Les coulisses du Capitole

A cinq mois de l’échéance municipale, notre rédaction s’est plongée dans le système Cohen. Les fidèles, les hommes forts, l’organisation, la stratégie … Un dossier qui aide à mieux comprendre l’empreinte d’un maire qui ne laisse à personne le soin de décider à sa place. Les Toulousains valideront-ils cette détermination ? Réponse dans les urnes au mois de mars prochain. Par Coralie Bombail et Thomas Simonian.

 

 

 

 

L’homme sait où il va, et depuis 2008 il a imposé un mode de fonctionnement nouveau au Capitole. Dès son arrivée, il a souhaité faire table rase du passé Baudisien. L’opposition l’a d’ailleurs de suite raillé en critiquant quant à  un retard à l’allumage… Pierre Cohen a préféré prendre son temps et installer une équipe qui manquait alors d’expérience. Parmi ses certitudes : celle qui consiste à penser que la décision appartient toujours au politique, et que l’élu a capacité à changer les choses. En clair, avec Pierre Cohen la technocratie n’a pas à s’immiscer dans la sphère politique. Une philosophie qui tranche avec le passé du Capitole. A l’issue d’un audit, il a notamment instauré un cabinet moins pléthorique, moins coûteux et plus opérant. Sous Dominique Baudis, le Directeur Général des services d’alors, Pierre Trautmann, avait quasiment tous les pouvoirs entre les mains : « On avait parfois peur d’entrer dans son bureau. Rien ne se décidait sans son aval », se rappelle un ancien élu. Il en a été de même avec les directeurs de cabinet successifs de Philippe Douste-Blazy et de Jean-Luc Moudenc, Pierre Chabanne et Antoine Renauld. Hommes de l’ombre certes, mais qui étaient partie prenante de la stratégie politique. Dans l’organisation de Pierre Cohen, il y a d’un côté le cabinet animé par la fidèle Françoise Henry (qui a été sa directrice de cabinet à Ramonville et son attachée parlementaire) pour l’opérationnel municipal et l’organisation de l’agenda du maire, et de l’autre, l’organisation purement politique que le maire « drive » en personne avec à ses côtés une garde rapprochée managée par François Briançon, le directeur de campagne permanent. Pierre Cohen et François Briançon ne laissent jamais personne décider à leur place… Ils n’aiment pas les intermédiaires. Le leader toulousain du Front de Gauche, Jean-Christophe Sellin en a d’ailleurs fait les frais. Se refusant à voter le dernier budget, l’élu s’est vu retirer sa délégation par les deux hommes entre deux portes, et à la sortie d’une commission. Un épisode qui en dit long sur le fonctionnement de la maison Cohen.

On décide et on assume. Les opposants au projet du BHNS (Bus à Haut Niveau de Service) peuvent également en témoigner. Le maire les avait réunis en mars dernier dans l’enceinte du Zénith pour argumenter sa prise de décision… Cris, sifflets, insultes, rien n’aura eu raison de la volonté de l’édile. Bis repetita en plein conseil municipal quand le DAL voulut en mars dernier également interrompre les débats. Pierre Cohen ne laissa à personne la possibilité de s’interposer, et c’est lui-même qui affronta les manifestants. Le système Cohen est donc à l’image de son géniteur… Déterminé, direct et très politique. Si l’organisation politique de Pierre Cohen est un atout indéniable, il ne faut pas sous-estimer ses réseaux parisiens. S’il n’est plus député depuis 2012, il est à la tête de la puissante Fédération nationale des élus socialistes et républicains. L’occasion pour lui de fréquents rendez-vous dans la tour de Solférino, au siège du PS. Dans quelques jours, il sera lancé dans la course au Capitole avec un staff de campagne qu’il a voulu resserré autour d’hommes de confiance tels que, bien entendu, François Briançon, mais aussi Henri Matéos, Jean-Georges Lechner ou Romain Cujives.

