Le syndrome de Saramago

Stéphane Baumont

Au-delà des 10 000 pique-niques pour le Jubilé des soixante ans de règne d’ Elisabeth II, avec sa parade navale «so british» (Rule Britannia et souvenir ému de l’amiral Nelson) c’est l’ancien demi d’ouverture du XV de la Rose qui sera avec Toulon au Stade de France dimanche prochain, contre Toulouse pour la 24e fois depuis un siècle ; au-delà des mystères, secrets et autres complots des «Caves du Vatican» et de la contre-offensive de Benoît XVI, le football italien et européen tout comme le fameux «Euro» en Ukraine (erreur de casting que de faire de l’Ukraine le cœur d’une compétition qui fait oublier que la nature du régime est notamment le sort de l’ancien Premier Ministre Timochenko attendant vainement sa libération), l’actualité politique française s’ordonne autour du nouveau Président, de l’ancien – de retour de vacances au Maroc et bientôt sans immunité, donc en proie aux juges dans un certain nombre d’affaires – des législatives (qui en parle en dehors de quelques reportages sur des circonscriptions ciblées comme celle de Claude Guéant, Stéphane Le Foll, Marine Le Pen et JL Mélenchon) ; tout cela dans une ambiance de crise économique qui s’aggravant, ne suscite pas la tendresse de la patronne du FMI considérant la situation dans certains pays d’Afrique comme beaucoup plus handicapés que la Grèce (presque vouée aux gémonies par le nouveau substantif de GREXIT (comme Exit).

Le Président de la République (l’actuel) : les médias continuent à nous dire qu’il est «nouveau», qu’il a entretenu une «ambiance super-cool» avec Obama au G8, un «peu moins cool» avec Merkel à Berlin, proposant un nouveau style en se rendant au studio de France 2 sans faire venir les journalistes à l’Elysée. On a envie selon certains commentateurs de lui demander «passe-moi le sel pour peu qu’on dîne à ce moment-là»). Et vouloir apparaître à ce point normal, c’est déjà ne plus l’être tout à fait. Le journaliste d’I-télé Michael Darmon a noté un «transfert sémantique» (de «normal» à «simple» et «proche» et annonce l’avènement d’une «hyper-présidence paradoxale». De son côté, Sylvie Pierre-Brossolette n’hésite pas à parler «d’hyper-présidence normale», ce qui ne manque pas d’intérêt quant au catalogue «à la Prévert» des appellations de la V° République. Au rythme que nous connaissons et en empruntant d’autres chemins et d’autres méthodes F. Hollande est en train lui aussi de désacraliser la fonction. Cela risque de lui coûter aussi chez qu’à Nicolas Sarkozy dont on annonce le retour (non aux affaires) mais à Paris avec un certain nombre de supputations sur son avenir : faire comme Clinton, Blair et Schröder tout en glissant un commentaire ici et là sur les grands thèmes internationaux ; jouer au recours, c’est plus les circonstances qui en décideront que lui-même.

Quant aux législatives, elles ressemblent sauf sur le terrain (où la Presse Quotidienne Régionale, le Journal Toulousain et France 3 sont très présents), au «monde du silence», personne n’osant vraiment parler de cohabitation (faute d’avoir l’air perdant pour le PS et de candidat désigné à Matignon pour la droite). C’est l’une des premières fois où l’on n’assiste pas à une dramatisation des enjeux entraînant peut-être une projection de l’abstention à 40%. Autant d’éléments se mouvant dans un contexte pouvant susciter l’effroi : la crise de la zone euro, les élections législatives en Juin, le spectre d’une sortie du pays de l’euro, l’aggravation de la crise bancaire en Espagne, la nette détérioration de la conjoncture en Europe, le ralentissement dans les pays émergents, et le coup de froid venu des États-Unis avec un chômage reparti à la hausse.

Dès lors, les candidats aux législatives tentent de créer avec leur parti une dynamique. Il ne faudrait pas que les bulletins blancs et les abstentions créent un «syndrome de Saramago» (lire le livre «La lucidité») conduisant à une forme d’illégitimité des élus !

Stéphane Baumont



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