Le Méga-Bug

Alors que les Juillettistes ont pris la route des vacances en mettant le cap sur la France en quête d’identité familiale de terroir ainsi que d’une plage au soleil non surpeuplée (réservée aux «Aoûtiens» !), que la croissance mondiale reste minée par les politique de rigueur et que l’ombre d’Armstrong continue à planer sur un tour de France avec un maillot jaune britannique, c’est la gigantesque panne d’Orange du Vendredi 6 Juillet qui fait fonction d’événement surmédiatisé (à raison), cette première grande panne de la téléphonie mobile préfigurant peut-être un «méga-bug». Au-delà des déclarations ministérielles illustrant le fait que le «catastrophisme éclairé» cher à JP Dupuy n’a pas été intégré par nos gouvernements («Un tel incident ne doit pas se reproduire»), le potentiel de déstabilisation est considérable comme dans cette nouvelle d’Umberto Eco (d’il y a quelques années) décrivant une ville américaine en proie à tous les dysfonctionnements possibles et proche du néant dans sa vie quotidienne. Cette panne, comme le souligne le chercheur Patrick Lagadec, «est un avertissement qui nous force à ouvrir les yeux sur la vulnérabilité de nos sociétés complexes ; les défaillances majeures de notre siècle seront liés aux réseaux avec le risque d’arrêt foudroyant et durable d’activités vitales». Voilà dont la société et tous les individus la composant, confrontés à des défis particulièrement impressionnants : le mégachoc, l’instantanéité, les effets domino, l’impossibilité de poser un diagnostic rapide. Plus que jamais, le «catastrophisme éclairé» doit être la philosophie active du gouvernement qui doit considérer la catastrophe à venir comme non seulement probable, mais possible, contrairement à ce que dit la Ministre croyant que le volontarisme du Politique (électoralement attendu ou souhaité) permettra d’empêcher la réalisation de l’imprévu catastrophique. Oui, il faut se préparer à l’imprévu, et avoir conscience que le gouvernement n’est pas «surhomme» par la grâce du suffrage universel.

C’est dans cette ambiance (touchant même les vacanciers) que le Président de la République va bientôt «commémorer» les cent premiers jours du quinquennat en ayant quelques difficultés à maintenir la «normalité» d’une Présidence qui ne veut pas parler de  «rigueur», donner l’illusion – formelle en tous cas – d’une application de l’article 20 de la Constitution («Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation») et d’un sommet social ou sommet franco-allemand qui caractériseraient un renouvellement de l’action politique alors même que le «Hollandisme» cherche ses marques et son rapport à l’Histoire (pour le Général de Gaulle, la politique était tragique). Or il ne semble pas, pour le moment, que F. Hollande ait inscrit la tragédie comme possibilité dans l’histoire de son quinquennat. «Il reste prisonnier de sa fameuse anaphore» où il répéta quinze fois «moi, Président de la République». Est-il en train de devenir -face à une période qui pourrait s’avérer très troublée en dehors même d’élections à venir parce que le chômage c’est la perte d’avenir et d’historicité pour l’individu, sa famille, sa ville – «un nouveau René Coty» en donnant le sentiment de se tenir à l’écart de la vie politique et de l’avenir du PS ? La réponse est sûrement négative à défaut de quoi la V° République va basculer dans une vraie république parlementaire sans interprétation gaullienne ou mitterrandienne. Au moment où l’UMP commence à se déchirer, où les juges fondent à bride abattue sur l’ancien Président désormais simple justiciable (curieuse concordance des temps tout de même entre les perquisitions effectuées à son domicile et à son bureau et le discours de politique générale du Premier Ministre), le Président Hollande va s’intéresser de près au Congrès du PS dont il fixera le cadre et avancera ses choix. Pour éviter que le «bug» dont est frappé l’UMP ne vienne frapper à Toulouse – siège du prochain congrès – un PS détenant tous les pouvoirs au cœur ardent de la République.

Stéphane Baumont



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