 

 

Campagne socialiste : Un début en douceur

 

Depuis le 19 septembre dernier, le Parti socialiste 31 s’est officiellement lancé dans la campagne. Avec le slogan « Toulouse avance », les militants partent à la conquête des Toulousains dans une campagne de porte-à-porte. Objectif : « valoriser le bilan de Pierre Cohen, en rappelant toutes les réalisations qui ont été faites pendant son mandat », explique François Carbonnel, responsable de la communication de la fédération locale. L’attention est particulièrement portée sur les jeunes, « qui pour beaucoup vivent à Toulouse cinq jours par semaine mais votent ailleurs. On les incite à s’inscrire sur les listes électorales dans la ville où ils passent le plus de temps, où ils prennent les transports, se logent, disposent des services publics… », poursuit François Carbonnel, en précisant : « C’est une cible électorale à double titre car ils sont nombreux et votent plus facilement à gauche. » Et il faut dire que la ville a fait preuve de volonté politique envers les jeunes, que ce soit en matière de transports, de logement ou d’accès à la culture. Il est certainement plus simple d’évoquer le bilan de la majorité avec eux… Jusqu’à présent, cette campagne est volontairement « générale », davantage axée sur des faits que sur des personnes. Avec l’investiture de Pierre Cohen, ce jeudi 10 octobre, elle va prendre un tournant « plus personnalisé », mais il faudra encore attendre la révélation de sa liste pour rentrer dans le dur. C’est la prochaine étape. « Les personnes qui veulent se présenter à la candidature pour être sur la liste ont jusqu’à la fin du mois pour se manifester auprès de la fédération. La liste sera ensuite soumise aux militants début novembre », indique le responsable communication. Mais le suspense n’est pas à son comble car « Pierre Cohen a lui-même annoncé qu’il n’y aurait pas de grand changement par rapport à l’équipe sortante. » Pas de précipitation donc, dans les rangs socialistes. Pour l’instant tout se trame en interne. C’est une critique qui a d’ailleurs été formulée récemment lors d’un point presse par Pierre Esplugas, porte-parole de l’UMP 31 : « Pierre Cohen et François Briançon vont faire leur liste en catimini dans un bureau. » Le maire de Toulouse a tenu une réunion mardi dernier avec les militants pour discuter « du pré-projet qui est aujourd’hui sur papier et distribué à toutes les sections toulousaines. » Les socialistes prennent-ils du retard par rapport à la droite déjà prête à battre le pavé ? « Cela ne sert à rien de commencer trop tôt la campagne active, ce n’est pas forcément les premiers au départ qui seront les premiers à l’arrivée… », estime François Carbonnel. Les mauvaises langues diront que la gauche attend le début des inaugurations en série (des différents travaux en cours qui devraient se terminer d’ici peu) pour entrer véritablement en campagne. « C’est de bonne guerre », reconnaît le socialiste, « mais il faut mesurer que Pierre Cohen et son équipe sont arrivés après 37 ans de gestion par la droite. C’est normal d’avoir pris le temps de mettre en place les projets. Et puis il faut rappeler que Jean-Luc Moudenc a inauguré la rue Alsace-Lorraine quelques mois avant les élections de 2008, et la ligne B du métro même pas un an avant. C’est l’hôpital qui se moque de la charité ! »  

 

François Briançon, Sniper 1er

 

Il est la clé de voûte du système Cohen. Dans quelques jours, il sera officialisé dans son rôle de directeur de campagne qu’il avait déjà tenu avec succès en 2008… Ce communicant (il a créé l’agence « Place Publique »), militant depuis toujours au PS (ce qui lui a permis de nouer de nombreuses amitiés dans l’appareil) est devenu un redoutable stratège politique avec une cible quasi unique : Jean-Luc Moudenc. Il allie avec intelligence la provocation à longueur d’interviews et de tweets (d’où le titre de Sniper) et la finesse d’un tacticien hors-pair quand il s’agit  d’orienter les postures politiques de Pierre Cohen. Cohen/Briançon, ces deux-là fonctionnent comme des frères. Leur confiance réciproque paraît inébranlable. François Briançon est également positionné pour la suite… Il n’en parle jamais. Nous oui.

