Le Match Politique : François Simon/Jean-Luc Moudenc

François Simon :

57 ans
Vice-président du Conseil régional Midi-Pyrénées
Ancienne tête de liste aux élections municipales de Toulouse en 2001
Membre d’Europe Ecologie Les Verts

 

Beaucoup ont fait sa connaissance en 2001 lorsque ce médecin généraliste est devenu la tête de liste de la gauche toulousaine pour s’opposer à Philippe Douste-Blazy. En 2004, il choisit de quitter le PS pour se lancer pleinement dans les combats altermondialistes, et devient un compagnon de route de José Bové. En 2010, il devient vice-président du Conseil Régional sous le label “Europe Ecologie Les Verts”. Cet homme de combat, adepte du mandat unique, n’a peur de rien…  Même pas des dissidents possibles.

Jean-Luc Moudenc :

52 ans
Président départemental de l’UMP
Président du groupe “Toulouse pour tous”
à la mairie de Toulouse
et à la Communauté urbaine
Ancien maire de Toulouse

Il est connu pour un être un homme de dossiers hors-pair, et a fait ses gammes auprès de Dominique Baudis et Philippe Douste-Blazy. C’est d’ailleurs ce dernier qui l’a fait maire en 2004, alors que beaucoup pensaient que le trio d’historiques De Veyrinas-Diebold-Didier était légitime. Depuis, Pierre Cohen s’est saisi du Capitole en 2008 et Jean-Luc Moudenc travaille activement à la reconquête. Un challenge qui commence par déjouer les pronostics sur la troisième circonscription en juin prochain.

L’enjeu

Qu’est-ce qui vous motive à tous les deux pour partir dans ce combat des élections législatives ?


François Simon : C’est de répondre politiquement aux cri-ses, sociale, économique, fi- nancière et écologique, qui traversent notre société. Je crois maintenant, de par mon parcours de militant et d’élu, être en capacité d’aller à l’assemblée nationale afin de porter des combats et des lois pour que les choses puissent changer. Je n’aurai qu’un seul mandat. C’est un engagement que je me suis toujours appliqué et que je tiendrai.
Jean-Luc Moudenc : Servir mon pays. Etre député, c’est d’abord faire la loi et préparer l’avenir. Ensuite, c’est servir et représenter Toulouse. Ce scrutin ne se déroule pas de manière théorique, mais sur un territoire, et je trouve qu’on n’entend plus beaucoup la voix de Toulouse au niveau national. Il me semble que l’ancien maire de Toulouse que je suis, est crédible, pour justement faire entendre de nouveau cette voix. J’entends servir et représenter les citoyens de cette circonscription. Etre à leurs côtés.

La diversité de la troisième circonscription

Jean-Luc Moudenc, beaucoup de critiques ont été émises sur le découpage de cette circonscription. On a beaucoup parlé de découpage “Marleix” (ancien secrétaire d’Etat aux collectivités territoriales, chargé du nouveau découpage de la carte électorale) en votre faveur. On a même dit qu’il avait été fait à Toulouse. Avez-vous “découpé” cette circonscription ?
JLM : Je ne m’occupe pas de découpage, et si cette circonscription avait été “découpée” pour les raisons que vous placez en hypothèse dans votre question, cela voudrait donc dire que le 6 mai prochain, Nicolas Sarkozy devrait y avoir une large majorité. Donc je vous engage à attendre le 6 mai, et selon les résultats, à regarder si votre hypothèse est validée ou pas. C’est une circonscription équilibrée et assez représentative des problèmes du pays. C’est ce qui la rend intéressante.
FS : Je m’amuse beaucoup de voir Mr Moudenc ne pas s’intéresser au découpage. Je peux vous confirmer que Mr Marleix connaissait très bien les billets d’avion ou de train pour venir à Toulouse. Cette circonscription a été “découpée” d’une façon assez extraordinaire. Nous avons donc un résultat étrange qui part de Saint-Michel, en passant par les Carmes, la rue Croix-Baragnon, qui s’en va à la Côte Pavée pour redescendre vers Balma et finir à Verfeil. C’est surprenant d’un point de vue géographique, mais un petit peu moins sur le plan sociologique. Evidemment cette circonscription a été faite pour un candidat de droite, qui s’appelle Jean-Luc Moudenc. Mais Mr Marleix n’avait pas prévu que Nicolas Sarkozy puisse être battu…

