Le Match Politique Nadia Pellefigue vs François Chollet

Le débat dans les locaux du Journal Toulousain

3 thèmes : L’égalité hommes/femmes, la Présidentielle et les Travaux toulousains

Elle, est le talent émergent de la politique locale. Ambitieuse, elle le dévoile volontiers, Nadia Pellefigue s’est vite remise de son échec médiatisé à la primaire interne au PS concernant l’investiture sur la 9ème circonscription. Militante depuis ses années collège, cette jeune mère de famille sait que l’avenir lui appartient.

Lui, avance ses pions petit à petit. Opposant à Pierre Cohen, aux côtés notamment de René Bouscatel, mais en dissidence avec Jean-Luc Moudenc, le neurologue toulousain commence à croire en sa bonne étoile. François Chollet pense au Capitole, et ne s’en cache plus.

Un débat riche sur le fond, courtois sur la forme, entre deux personnalités qui prennent clairement rendez-vous avec les Toulousains.

 

Egalité Hommes/Femmes

La femme a-t-elle toujours autant de mal à se faire une place dans la société actuelle ?

Nadia Pellefigue : Depuis un certain nombre d’années, les choses ont vraiment évolué. Mais il ne faut pas s’en satisfaire car des inégalités persistent. L’arsenal juridique, législatif est réel, et nous pouvons donc dire que nous avons atteint une égalité hommes-femmes formelle. Les instruments sont là, mais en réalité les inégalités sont toujours bien présentes dans l’ensemble des champs sociaux. Dans le monde professionnel, nous notons des différences salariales notables à hauteur de 27% entre les hommes et les femmes. Dans la sphère privée, le partage des tâches et la charge des enfants restent trop souvent problématiques. Et puis, il y a la politique où l’accession aux responsabilités reste difficile pour les femmes. Donc du chemin reste à faire !

François Chollet : Je pense qu’il y a une réelle inégalité persistante. D’ailleurs, on constate qu’il n’y a qu’environ 20% de femmes parlementaires, alors que c’est bien le monde politique qui devrait montrer l’exemple ! Le monde du travail est lui sans pitié pour ça ! Alors c’est vrai que l’arsenal législatif qui existe avec des quotas dans les conseils d’administration, dans les concours de la fonction publique, est propice à améliorer cette question-là. Appliquons-le ! Faisons en sorte que les textes entrent désormais dans la réalité.

François Chollet : «Le travail doit être un moyen de se réaliser» 

François Chollet

Parlons salaires. Les femmes touchent davantage le SMIC que les hommes, et les salaires sont en moyenne inférieurs chez la femme de 20%. Quelle est la solution ?

FC : C’est l’expression claire d’une inégalité qui n’a plus lieu d’être. Personne ne peut se satisfaire de cette situation ! Cela touche à la valeur travail qui est fondamentale, universelle dans la société. Le travail doit être un moyen de se réaliser et d’exister.

NP : On le voit bien, aujourd’hui le constat est partagé. Mais il y a un volontarisme politique et entreprenarial qui doit pouvoir se développer davantage.

En politique, nous observons en Haute-Garonne, aussi bien au PS qu’à l’UMP d’ailleurs, que nous arrivons à un équilibre hommes/femmes dans les investitures délivrées dans le cadre des prochaines législatives. Cependant cela reste-t-il difficile pour une femme de s’imposer dans ce milieu-là ?

NP : C’est extrêmement difficile pour une femme de s’engager en politique. Cela le reste davantage que pour un homme. 18,5 % de femmes à l’assemblée nationale, ce n’est certainement pas à l’image d’un pays qui en compte 51,6 %. Oui, il faut donc encore se battre quand on est une femme en 2012 ! Mais il ne faut pas se «voiler la face», la politique reste un milieu difficile que ce soit pour un homme ou pour une femme… Il faut se battre pour s’y faire sa place.

FC : Il y a indiscutablement une expérience positive, c’est celle des Conseils municipaux. J’ai été élu à Toulouse en 2001, et c’était la première fois que la parité absolue y était mise en place. C’est bien sûr un plus !