 

La stratégie du Capitole analysée par l’opposition

Dans les rangs de l’opposition depuis 2008, Danièle Damin observe de loin ce qui se trame chez les élus de la majorité. « Je discerne certaines inquiétudes, voire une fébrilité, chez les uns et les autres qui ont peur de ne pas repartir. Mais on n’en est qu’aux prémices. Pour l’instant, il n’y a que des bruits de couloir. » Au cœur de ces petits arrangements entre amis : François Briançon. Comme en 2008, il est « l’homme de confiance de Pierre Cohen, le stratège politique. C’est le maire qui tire les ficelles, mais lui, il connaît bien tous les problèmes et les ententes entre les élus socialistes. » Sur un plan tactique, elle remarque que l’UMP a « une longueur d’avance » sur le Parti socialiste: « Nous avons déjà  fait notre campagne interne et nos candidats ont été élus pas les militants. La machine est en route. » De son côté, le PS 31 a lancé sa campagne « Toulouse avance », mais elle n’est pas (encore) « centrée autour de Pierre Cohen et d’une équipe. » Néanmoins cette opération de communication prépare le terrain et les esprits, en vue des prochaines municipales. Elle permet « une mise en valeur de tout ce qui a été fait par la mairie. »  Pour Danièle Damin la campagne de Pierre Cohen «  sera marquée par une multitude d’inaugurations. C’est la stratégie de Pierre Cohen : pendant les deux premières années de son mandat, il ne s’est rien passé. Ensuite, on a vu et revu les projets durant encore une année. Et depuis, il y a une frénésie dans les travaux. » En cela, elle voit une rupture avec le passé (elle qui a connu les ères Baudis/Douste-Blazy/Moudenc) : « Nous avons toujours réalisé les travaux avec régularité, sans mettre de coups d’accélérateur brutal. » Rien ne sert de courir ? Pourtant, la course a bel et bien commencé…

 

 

L’œil de notre politologue

Pour Stéphane Baumont, Cohen est l’anti-Baudis

« Pierre Cohen incarne une communication nouvelle pour la ville ; c’est l’anti-Baudis et Douste-Blazy. Il a une absence assumée de charisme compensée par une présence sans relâche sur les dossiers et le terrain. Dans cette revanche de 2008, nous devrions assister au mois de mars à l’opposition entre un maire sortant et un candidat rentrant qui ont les mêmes qualités et les mêmes défauts. La clé du scrutin est donc de savoir si le contexte national sera en mesure de faire perdre Cohen et de faire gagner Moudenc… Et si ce même contexte fera grimper le Front National et le Front de Gauche. La clé de la victoire n’est donc peut-être pas entre les mains des deux protagonistes. »



6 COMMENTAIRES SUR Les coulisses du Capitole

  1. L'autre son de cloche toulousain dit :

    Bof, pas très engageant ce duel de technos et d’appareil en perspective!

    -d’un côté un maire borné (être glacial et insensible) incapable de ressentir et encore moins de reconnaître que Toulouse part socialement et humainement à la dérive (délinquance, retour à la case départ des quartiers sensibles, prostitution étendue sur toute la ville, misère étalée, …). Un frustré ou complexé de Ramonville ,qui n’a pour seul centre d’intérêt toujours plus de travaux urbains fonctionnellement inutiles et donc toujours plus de dépenses inutiles!

    -de l’autre un super techno qui n’a rien fait d’autre dans sa vie mise à part la politique, isolé, bien dans ses certitudes de technocrate, qui sait ce qui est bon pour les toulousains et qui s’est révélé un bien piètre opposant à ce que Pierre Cohen a fait subir aux toulousains depuis 6 ans. Et pour qui deux seules choses comptent, pas de faux pas et ses investitures parisiennes!

    Un duel dans un environnement pas plus reluisant.

    Un FN qui ne porte aucun projet cohérent pour Toulouse mais qui lui, par contre, sait exploiter l’exaspération que crée P.Cohen parmi les toulousains..et l’infinie mollesse de JL Moudenc!

    Des écologistes et une extrême gauche , laminés par le règne du PS qui ne peuvent se prévaloir d’aucun inflexion provoquée dans la politique de Pierre Cohen. Qui ne cherchent qu’a grappiller quelques postes et qui finalement inspirent la pitié!

    Un Parti Radical de Gauche qui se dit que la soupe de François Hollande a été bonne et qu’il ne faut surtout pas le contrarier…au cas où ces “chères dames” se feraient virer!!!

    Enfin un centre inexistant, non seulement dans cette campagne, mais surtout et plus grave inexistant durant tout le mandat de Pierre Cohen. Des partis du Centre et un MODEM qui se sont réveillés à quelques mois des municipales pour découvrir (sans chercher à comprendre) ce qui s’est passé à Toulouse et dans l’agglomération pendant 6 ans, et qui n’ont même pas été capables d’aider Christine de Veyrac à construire son projet avec toulousains!

