Le système Izard

Quand on demande à Pierre Izard le secret de la longévité en politique, il répond : « le sérieux ». A la tête du département depuis 1988, ce pédiatre de formation, a eu le temps d’instaurer un véritable système qui assure sa suprématie. Le point sur la « galaxie » Izard. Dossier de Coralie Bombail.

 

Les hommes forts de son administration :

Julien Jusforgues : Directeur du cabinet du Président. Il est l’homme de l’ombre de Pierre Izard. Il supervise les services de communication, mais il a surtout un regard sur toutes les grandes décisions du Conseil. Son rôle relève avant tout du conseil politique. Il est en relation avec les conseillers généraux, les élus et les maires du département. Avant d’être le directeur du cabinet, il était déjà conseiller technique auprès du président. Cela fait plus de dix ans qu’il est à son service.

Bertrand Looses : Directeur général des services depuis 2010. Il gère le secrétariat de l’Assemblée départementale, la direction des marchés et la coordination avec le site de Saint-Gaudens. Contrairement à Julien Jusforgues, il n’a pas vraiment de rôle politique, mais c’est un technicien. Il assure le bon fonctionnement du Conseil général.

 

Les élus proches de Pierre Izard :

Bertrand Auban : conseiller général du canton de Saint-Béat, il détient le rôle clé de président du groupe socialiste du Conseil général. Il est membre de la 6e commission du Conseil général qui a en charge la solidarité et le développement des territoires. Il est également sénateur PS de Haute-Garonne depuis 1998. C’est l’élu le plus influent auprès de Pierre Izard.

Véronique Volto : conseiller général du canton de Grenade, elle est présidente de la 1ère commission (en charge de l’infrastructure des transports et de la gestion du personnel) et vice-présidente de la commission des finances. Elle est aussi vice-présidente de la communauté des communes Save et Garonne.

Jean-Pierre Brana : conseiller général du canton d’Aspet, il est vice-président de la 6e commission et de la commission permanente chargée des participations départementales et de la solidarité territoriale. Il est également maire de Cabanac-Cazeaux et président de la communauté des communes des Trois Vallées.

Gilbert Hébrard : conseiller général du canton de Caraman, maire de Vendine, et président de la communauté des communes de Cœur Lauragais. Au Conseil général, il est vice-président de la commission permanente chargé de l’agriculture et de l’aménagement de l’espace rural.

 

Les « putschistes » : ceux qui ont adopté une motion pour que Pierre Izard ne se représente pas à la présidence du Conseil général.

Alain Fillola : conseiller général du Canton 8 de Toulouse, maire de Balma, et vice-président de la communauté urbaine du Grand Toulouse. Au Conseil général, il est secrétaire de l’assemblée et membre de la commission permanente qui gère l’enseignement supérieur et la recherche. Il est écarté de la présidence d’une commission car il a des responsabilités au Grand Toulouse. « C’est une règle qu’a instaurée Pierre Izard » selon une source proche du Conseil général.

George Méric : conseiller général du canton de Nailloux. Il est président de la 6e commission. Selon nos sources, Pierre Izard tente de l’isoler au sein du Conseil. A noter qu’en 1988, il comptait parmi ses fidèles puisqu’il était vice-président du Conseil général.

Claude Raynal : conseiller général du canton de Tournefeuille depuis 2004, et maire de cette ville. Il est secrétaire de la commission permanente chargée de la politique de l’eau. Comme Alain Fillola, ses fonctions de vice-président au Grand Toulouse l’éloignent des présidences de commissions. Mais il serait à ce jour « le plus compétent » pour reprendre la succession de Pierre Izard, selon un proche de l’opposition départementale.

 

L’électron libre

Gérard Roujas : conseiller général du canton de Carbonne, il détient le poste phare de président de la commission des finances. Mais le président du Conseil s’en méfie. Alors que Pierre Izard a toujours soutenu François Hollande, Gérard Roujas a affiché son soutien à Arnaud Montebourg. Il est également le seul élu du département à avoir prôné le « non » au traité constitutionnel. Les deux hommes en seraient même venus aux mains car  Pierre Izard aurait empêché Roujas de se représenter aux élections sénatoriales.