 

La Présidentielle

Nadia Pellefigue : «La question n’est pas de sanctionner ceux qui gagnent de l’argent»

Nadia Pellefigue

François Chollet, nous connaissons votre tempérament humaniste, mais quelle est alors votre position pour cette Présidentielle ?

François Chollet : Elle est très claire. Je suis issu d’un milieu centriste, et j’ai participé en 2002 au lancement de l’UMP qui réunissait les sensibilités RPR et centriste. Cela a conduit à l’élection de Jacques Chirac. Depuis, je suis resté fidèle au parti dans son courant centriste. Aujourd’hui, je soutiens la candidature du Président sortant, car il me semble que la question centrale est celle de l’emploi, du chômage. Les Français ont cette crainte de la précarité, de l’instabilité. Je suis convaincu que c’est en créant de la richesse qu’on peut la redistribuer. Et c’est l’une des raisons de mon soutien à Nicolas Sarkozy.

Vous avez été l’adjoint de Philippe Douste-Blazy. On vous sait plutôt proche de lui. Or, il a pris une position claire sur la Présidentielle en annonçant son soutien à François Bayrou. Comment expliquer ce ralliement ?

FC : Philippe Douste-Blazy est un homme de convictions que je respecte profondément…

Il conteste la droitisation du discours de Nicolas Sarkozy, notamment concernant l’immigration. Cette droitisation supposée ne vous dérange donc pas ?

FC : Que dit Nicolas Sarkozy ? Il dit que l’immigration est une chance pour notre pays. Je le crois aussi. Il dit ensuite qu’il faut limiter l’immigration en nombre. Et en effet, je pense qu’il y a un principe de réalisme auquel je peux adhérer, dans la mesure où nous ne condamnons pas l’immigration. Cette position me paraît équilibrée et mesurée. Je ne vois pas où est la droitisation…

Nadia Pellefigue, cette supposée droitisation vous dérange-t-elle ?

NP : Autant je peux partager un certain nombre de constats de Mr Chollet, notamment concernant l’emploi, autant je ne comprends pas que le candidat Président nous ait expliqué il n’y a pas si longtemps que la première préoccupation des Français était le débat autour de la viande hallal. Je m’étonne qu’un Président sortant, qui a passé cinq ans à sillonner le pays, puisse penser que la première préoccupation des Français est celle-là. Le dire, c’est vouloir s’attirer un certain électorat. Mais je suis convaincue que seul l’électeur fera son choix. Je pense qu’il n’appartient pas à des responsables politiques de dire que la campagne doit être faite de telle ou telle manière… Ce qui m’intéresse, c’est de parler du programme de François Hollande, et non de dire ce avec quoi je ne suis pas d’accord dans la campagne de Nicolas Sarkozy.

FC : Priorité ou pas, je voudrais simplement vous dire, à titre personnel, que cette affaire de la viande hallal me parle. Il y a des principes qui doivent être rappelé comme ceux de la laïcité et de la liberté de culte.

Le clivage droite/gauche est aussi alimenté par une proposition de François Hollande qui vise à taxer à 75% la tranche des revenus supérieurs à un million d’euros. Que vous inspire-t-elle ?

NP : Je ne vois en quoi cela est choquant. C’est une question d’égalité et de justice fiscale. Cette proposition est emblématique de ce que rejettent les Français. Nous constatons dans ce pays, depuis que Nicolas Sarkozy est élu, que la répartition des richesses se fait tout le temps de la même manière… Plutôt en faveur des plus riches. On a finalement donné plus d’avantages sociaux au capital qu’au travail. Il faut que l’on puisse vivre réellement de son travail.

François Chollet : «Nous montrons trop du doigt les chefs d’entreprises»

FC : Evidemment que cette annonce porte… Elle touche une fibre sensible au sein de l’opinion qui est celle des grands écarts de salaires. Mais la proposition de François Hollande est trop facile, et elle sera inefficace. Il y a une certaine démagogie dans tout ça. Et puis, je trouve que c’est un signal désastreux donné à notre jeunesse, à nos entreprises… La réussite n’est pas que financière dans la vie, elle est autre… mais elle peut l’être aussi ! Nous montrons trop du doigt les chefs d’entreprises alors qu’ils ont des responsabilités, des capacités d’innovation et de création et qu’ils sont créateurs de richesses. Préservons, ne détruisons pas.