Le centre-ville toulousain, la première couronne et l’entrée rurale du Tarn. Comment fait-on le lien entre ces différents territoires qui font cette circonscription ?
FS : Cette diversité permet de “brasser” l’ensemble des problèmes de notre société. La part toulousaine représente 70 % de la population de cet-te circonscription, avec des enjeux nationaux, et un enjeu lié à la dynamique économi-que et à l’aménagement de la ville afin qu’elle conserve sa qualité de vie légendaire. Ensuite, il y a le péri-urbain avec toutes ces communes qui sont en train de “grossir” et pour lesquels il faut un développement harmonieux, et en-fin, cette partie rurale qui souffre de rentrer peu à peu dans Toulouse, et qui souhaite rester ce qu’elle est. Le rôle du député sera donc de con-server ce qu’il reste du monde agricole dans cette partie-là, de garder cette ruralité et ces zones vertes.

Jean-Luc Moudenc : «Un territoire dans la dynamique de la métropole»

JLM : Nous avons un territoire qui est dans la dynamique de la métropole, et qui va continuer à se développer. Et la question que se posent beaucoup d’habitants, est de savoir si ce développement qui est en perspective, va permettre de garder notre qualité de vie. Le député doit être, me semble-t-il, aux côtés des élus locaux et des citoyens pour offrir un accompagnement qualitatif à tous les projets en cours. Il y a beaucoup d’inquiétudes, notamment vis-à-vis des milliers de logements qui vont être construits.

Les transports – La rocade – La LGV

La problématique des transports est-elle posée dans votre circonscription ?
FS : Elle est “sacrément” posée mais on ne peut pas ne pas la ramener à l’histoire toulousaine. Toulouse a été con-sidérée très longtemps com- me “la belle endormie”, avec une mairie qui sous Dominique Baudis ne voulait ni s’endetter ni d’une communauté d’agglomération. Or, au fur et à mesure que la ville s’agrandissait, les infrastructures ne suivaient pas au nom de la dette zéro. Aujourd’hui nous sommes dans une situation inconfortable car tous les efforts de la nouvelle municipalité ne font qu’essayer de rattraper ce retard. Avec 15 000 habitants de plus chaque année dans notre agglomération, nous courons après notre ombre. Alors parlons des responsabilités des uns et des autres… Cela tombe bien : il y avait un adjoint à la mairie de Toulouse, c’était Jean-Luc Moudenc. Il y avait un élu en charge des transports à la mairie de Toulouse, c’était Jean-Luc Moudenc. Politiquement si nous en sommes là, il a une grosse responsabilité.

Jean-Luc Moudenc : «François Simon est le candidat de Pierre Cohen»

JLM : Je reconnais bien là François Simon qui est dans cette élection, le candidat de Pierre Cohen et de la municipalité toulousaine. Il critique tout ce qui a été fait sous Dominique Baudis ou sous moi-même. La réalité c’est que la ligne A du métro, c’est Dominique Baudis qui l’a voulue, et la ligne B, je l’ai moi-même impulsée. Ces deux infrastructures aujourd’hui utilisées par environ 400 000 personnes par jour est à mettre à notre actif. L’attaque ne tient pas. Pour autant, il reste beaucoup à faire car nous avons le record de progression démographique de toute la France. On peut parler du passé si ça intéresse, mais ce n’est pas ce qui moi, m’intéresse.

Les habitants de votre circonscription sont confrontés quotidiennement aux bouchons sur la rocade. Quelles sont les solutions ?
JLM : Il faut que l’Etat rouvre le dossier, refasse des études afin que l’on puisse mesurer les besoins. Aujourd’hui la rocade est “bouchée”, tout le monde en souffre et face à ce problème, nous avons le “vide sidéral”. On ne fait rien. On ne prévoit rien et on ne peut plus faire la “politique de l’autru-che”. Traitons cette question sans tabous, sans a priori… Il y a plusieurs idées dont le périphérique à étage ou sous-terrain, ou encore le double con- tournement que j’avais un temps défendu. Nous devons soulager la rocade actuelle sinon notre perspective de développement économique et démographique va rendre la vie des gens impossible.

François Simon : «Le grand contournement de la rocade n’a aucun sens»

FS : On ne peut plus rester, en effet, dans cette situation-là. Mais, excusez-moi, le grand contournement, n’a aucun sens. La vraie problématique est de savoir comment sur le périphérique existant, nous pouvons trouver à côté, au-dessus ou au-dessous, une voie spécifique pour les transports en commun.