 

Pierre Izard : maître tout puissant du Conseil général ?

 

Le Conseil général ressemble à s’y méprendre à une forteresse imprenable. Et le plus ancien habitant des murs n’en est pas moins impressionnant : Pierre Izard âgé de 77 ans est l’homme politique qui a su traverser les époques en assurant son hégémonie. Originaire de Villefranche de Lauragais, petite ville dont il a été le maire, il est élu pour la première fois à la présidence du Conseil général en 1988. Une longévité qui a permis une « hypercentralisation du pouvoir » remarque Jennifer Courtois-Perissé, conseiller général sans etiquette. « Il tient les élus socialistes sous sa coupe, on a l’impression que tout passe par lui » poursuit-elle. Un sentiment que partage Patrick Jimena, le seul élu Europe écologie – Les Verts du Conseil général.  « Lorsqu’un texte doit être débattu, on sent bien que tout est joué à l’avance. Il n’y a pas de véritable débat » regrette-t-il.

Selon un observateur, Pierre Izard ne fait confiance à personne, « ni aux élus ni aux vice-présidents ». Les dossiers de subventions passent obligatoirement par son bureau, « même s’il s’agit de 200 euros pour une association ». En conséquence, il y a « plus d’un millier de dossiers en attente de traitement ». Le système ainsi décrit paraît extrêmement « autocratique et pyramidal ». Pourtant la réforme de la carte des cantons annoncée par François Hollande ou encore la « concurrence » avec le Grand Toulouse pourraient remettre en cause cette suprématie.

 

« Rien ne me fait peur à part la mort »

Interrogé sur la réforme des cantons dans le cadre du troisième acte de la décentralisation, Pierre Izard assure ne pas être inquiet pour l’avenir du département. « Rien ne me fait peur à part la mort » rétorque-t-il à ce propos. L’homme est plus que jamais déterminé à défendre le rôle de son institution, et affirme être « serein » au regard de la prochaine étape de la décentralisation. Pourtant elle pourrait bien affaiblir son assise territoriale car la réforme imposera le nombre de 20 000 habitants par cantons, ce qui entraînerait la disparition des plus petits d’entre eux. Or Pierre Izard est populaire auprès des maires des petites communes et en territoire rural (voir schéma : Les élus proches de Pierre Izard).

« Il s’est toujours servi de l’argent de Toulouse pour la redistribuer à la ruralité » remarque un opposant du Conseil.

En outre, la métropole du Grand Toulouse, dirigée par Pierre Cohen, tend à empiéter sur les compétences du département. « Il est question que les transports scolaires et même la gestion des collèges passent sous la compétence du Grand Toulouse. Non seulement, ce seraient des compétences supprimées au Conseil général, mais les dotations prévues par l’Etat seraient donc reversées à la métropole » explique une source proche du Conseil général. « Cohen veut prendre le pouvoir et avoir un maximum de compétences, donc il y a une vraie concurrence avec Izard ». Autre point qui pourrait affaiblir l’influence de Pierre Izard en Haute-Garonne, la nouvelle direction du Parti socialiste 31. Joël Bouche a été élu à ce poste « sous l’impulsion de Kader Arif, du coup Izard n’a pas pu mettre un homme à lui » toujours selon cette même source. Autant d’éléments qui peuvent déstabiliser « l’autocratie » de Pierre Izard.

 

Une vie consacrée au Conseil général, et après ?

