernier : « Je n’aime pas les grands discours, je suis une vraie militante. J’aime écouter. Quand on me sollicite, je vais jusqu’au bout. Faire de la politique, c’est agir sur le quotidien des gens, répondre à leurs attentes. La proximité est importante.» Mais en dépit de son ascension très remarquée, Laurence Arribagé qui entre-temps est nommée secrétaire départementale de l’UMP, assure ne pas avoir soif de pouvoir, du moins pour elle seule : « Une élection se gagne en équipe, collectivement », estime-t-elle. Colistière de Jean-Luc Moudenc, elle dit même « continuer à apprendre » aux côtés de l’actuel candidat tout en faisant fi des difficultés comme la jalousie, la convoitise, le machisme : « Même dans mon parti, il n’y a pas si longtemps encore, j’ai entendu des remarques qui me ramenaient à ma condition soit de femme, soit d’épouse de footballeur. C’est regrettable mais je trace ma route ! » Car Laurence Arribagé n’a qu’une ambition qu’un rêve, qu’un combat dans l’immédiat : «gagner Toulouse».  «Le  reste » dit-elle, « n’est qu’accessoire.»

 

 

Laurence Massat Guiraud-Chaumeil « Je ne me laisse pas marcher sur les pieds »

 

Depuis quelques semaines, Jean-Louis Borloo en a fait la déléguée départementale de l’UDI. Un rôle dont elle hérite en pleine bataille municipale, et en plein affrontement entre Jean-Luc Moudenc et Christine de Veyrac. Les secousses semblent la rendre plus forte.

Dès l’adolescence Laurence Massat s’est intéressée à la politique : « J’adorais regarder les débats politiques à la télé, mais le virus m’a vraiment contaminée en 1995 avec la campagne de Jacques Chirac. Cette fibre-là ne m’a plus alors plus quittée. » Pourtant le parcours universitaire de la centriste ne la prédestinait pas forcément à l’action publique, même si elle a hésité un temps à faire l’ENA, et d’HEC elle est vite entrée dans la sphère privée : « Je n’avais de toute façon pas envie d’être une technocrate de la politique. » En 2004, âgée alors de 27 ans, elle revient dans sa ville natale pour y suivre son mari. Elle décide aussitôt de s’engager et provoque une rencontre avec un certain Philippe Douste-Blazy qui en fait rapidement sa directrice de cabinet à la communauté d’agglomération : « J’y ai appris les rouages des collectivités locales et de la chose publique. Depuis cette expérience je suis habitée de convictions très fortes… » Après ce passage aux côtés de Philippe Douste-Blazy, elle force le destin et s’amuse à collectionner les combats électoraux : municipales de 2008, régionales de 2010 et législatives de 2012, « je suis une femme d’action qui préfère la mise en pratique à la théorie. » Comme si le fait d’être une femme n’avait jamais été un obstacle : « Je n’ai pas beaucoup souffert du machisme en politique. Sans doute parce que des traits de ma personnalité sont un peu masculins… Je dis ce que je pense et je ne me laisse pas marcher sur les pieds. » En revanche, celle qui est aujourd’hui la déléguée départementale de l’UDI ne nie pas certaines difficultés à être une femme dans le combat politique : « On tente de tout mener de front. Nous avons trois vies à concilier : notre famille, notre métier et notre engagement. » Admirative de Simone Veil, Laurence Massat va désormais devoir construire son propre parcours. Cela tombe plutôt bien car elle ne manque pas de ressources : « Les femmes peuvent être aussi guerrières et déterminées que les hommes. »

 

 

Myriam Martin, « Je ne suis pas Wonderwoman ! »

Ex-porte-parole du NPA, aujourd’hui leader de la Gauche anticapitaliste, Myriam Martin a su s’imposer dans le paysage politique de la gauche radicale. Engagée depuis 1986, ses convictions n’ont pas subi les effets du temps. Bien au contraire, « il n’y a jamais eu autant de raisons de se révolter», estime-t-elle.

