L’analyse de l’après premier tour par l’impertinent d’I-Télé et Sud Radio ; Robert Ménard : «La bonne nouvelle, la défaite de la prétention de Mélenchon»

Robert Menard

Il est celui que redoute toute la classe politique française. Martine Aubry en tête. Lui, le fondateur de «Reporters sans frontières» et du magazine «Médias», lui, l’interviewer «star» d’I-Télé et Sud Radio, analyse pour le JT ce premier tour des élections législatives. L’occasion pour Robert Ménard de nous parler sans concession des premières mesures lancées par François Hollande, de la possible entrée de députés frontistes à l’Assemblée nationale mais aussi d’un système politico-médiatique déconnecté de la réalité.

 

Peut-on dire après ce premier tour que les Français ne souhaitent pas connaître une nouvelle cohabitation ?

Je crois en tout cas que l’argument qui consistait à dire qu’il fallait absolument éviter «un état PS» n’a pas fonctionné. Manifestement les Français ont envie de donner une majorité à François Hollande pour qu’il puisse gouverner. Il a d’ailleurs annoncé des mesures symboliques que je trouve plutôt justes, comme la baisse des salaires du président et des ministres, la régulation de ceux des patrons des entreprises publiques ou l’encadrement des loyers. Hollande a associé à ces annonces des mesures plus «habiles» politiquement comme le retour à 60 ans à la retraite pour ceux qui ont commencé à travailler très jeunes, ou la révision de l’allocation de rentrée scolaire… Maintenant, il va falloir passer aux mesures plus impopulaires, mais pour ça les socialistes attendront l’après-élections !

L’UMP s’est donc trompée de stratégie ?

Clairement oui. Les Français n’ont pas envie d’avoir Copé comme Premier Ministre. Ils veulent voir si les socialistes sont capables de mener à bien leurs promesses électorales. Ce n’est peut-être pas une bonne idée, mais c’est logique.

La classe politique française tombe-t-elle dans le piège du Front National ?

Remarquons objectivement que les résultats de ce premier tour sont un échec pour le Front National. C’est dû à la faible participation qui ne favorise pas les triangulaires. En revanche, il y aura peut-être cette fois-ci des élus. Sur le fond, je ne sais pas si la classe politique est prise dans le piège du Front National mais il n’y aurait que justice à avoir des députés FN à l’Assemblée nationale. Je ne suis pas en train de vous dire que je vote pour mais tout simplement qu’un parti qui a réalisé 18% des voix à la présidentielle, doit être représenté. Ce serait scandaleux que par la cause d’un mode de scrutin, il n’y ait pas d’élus du FN. Et je pense la même chose pour le Centre. Je n’imagine pas une assemblée sans députés centristes… Dire tout cela n’est pas tomber dans le jeu du FN, c’est accepter la démocratie.

Ce Front National a-t-il vraiment changé ?

A part d’être aveugle, nier le fait que le FN a évolué avec l’arrivée de Marine Le Pen, c’est nier l’évidence même. Il est aujourd’hui moins monolithique, et reste même malheureusement quasi familial avec Louis Alliot qui est le compagnon de Marine Le Pen, ou avec Marion Le Pen, petite-fille de Jean-Marie…

«Le centre est dans un coma avancé»

 Vous parliez précédemment d’une possible assemblée sans élus centristes. Mais le centre n’est-il pas mort avec cette élection ?

Il est en tout cas dans un coma avancé. Je le regrette d’ailleurs car il est terrible de constater que l’on ne puisse pas pouvoir dire que l’on est ni de droite ni de gauche sans en payer un prix disproportionné. Dieu sait qu’il m’arrive de critiquer les attitudes de François Bayrou mais dans cette affaire, il a fait preuve d’un vrai courage. Certains parleront d’inconscience…

Les Français paraissent avoir une certaine défiance envers la classe politique. Vous qui interrogez tous les jours nos politiques sur I-Télé et Sud Radio, avez-vous cette même défiance ?

Absolument. Je pense qu’ils sont globalement complètement déconnectés des réalités de ce pays. Mais au même titre que les journalistes… Ce monde politico-médiatique a perdu pied avec la réalité. Ils sont comme les cultures «hors-sol» que l’on fait pousser sans qu’elles touchent le vrai sol. Il y a un microcosme qui vit autre chose que ce que vit la plupart des Français, qui pense autre chose que ce pensent les Français, qui n’écoute plus, qui ne sait plus, qui ne voit plus… Regardez Mélenchon ! S’il y a une bonne nouvelle avec ce premier tour, c’est la défaite de la prétention de Jean-Luc Mélenchon. L’arrogance, le mépris, l’insulte, la haine… Cet exemple illustre l’abîme qui existe entre la classe politique et les électeurs de base. Je vous signale que le taux d’abstention que nous venons de connaître n’est pas le plus important de la 5e République : c’est le plus important depuis qu’il y a des législatives en France ! Les politiques s’en émeuvent aujourd’hui, mais n’en parleront plus demain.

Vous passez vos interviews à mettre les politiques face à leurs mensonges, contradictions et double-discours. C’est une manière de dire qu’ils ne savent pas faire sans «langue de bois» ?

Ils sont rarissimes ceux qui répondent simplement aux questions. Ce matin, j’étais avec le député UMP Jacques Myard à qui j’ai dû poser quatre fois la même question. Ils tergiversent, ne veulent jamais dire ce qu’ils pensent vraiment. Ce qui est insupportable, c’est qu’entre ce qu’ils vous disent en «off» et ce qu’ils vous disent à l’antenne, il y a un gouffre. Et les journalistes acceptent l’idée qu’il y ait ce double-discours. Il ne faut plus l’accepter ! Ne jouons plus le jeu ! Il y en a marre ! Nous sommes dans une situation dramatique, avec un chômage exponentiel, des perspectives économiques inquiétantes, et la classe politique nous doit la vérité. Quand Pierre Moscovici nous dit qu’il va pouvoir réduire les déficits sans imposer plus de rigueur, il nous ment ! Et le pire, c’est qu’il sait qu’il nous ment.

Vous l’interviewer impertinent, les grands médias vous laissent-ils travailler en liberté ?

C’est très difficile. La preuve : l’année dernière quand ils m’ont viré d’RTL sans beaucoup d’états d’âme. C’est compliqué tous les jours… Pour l’instant, tout se passe bien à I-Télé et Sud Radio mais cela reste un combat. Les employeurs ont toujours envie que vous soyez impertinents, mais en même temps cela leur crée des problèmes. Mais mon autre souci, c’est que je me retrouve confronté à des politiques qui ne souhaitent plus répondre à mes questions. Je peux citer Martine Aubry. C’est vous dire à quel point ils sont habitués à ce qu’on les interroge avec des égards qu’ils ne méritent pas.

 

Thomas Simonian



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