La «Mélenchonmania» envahit Toulouse «Je vous demande des comptes»

Le temps d’une soirée, la «rose» est devenue «rouge». Jean-Luc Mélenchon et le Front de Gauche ont investi avec réussite le centre-ville toulousain pour attaquer et Sarkozy, et Hollande, «des chefs à la ramasse». Au point que certains ont condamné cette privatisation de l’espace public… L’équipe de votre hebdomadaire était au coeur de l’événement.

 

Dès le milieu de l’après-midi, notre centre-ville «grouillait» déjà… Du bruit, des barrières, des drapeaux rouges un peu partout. Une ambiance peu habituelle a régné le 5 avril dernier. A 18h00, c’est une place du Capitole pleine comme jamais qui a accueilli le groupe toulousain engagé «Les Grandes bouches», comme si nous n’allions déjà pas assister à un meeting comme les autres. Puis, un contenu plus politique a pris place sur la scène centrale avec l’arrivée de Christian Piquet, élu Front de Gauche à la région, qui a commencé par s’adresser habilement à la foule : «Vous êtes magnifiques ! Vous faites resplendir la place du Capitole par votre combativité. Aujourd’hui, nous nous adressons aux élites en leur disant que nous n’avons plus de limites !» Une fois les militants «chauffés à blanc», Christian Piquet a commencé à tourner son regard vers François Hollande, pour indiquer qu’il n’est pas encore l’heure du second tour : «Nous voulons devenir les leaders de la gauche». Puis, il s’est bien entendu attaché à attaquer le président en exercice et les siens : «Je voudrais m’adresser au petit Monsieur Guéant, l’aboyeur au service de son maître élyséen. La République n’a rien à craindre de la diversité. La République doit devenir sociale. Alors, messieurs de l’UMP… Dégagez ! Dégagez-tous ! Le vote Front de Gauche, c’est l’assurance pour votre avenir.» C’est ensuite un petit événement qui a succédé. La Toulousaine Myriam Martin, porte-parole du NPA de Philippe Poutou et Olivier Besancenot, a décidé de soutenir dans la dernière ligne droite le candidat du Front de Gauche, et elle en a expliqué les raisons sur la place du Capitole, en arguant notamment que l’heure du rassemblement avait enfin sonné à la gauche de la gauche. Puis, en locale, elle a parlé de son engagement : «Nous devons refuser de faire payer la crise à la population. Ma lutte est aussi contre l’extrême droite et le fascisme.» C’est à la présidente du groupe communiste au Sénat, Nicole Borvo, qu’est revenue la lourde charge d’offrir l’apéritif aux militants qui attendaient leur leader. A la tribune, l’élue parisienne paraît elle-même détachée devant l’ampleur de l’événement : «Dans cette élection présidentielle, le peuple a changé le scénario. La dynamique nous dépasse. Nous voulons que Sarkozy dégage ! Sarkozy c’est l’ami des grands patrons, des riches qui sont de plus en plus riches. Il a protégé les banques et les grands groupes financiers.»

Le mégaphone d’un peuple en souffrance

 

19H40… La place du Capitole est «rouge» de monde. La place Wilson avec ses écrans géants, idem. Toutes les artères sont remplies de Toulousains qui ont répondu à l’appel d’une certaine curiosité. Environ 70 000 personnes sont là. Lui monte sur scène tranquillement, comme habité, mais aussi presque pudique face à ce succès, face à cette nouvelle force qu’il aime décrire : «Elle est là, elle s’étend, elle s’affirme et je vous appelle à l’élargir encore sans cesse… Nous allons ouvrir la brèche. Nous sommes une force adulte, consciente, politisée.» Face à Nicolas Sarkozy, Jean-Luc Mélenchon semble plus décidé que jamais, se faisant le mégaphone d’un peuple en souffrance : «Nous ne sommes pas de la même France. Je vous demande moi des comptes pour le malheur que vous répandez. Je vous demande des comptes pour cette société absurde.» Le candidat surprise de cette présidentielle appelle clairement à cette «révolution citoyenne» devenue slogan, en la prodiguant aussi comme l’avenir de l’Europe : «Il va nous falloir être ce cratère brûlant d’où va jaillir de nouveau la flamme des révolutions qui par contagion devient la cause commune de tous les peuples d’Europe. Nous n’avons besoin des conseils et des autorisations de personne !» Pierre Laurent, le patron national du PCF, regarde les écrans géants comme un petit enfant. Il observe cette foule immense partager cet instant de la Présidentielle 2012. Jamais il n’aurait sans doute pensé vivre un tel moment, son visage ne trompe pas. Nicole Borvo, ne semble pas s’en remettre non plus, et en oublie de rejoindre sur scène les autres cadres du Front de Gauche après le discours de Jean Luc Mélenchon. Quant à ses militants bénévoles, qui avaient tant oeuvré pour l’organisation et la réussite de ce meeting, leurs yeux sont souvent «mouillés» par l’émotion… Que l’on soit ou non d’accord avec le contenu… Que l’on n’aime ou pas le personnage Mélenchon… Un moment de l’histoire de cette élection aura eu lieu Place du Capitole. La pluie ou une alerte à la bombe n’y changeront rien.

Thomas Simonian



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