    Sans être un politologue averti on se demande ce que vont bien pouvoir faire les toulousains en mars 2014!!!

  2. ouinon dit :

    VOTEZ contre le port du couteau çà évitera des morts et c’est peut être vous la prochaine fois..
    Les fautifs les gouvernements qui n’ont jamais pris d’initiatives…

  3. AllisterToulouse dit :

    Sujet bien documenté et finement analysé. Je l’ai trouvé intéressant.
    Il manque toutefois une donnée essentielle : quid des relais de Cohen avec la société civile, les entreprises ? Là, néant, pas grand chose. Pierre Cohen n’aime pas les entrepreneurs, les sociétés (non étatiques). Sa dernière prestation au Forumeco a été pathétique. Le rôle d’un Maire d.une telle agglomération est d’attirer, de convaincre les entrepreneurs et les entreprises. Il a de la chance du poids prépondérant de l’aeronautique dans l’eco-système toulousain (héritage notamment des années d’une municipalité qui n’etait pas socialiste…) car il n’y a rien de nouveau sur ce plan, pas d’arrivée de nouveau secteur, de société emblématique séduite par le discours et la volonté de son Maire.
    Sans parler de l’absence de visibilité en dehors de la sphère solferinienne, c’est décidément bien juste.
    Passionnante campagne en perspective.

  4. Moncapitole dit :

    Mettre PC et JLM au même niveau sur les plans c’est ce que l’on appele argumenter une conclusion faite d’avance : Tout se jouera sur des critères externes aux personnages.
    Je nciterai que 3 domaine pour les différencier :
    - La vision macro et micro : de l’ambition de la métropole à la multipolarité des quartiers en passant par le maillage des satéllites en treme économique et urbanistique je ne l’ai jamais entendu de la part de JLM
    - L’exigence personnelle en terme d’éthique applicale à son team à son administration et surtout à lui même. (Rigueur et intensité du travail personnel)
    - L’écoute et l’hyper concertation tant sur le plan urbanisme que social

    J’ajouterai le courage dans les décisions qui a fait défaut au team JLM-PDB lors du problème AZF.

    Pour finir qd JLM pose une question, que l’on peut estimer pertinente à l’assemblée nationale, il devrait écouter la réponse ald de consulter les bravos sur FB et twiter.

    Nous nous n’avons pas à faire à la même dimension d’homme. Cfrt la façon dont PC a embrassé la fonction et s’est démis de ses mandats.

    Oui Pierre Cohen a une double pression, faire adhérer à son ambition locale, et nous faire oublier les turpîtudes et les errements du national..

  5. clairelle dit :

    article intéressant.
    dans les réseaux de Pierre Cohen, il ne faut pas oublier qu’il est à la tête de la Fédération nationale des élus socialistes et républicains (FNESR) qui fédère 60000 élus !
    et du côté des partis, il faut rappeler d’autres alliés :
    - le MRC était déjà présent à ses côtés en 2008, (même s’il est sur le déclin)
    - et le MUP, mouvement progressiste créé en 2009, et qui s’implante de manière étonnante, par la voie des réseaux sociaux…
    - certains verts (en off pour l’instant…).
    En face : de la politique des années 80, pas sur que ça conviennent aux toulousains, de même que le FN de Laroze

  6. AllisterToulouse dit :

    La notion de réseau semble un point clé, et les commentaires de certains lecteurs confirment la caractéristique majeure du dispositif Cohen.

    Mais pour moi cela n’apporte pas de réponse concrète au manque d’envergure du personnage et de son équipe. Ce qui m’inquiete profondément pour le devenir de la ville.
    Même si je ne partage pas les projets, certaines valeurs et les méthodes de gouvernance de la majorité actuelle (gouvernement en particulier), je fais partie des démocrates qui pensent qu’il y a des gens de valeurs dans tous les autres partis. Et en particulier au PS.

    Pas de chance, ce n’est pas le cas pour nous à Toulouse avec M.Cohen et de celui que vous appelez le Sniper. Un nom bien adapté à la pauvreté de son bilan. Je comprends qu’il puisse avoir du temps pour s’occuper des petites phrases. La ville de Toulouse a juste besoin de projets ambitieux, réalistes, qui apportent un véritable développement et surtout pas d’un homme de main chargé des querelles stériles. M. Briançon, faites nous rêver….

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.