Parlons maintenant du dossier de la LGV (ligne à grande vitesse) qui a fait “exploser” les clivages politiques habituels au Conseil Régional ?
JLM : Je crois en ce projet. Si je suis élu député, je veillerai à ce qu’il se fasse dans les délais. Effectivement, c’est une ligne de clivage entre François Simon et moi-même, d’autant plus que ma suppléante dans cette élection, Laurence Arribagé, qui est conseillère régionale, a voté favorablement pour ce projet. Le président Malvy s’était alors retrouvé en difficulté, car il ne pouvait pas déclencher de vote majoritaire sans les votes de la droite et du centre-droit. François Si-mon faisait partie de ceux qui ont voté “Non” à ce projet.
FS : Je suis, nous sommes, pour que des trains à grande vitesse arrivent plus vite à Toulouse. Et le meilleur moyen, est d’utiliser les lignes existantes, reconstruites et réaménagées.
JLM : Ce qui me frappe dans la position de François Simon, c’est qu’il nous explique qu’il est contre un double contournement pour la rocade et qu’il est contre le TGV. Au fond Mr Simon est pour la décroissan-ce. Il est contre la croissance économique et donc contre la création d’emplois.

Alain Fillola et Jean-Luc Lagleize

François Simon à propos d’Alain Fillola : «Va-t-il être exclu du Parti Socialiste ?»

Beaucoup de rumeurs circulent sur une possible candidature du maire et conseiller général de Balma Alain Fillola. Est-ce un “os” dans votre campagne François Simon ?
FS : Tant qu’il ne l’a pas po-sée, la candidature d’Alain Fil-lola reste une rumeur… Pour le moment, nous allons dire qu’il se “tâte”. Vous le savez, il y a eu un accord national entre Europe Ecologie Les Verts et le PS concernant une soixantaine de circonscriptions, et ici en Haute-Garonne, le PS a considéré que cet accord serait appliqué sur la troisième circonscription. Alors que va faire Alain Fillola ? Va-t-il quand même y aller ? Va-t-il être exclu du PS, du groupe socialiste au Conseil Général, de la vice-présidence de la communauté urbaine ? Va-t-il perdre son poste de PDG d’Oppidéa (SEM d’aménagement du Grand Toulouse) ? Se prépare-t-il à perdre les prochaines municipales à Balma ? C’est à lui de se poser ces questions-là. Au vu du nombre de mandats qu’il occupe déjà sur le territoire au nom du Parti Socialiste, s’en faire exclure ne me paraît pas très raisonnable pour lui.
JLM : Je ne peux qu’encourager Alain Fillola à être candidat dans la mesure où il divise la gauche. Mais mon principal adversaire, c’est François Si-mon. Ce sera lui ou moi le député. Cela se joue entre nous deux. On ne va pas se raconter d’histoires… Mais s’il y a quelqu’un qui veut jouer les “trouble-fête” chez François Simon, vous pouvez comprendre que je ne suis pas contre.

On parle également d’une candidature possible de Jean-Luc Lagleize, président départemental du MoDem. Cela ne va-t-il poser un problème de lecture dans votre campagne Jean-Luc Moudenc, vous qui vous présentez en tant que candidat de la droite et du centre ?
JLM : Le MoDem a eu un candidat à la présidentielle qui était François Bayrou. A partir de ce moment-là, que le Mo-Dem veuille présenter des candidats aux législatives me paraît légitime. Ce n’est pas moi qui m’en plaindrai. La seule chose que doit mesurer Jean-Luc Lagleize, c’est ce que peut lui rapporter politiquement cette élection. En 2007 François Bayrou a fait 19 % à Toulouse, et cinq semaines plus tard les candidats MoDem aux législatives ont vu leurs scores divisés par deux. Cette fois-ci le score de François Bayrou dans la troisième circonscription est de 10 %. C’est donc à lui de mesurer les risques qu’il souhaite prendre.
FS : Jean-Luc Lagleize aurait toute latitude pour vous rejoindre au soir du second tour puisque vous représentez le centre de l’UMP. Mais à entendre tous vos leaders nationaux en ce moment, s’il y a encore un centre à l’UMP, il s’est vraiment dévié sur la droite. La réalité est qu’il y a aujourd’hui un fossé entre les valeurs du MoDem et ce qui est défendu par Nicolas Sarkozy. Je comprends donc que le MoDem se présente.

Propos recueillis par Thomas Simonian



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