La présidentielle vue par José Bové «Un hold-up nationaliste !»

A dix jours du premier tour de la présidentielle, José Bové, porte-parole d’Eva Joly, était à Toulouse pour participer à un rassemblement de soutien à la candidate d’Europe Ecologie Les Verts. Le parti avait également organisé une table-ronde pour alerter sur les ravages des pesticides chez les agriculteurs et sur les dangers pour les consommateurs.

José Bové, quel effet cela vous fait-il de revenir ici à Toulouse sur cette place du Salin ?

Cette place «sympathique» me rappelle quelques souvenirs et de beaux procès. Toulouse fait partie de ma région en tant que député européen et les combats qui ont été menés ici pour l’écologie, avec François notamment, (François Simon, candidat sur la 3e circonscription aux législatives, ndlr) que je suis aussi venu soutenir aujourd’hui, nous rassemblent depuis des années.

Quel regard portez-vous sur la campagne présidentielle ?

On a préféré faire une campagne très nationaliste, très jacobine avec des sujets complètement annexes au lieu de s’occuper des vraies questions de fond. Il faut renforcer le fédéralisme à l’intérieur de notre pays et au niveau européen. Tous ceux qui disent qu’il n’y a des solutions qu’au niveau français, mentent aux citoyens. On est en train de vivre un vrai scandale. Cette présidentielle très compliquée, très bizarroïde, est un vrai hold-up nationaliste ! Qui plus est, elle se passe sur des têtes de gondole. Ce n’est pas le projet qui compte mais celui qui accrochera le plus la lumière. Cet ego très franco-français prend le dessus aujourd’hui mais dans deux mois, on va se reprendre en pleine figure les crises, financière, économique et écologique, car rien n’est réglé.

A dix jours du premier tour, Eva Joly reste créditée de 2% d’intentions de vote. Vous regrettez cette candidature ?

(Agacé) On est dans cette situation-là… Il y a eu un vote interne, un choix a été fait. Je l’ai accepté et aujourd’hui on mène cette campagne. Mais, encore une fois, le problème est moins le choix du candidat que la place de l’écologie et de l’Europe dans cette élection. Les deux sont très souvent liées, et les solutions, globales.

«On a très peu parlé de la PAC et de la ruralité»

C’est-à-dire ?

La question de l’emploi est liée à la reconversion écologique de l’économie, la question des institutions à celle de l’Europe. On a très peu parlé de la PAC (Politique Agricole Commune, ndlr), de la ruralité. Or ce sont des sujets centraux dont les Français malheureusement, n’auront pas débattu.

Malgré tout, le possible faible score d’Eva Joly pourrait-il remettre en cause les accords PS/Verts aux législatives ?

Non, je crois que cela n’a aucun lien. Ni au PS ni à EELV, on n’envisage de remettre en cause ces accords.

Vous participez aujourd’hui aussi à une table-ronde sur les dangers des pesticides. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

On est dans une situation dramatique. Le paysan est la première victime des compagnies qui fabriquent ces pesticides. C’est une question de santé publique pour les agriculteurs d’abord mais aussi pour l’ensemble de la société. Les consommateurs eux aussi sont victimes à travers leur alimentation même si on manque d’étude sérieuse là-dessus. Et ce qui me fait hurler, c’est cette décision passée en catimini le 5 mars dernier : le ministère de l’agriculture vient d’autoriser par dérogation les épandages de pesticides par avion, alors qu’ils étaient tous normalement interdits. C’est scandaleux, tout le monde est concerné. La puissance des multinationales qui fabriquent ces pesticides est colossale et s’impose aux Etats. Autre scandale : On vient d’avoir un rapport sur le Cruiser et les intoxications sur les abeilles qui prouve de manière très claire que ce produit est responsable de l’élimination de 30% des ruchers. Malgré cela, le ministère continue à tergiverser alors que la seule décision à prendre, est l’interdiction pure et simple et la destruction des stocks de produit. Il faut avoir une législation très stricte. C’est la seule solution.

 

Propos recueillis par Claire Manaud

 

 

L’autre campagne

 

Celle des agriculteurs. A deux mois cette fois-ci des législatives, le parti écologiste tire la sonnette d’alarme sur ces paysans empoisonnés par les pesticides. François Simon se présente sur la 3e circonscription de la Haute-Garonne. Profitant de la venue de José Bové à Toulouse, le candidat de l’Union pour le changement EELV/PS qui est aussi médecin, l’assure à l’occasion d’une table-ronde sur ce thème : «Si je suis élu, le dossier que je m’engage à porter est le changement de la législation par rapport aux pesticides dans la vie des agriculteurs. Avec José Bové, Gérard Onesta et d’autres, on s’est battu contre Monsanto et les OGM mais nos souffrances sont bien moindres que celles que l’on voit émerger chez un certain nombre de paysans. Embarqués dans une agro-industrie qui les a amenés à s’endetter, à toujours produire plus et à utiliser des pesticides, ils sont devenus eux-mêmes victimes de ce type d’agriculture.» Maladies de Parkinson, d’Alzheimer, cancers du cerveau, du sang, de la vessie, de la prostate, les dégâts engendrés par les pesticides seraient avérés. En 2011, l’association Phyto-victimes se crée et réagit : «Après l’appel de Ruffec en 2010, (à l’initiative d’un agriculteur charentais, Paul François, intoxiqué par des pesticides lors de l’ouverture de son pulvérisateur, ndlr), des paysans en se regroupant, ont créé une dynamique qui a rompu le mur du silence sur ce scandale. Avec pour conséquences, des maladies reconnues professionnellement et des premières condamnations en justice des multinationales qui produisent ces pesticides.» explique François Simon.

 

Appel aux consommateurs

 

Agriculteur «depuis tout petit» dans le Tarn-et-Garonne et fier de l’être, Alain Moles a choisi de témoigner «pour la bonne cause» En 2005, les médecins lui diagnostiquent un Parkinson alors qu’il n’a que cinquante ans. «Je ne le souhaite à personne. C’est une belle saloperie.» raconte-t-il. Pendant vingt ans, ce militant de la Confédération paysanne et aujourd’hui à EELV, avoue avoir fait de l’agriculture intensive, mais «classique, sans être excessive. On avait des vignes, des pommes… J’ai traité…» Son  espoir désormais, c’est le «bio» qu’il a adopté en 2006 pour toutes ses cultures, insiste-t-il : «La santé, c’est mon capital, ça n’a pas de prix.» Mais ce sont aussi les consommateurs eux-mêmes : «J’ai le devoir de leur dire ce que ce danger représente. On peut se passer des pesticides mais il faut que les consommateurs nous aident là-dessus. Je les invite à être les moteurs, les acteurs de ce changement. Nous paysans, sommes trop peu nombreux et pesons trop peu électoralement pour le faire.»

 

CM



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