 

« Je suis tombée dedans quand j’étais petite. » Ce n’est pas une potion magique, mais la politique lui a insufflé une certaine force. Née dans une famille militante « communiste et CGTiste », l’engagement était une évidence. Elle se distingue tout de même de cet héritage en choisissant la Ligue Communiste Révolutionnaire comme premier parti (et non le PCF dont l’histoire rattachée à l’URSS la gênait). Le déclic se passe en 1986, lors des manifestations universitaires contre la loi Devaquet, « un texte très injuste qui visait à augmenter les frais d’inscription », se souvient-elle. La mort de Malik Oussekine, étudiant de 22 ans, tué par des policiers en marge d’une manifestation finira de la convaincre. « Pour la première fois, j’ai découvert la violence d’Etat », raconte Myriam Martin. Au sein de la LCR, la jeune militante fait ses armes. « Même dans un parti où la tradition féministe est plus prégnante par rapport aux autres formations politiques, être une femme dans ce milieu macho, voire misogyne, n’est pas simple », confie-t-elle. Son caractère, révolté de nature, lui permettra de s’affranchir rapidement de sa timidité face aux ténors masculins de l’extrême gauche. « Les femmes en politique ont tendance à intérioriser le fait qu’elles sont moins capables que les hommes », analyse la militante. Elle prouve le contraire en devenant porte-parole de la LCR en 2002, puis du NPA en 2011 (pour remplacer Olivier Besancenot) et enfin de la Gauche anticapitaliste, parti membre du Front de Gauche. En 2012, Myriam Martin rompt avec le NPA pour soutenir Jean-Luc Mélenchon aux élections présidentielles. Dans cette même logique d’union « dans la radicalité », elle sera sur la liste de Jean-Christophe Sellin (Parti de Gauche) aux prochaines municipales. Entre Paris pour la gestion nationale de la Gauche anticapitaliste et Toulouse où elle est engagée politiquement, professionnellement et familialement, Myriam Martin est de tous les combats. Elle continue à enseigner l’Histoire et les Lettres à ses élèves du lycée professionnel Bellevue. Mère d’un garçon de 19 ans et mariée à un militant « issu comme moi de la gauche radicale », l’équilibre familial lui permet de tout mener de front : « Si je peux le faire, d’autres peuvent y arriver. Je ne suis pas Wonderwoman ! »

 

L’œil de notre politologue

Stéphane Baumont défend la loi sur la parité

« La loi sur la parité a permis de faire une réelle place à la femme en politique, même si à l’Assemblée nationale, au Sénat, ou dans les assemblées départementales ou régionales, le compte n’y est toujours pas. Il y a donc ce que la loi prévoit, et ce que les appareils politiques décident d’en faire… Il est certainement déplorable de passer par ce système de quotas, mais sans cela je pense que nous serions malheureusement encore plus en retard. Le chemin est encore long, même s’il faut se rendre compte que les femmes n’ont le droit de vote que depuis 1944. Depuis, nous avons tout de même eu Simone Veil qui est devenue une icône, une femme Premier Ministre (Edith Cresson, ndlr) et une autre candidate à la Présidentielle (Ségolène Royal, ndlr). Sur le plan international, des figures telles qu’Indira Gandhi, Hillary Clinton ou Angela Merkel auront pesé… Les femmes sont donc de plus en plus présentes, et cela ne peut pas faire de mal à la politique. »

 

 

 

 

 

L’histoire d’une photo

Quatre femmes de bords politiques différents sur la même photo, et ce en pleine campagne municipale. Une première. Le challenge était difficile à relever pour notre photographe Franck Alix qui a contacté chacune d’elle sans les informer de qui serait à leurs côtés. Le rendez-vous a donc été fixé le 29 novembre dernier 13h30 sous les arcades de la place du Capitole. L’étonnement fut là pour certaines des protagonistes, mais la bonne humeur l’a tout de suite emporté. Malgré les oppositions politiques ou personnelles, les quatre ont joué le jeu devant notre objectif.

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5 COMMENTAIRES SUR Les femmes prennent le pouvoir

  1. Claude DOUSSIET dit :

    Bravo, Mesdames. Vous nous faites rêver …d’une autre façon de faire de la politique!
    N’en restez pas là, Toulouse le mérite bien!

  2. Claude DOUSSIET dit :

    Et pour Stéphane ….ne fais pas la fine bouche. Amitiés!

  3. AllisterToulouse dit :

    Encore une fois, c’est un beau reportage proposé. Où l’on découvre les personnes derrière les titres et les propos.
    Une photo commune d’ennemies politiques est rare ..mais réconfortante. Se battre pour ses convictions ne doit pas signifier le refus de cohabiter et de sourire à l’autre. Excellente initiative du journal et des quatre.

  4. L'autresondecloche dit :

    Toutefois ne nous emballons pas , évoquer la regrettée Françoise de Veyrinas à leur propos est fort prématuré…Il y a encore beaucoup de travail à accomplir, beaucoup de sacrifices personnels à accepter, beaucoup d’investissement social et beaucoup d’humanité à acquérir!

  5. Mara dit :

    Laurence Arribagé oublie ce qu’elle doit Christine de Veyrac…étonnant ?

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