NP : La question n’est pas de sanctionner ceux qui gagnent de l’argent, mais de savoir ce qui doit revenir à la solidarité nationale, au bien commun.

Les travaux à Toulouse

Nadia Pellefigue : «Il faut savoir être audacieux»

Le tramway, la rue Alsace… Toulouse est en travaux. Trop ?

NP : En effet, un certain nombre de travaux ont été lancés simultanément, et occasionnent des difficultés de déplacements dans la ville. Mais Toulouse a besoin de ces travaux pour son rayonnement et pour un meilleur vivre ensemble. Pour faire avancer une ville, il faut savoir être audacieux. Et puis, s’il y a autant de travaux aujourd’hui, c’est peut-être parce qu’il y en a eu trop peu sous les mandatures précédentes.

FC : Une politique de développement des transports en commun ne peut être remise en cause bien évidemment… (A Nadia Pellefigue) «Trop peu» disiez-vous sous les mandatures précédentes, vous oubliez sans doute les deux lignes de métro faites par l’équipe municipale précédente qui transportent 400 000 personnes par an ! Bordeaux en transporte 230 000 avec son tramway. Mais les transports en commun ont surtout une dimension qualitative. Si l’on développe des transports en commun, c’est pour créer une alternative crédible à l’automobile. Or, nous n’avons pas aujourd’hui de plan réellement alternatif qui soit prévu.

NP : La ville de Toulouse a toujours été en travaux en permanence. Faire tous les travaux d’un coup, c’est sans doute pénible sur le moment, mais c’est un mal pour un bien.

Un débat dans une ambiance courtoise

Les ambitions personnelles

Nadia Pellefigue : «La vie politique sera encore longue me concernant»

Nadia Pellefigue, vous avez participé aux primaires du PS dans le cadre des investitures pour les prochaines législatives. Quelles sont maintenant vos ambitions ?

NP : Les hommes et femmes politiques ont toujours des ambitions. Vous dire aujourd’hui quelles seront les miennes, je ne le sais pas moi-même. Je vais m’attacher à mettre mes compétences au service de la région, de son président Malvy et des Midi-Pyrénéens. J’espère m’inscrire dans la dynamique du pays des mois à venir… Un destin individuel, fut-il le mien, est bien peu face aux enjeux du moment. Vous, moi, Mr Chollet… Personne ne peut dire comment les choses se noueront demain. J’ai l’avantage de penser que la vie politique sera encore longue me concernant.

Les combats municipaux ne vous intéressent-ils pas ?

NP : Ils m’intéressent au même titre que l’ensemble des combats politiques. Mais aujourd’hui, je suis bien loin de ça…

François Chollet : «Je veux clairement porter haut les couleurs de ma ville»

François Chollet, vous dans un groupe, Jean-Luc Moudenc dans un autre. Expliquez-nous ce qui se passe à droite à Toulouse ?

François Chollet : C’est une diversité qui s’exprime. Une diversité d’appréciation sur de grands dossiers. Et il y en a plusieurs : le tramway, la question du double contournement… Nous avons des différences de fond sur les grands dossiers toulousains avec l’équipe de Jean-Luc Moudenc. Nous voulons une opposition autrement !

Et vos ambitions ?

FC : J’ai une ambition pour ma ville. Toulouse doit pouvoir jouer la place qui est la sienne, avec les richesses et les talents qui la composent. Il va donc falloir rassembler les énergies. Je serai présent d’une manière ou d’une autre à l’élection municipale de 2014.

Le Capitole, vous y pensez le matin en vous rasant ?

FC : Je dis que je souhaite être présent dans le combat municipal de 2014. A quelle place ? On verra… Il est beaucoup trop tôt pour le dire… Mais oui, je voudrais et je veux clairement porter haut les couleurs de ma ville. L’avenir dira de quelle manière…

Nadia Pellefigue, de quelle manière observez-vous cette droite toulousaine ?

NP : Je la regarde de manière interrogative, avec parfois un peu d’incompréhension.

Propos recueillis par Thomas Simonian



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