 

On ne peut enlever une chose à Pierre Izard : il a consacré sa vie au Conseil général. En 25 ans d’exercice, il n’a jamais effectué un autre mandat, et a prouvé son engagement politique auprès de cette institution. « C’est un énorme bosseur qui a encore les neurones qui fonctionnent » reconnaît un membre de l’opposition du Conseil. Alors qu’il aura 80 ans en 2015, date des prochaines élections cantonales, rien, à part son âge, ne laisse présager que Pierre Izard compte raccrocher. « Ce sera une décision très difficile car il n’a aucune autre activité » remarque un observateur. Mais qui pourrait succéder à ce personnage hors du commun, qui incarne véritablement le Conseil général ? A gauche, « Alain Fillola, Claude Raynal ou George Méric sont sûrement les plus compétents » selon cette personne. Mais ils n’auront certainement pas le soutien de Pierre Izard, vu que tous trois ont soutenu en 2011, que celui-ci ne devait pas se représenter à la tête du département. A droite, personne ne se présente face à lui depuis plus de vingt ans, comme l’explique ce partisan : « On ne peut pas aller contre la politique de Pierre Izard, si quelqu’un se présente, aussitôt, les maires de son canton seront pénalisés par le biais des subventions. » Et de s’interroger : « la première question à se poser est : est-ce que Pierre Izard veut mourir ou pas ? », sous entendu, s’il ne se représente pas, il mourra. Sombre perspective pour le Président du Conseil général. Mais il lui reste encore trois ans pour y réfléchir ou pour penser à sa retraite.

 

L’œil de notre politologue

Stéphane Baumont s’en prend au féodalisme

«C’est l’une des longévités politiques et territoriales les plus exceptionnelles autant en Midi-Pyrénées qu’en France. Pierre Izard, c’est le sacre du notable, le conservatoire des socialistes de terrain et l’illustration d’une décentralisation qui reste jacobine et féodale dans notre département. Pierre Izard n’a jamais réussi à incarner l’image du bon docteur, au contraire du docteur Henri Queuille en Corrèze. Cela est sûrement dû au fait que dans sa pratique du socialisme, le pragmatisme radical manque de place.»

 

Pierre Izard vu par Jean-Paul Escudier 

Jean-Paul Escudier, avocat et passionné de psychomorphologie, a établi les caractéristiques qui correspondent à la personnalité de Pierre Izard. Selon son ouvrage «Visages et traits de caractères» (éditions Ixcéa), celui-ci appartient à la catégorie des «passionnés fanatiques». Extrait.

«Impatients et très autoritaires, les passionnés fanatiques ont des excès de violence qui tranchent avec leur calme de surface. Ils prennent tout au sérieux. La moindre critique ou remarque les braquant pour toujours. Ils sont très volontaires, imposent leurs décisions (…) quel qu’en soit le prix. Enfermé dans un système de pensée monolithique, ils sont imperméables aux représailles et autres rétorsions. Ils ont un orgueil voisin de la paranoïa. Ils vont jusqu’au bout de leur féroce personnalité jusqu’au-boutiste. C’est un type très fréquent en pathologie politique.»

Jean-Paul Escudier énumère ses traits de caractère de la façon suivante : « Nature énergique, volonté opiniâtre, fermeté de caractère, idées bien arrêtées, logique serrée, puissance de travail, sens du long terme, passions impétueuses et fortes, persévérance.»



UN COMMENTAIRE SUR Le système Izard

  1. segura dit :

    Certes, qui est Pierre Izard, quels sont ses alliés ou ses détracteurs. Les habitants de la haute-Garonne s’en préoccupent-ils? Il manque un détail d’importance dans cet article, QUI, AVEC QUI, il faudrait le QUOI; “que fait Pierre Izard”, est-il compétant, la politique qu’il impulse les sert-elle, l’argent publique est-il justement utilisé pour l’intérêt général ? Sans aucun doute de tous bords on pense majoritairement que oui ! De plus voilà un homme qui aurait pu occuper un mandat national, il a préféré ne se consacrer qu’à une seule tâche, bien lourde pour occuper à plein temps. Cas rare pour trop de cumulards, bel exemple d’éthique politique.

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