Le décryptage toulousain de l’affaire Cahuzac

Le JT compte dans ses rangs une équipe de chroniqueurs qui représente toutes les sensibilités politiques. Notre politologue Stéphane Baumont ainsi que Rémi Vincent (Front de Gauche), Pierre-Nicolas Bapt (PRG), Patrick Aubin (Parti libéral démocrate-UDI) et Yoann Rault-Wita (UMP), réagissent tous à la déflagration Cahuzac. Dans nos colonnes la parole est libre.

 

« Mediapart a l’habitude de sortir des affaires qui sont vraies, non ? » s’amuse presque provocateur, Pierre-Nicolas Bapt, secrétaire du PRG en Haute-Garonne. Certes le mensonge est énorme. Comment oublier Jérôme Cahuzac se défendant bec et ongle devant les députés, ou jurant les yeux dans les yeux face à Jean-Jacques Bourdin ? Des images saisissantes qui en disent long sur le mal qui ronge notre classe politique. Consanguinité, conflits d’intérêts, avantages… Rien de surprenant pour notre chroniqueur économique, le toujours libéral Patrick Aubin : « Ils ont tous des choses à cacher. Y compris au niveau local, même si on ne peut pas parler de détournements, nous sommes confrontés malheureusement en permanence à des conflits d’intérêts. C’est le mal numéro un. » Les Français, prisonniers malgré eux d’une terrible crise économique, semblent cette fois-ci ne plus supporter les abus de ceux qui les gouvernent : « C’est une crise politique comme la 5e République en a déjà connue, qui déstabilise le parti au pouvoir, le gouvernement et le président de la République. Il faut donc une réponse politique à une crise politique » analyse notre politologue maison Stéphane Baumont. L’affaiblissement du pouvoir en place, et la façon dont il gère l’événement, inquiète le conseiller national des Jeunes Populaires Yoann Rault-Wita : « Soit Hollande savait et il doit savoir en tirer toutes les conclusions possibles, y compris celle de son départ. Soit il ne savait pas, et il faut alors qu’il change de job tout de suite. Ce serait une preuve d’incompétence. » Quelles solutions s’offrent alors à François Hollande pour sortir de l’impasse ? Pour Rémi Vincent, nouveau talent toulousain pro-Mélenchon, « les déclarations publiques de patrimoine ne sont pas au niveau de l’enjeu. Le PS ne peut plus se permettre la mise en place de mesurettes. » Mieux, le militant du Front de Gauche encourage l’idée d’une « 6e République ; il faut désormais changer de régime. » Son leader national, Jean-Luc Mélenchon, annonce dans ce cadre-là une énorme marche parisienne le 5 mai prochain. Un rendez-vous qui permet aussi de crier l’envie d’un énorme « coup de balai. »

S. Baumont « Hollande serait un bon président de cohabitation »

Peut-être démagogique sur le papier, le discours semble séduire notamment les plus jeunes. Autre piste, peut-être envisagée encore secrètement par l’Elysée, celle du remaniement : « A très court terme, je pense que c’est inévitable, avec de surcroît un changement de premier ministre. Les Français y sont d’ailleurs favorables. Cela pourrait constituer un électrochoc dont le pouvoir a bien besoin » explique Stéphane Baumont, qui ajoute avec l’ironie qui le caractérise, « pensons aussi à la dissolution qui permettrait à Hollande de perdre l’Assemblée. Il serait un bon président de cohabitation, et alors le meilleur candidat possible pour 2017. » La question du cumul des mandats est également posée, mais pas seulement pour Pierre-Nicolas Bapt : « Est-ce réellement la question du cumul des mandats, ou celle du cumul des émoluments, qui dérange les Français ? » Poser la question est sans doute y répondre, l’intéressé proposant que les élus ne puissent toucher qu’une seule indemnité, celle de leur principal mandat : « Vous verrez alors que le non-cumul des mandats arrivera naturellement. » Patrick Aubin propose lui de s’attaquer au mal qui ronge le pouvoir, « cette relation si particulière qu’il existe entre le monde politique et celui de la finance. C’est puissance 1000 en France, en comparaison avec d’autres pays… La presse étrangère aime d’ailleurs railler la France sur ce sujet. » L’attaque est dure, et étrangement relayée par Rémi Vincent, pourtant si éloigné en règle générale des visions libérales voire libertaires de Patrick Aubin : « Entre le monde de l’entreprise et les élus, la relation est quasi organique. Donc dangereuse. » Cette affaire Cahuzac, succédant à tant d’autres, en dit plus qu’on ne veut bien le supposer sur ce qui fait notre monde actuel : « Quel est le rôle de l’argent dans notre société ? » s’interroge Pierre-Nicolas Bapt, « c’est devenue une valeur sociétale. »

Thomas Simonian



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