La droite toulousaine sous tension

Dans dix-huit mois, nous serons dans l’élection municipale. Une échéance qui «échauffe» dès maintenant les esprits au Parti Socialiste haut-garonnais, et qui oblige Pierre Cohen, actuel locataire du Capitole, à vouloir «verrouiller» le renouvellement à venir des instances fédérales de son parti prévu pour le 15 novembre prochain. Mais certains courants (les «Hollandais» ainsi que l’aile gauche de Benoît Hamon) ne l’entendent pas forcément de cette oreille (voir notre entretien avec François Carbonnel page 9.) Un contexte qui tient également compte des équilibres fragiles qui existent entre Martin Malvy, Pierre Izard et Pierre Cohen. Nous y reviendrons certainement dans les semaines à venir, mais 2014 se prépare pour le moment à gauche sur la base de «coups bas», de tractations et de rivalités entre collectivités. La droite toulousaine devrait «tirer les marrons du feu» d’un tel scénario, d’autant plus que le contexte économico-politique national, européen et international, est convenons-en, peu favorable au Président Hollande. Et cela ne devrait pas, malheureusement, s’améliorer dans les mois à venir… Mais cela engendrera-t-il pour autant à Toulouse un désir d’alternance en 2014 ? Pas si sûr. D’abord car la sociologie de la «ville rose» s’est énormément modifiée ces dernières années. A chaque scrutin le virage à gauche se fait de plus en plus fort, mais aussi car c’est durant la campagne municipale, que beaucoup de projets «made in Cohen» verront le jour. Par ailleurs un constat s’impose aujourd’hui. La droite toulousaine n’est peut-être pas encore en «ordre de bataille» : «Il y a eu un petit frétillement de l’état de cette droite, pourtant plurielle et divisée, avec la victoire de Jean-Luc Moudenc lors des dernières élections législatives. Les militants sont sans doute un peu revigorés.

Mais cela va-t-il créer un effet Moudenc qui conduirait à une liste unique ?» ; un constat et une interrogation posés par notre politologue maison et universitaire, Stéphane Baumont. Au conseil municipal toulousain, l’opposition à Pierre Cohen est d’ailleurs déjà divisée depuis 2010 avec le groupe «Toulouse Métropole d’Europe», présidé par Marie Déqué (et dans lequel on compte aussi René Bouscatel et François Chollet), dissident de celui de Jean-Luc Moudenc «Toulouse pour tous». Celle qui est également conseillère régionale, et adhérente UMP, tient d’ailleurs à répondre à l’ancien maire de Toulouse, qui dans notre n°530 attaquait ainsi Marie Déqué et les siens : «Les leçons de stratégie électorale venant d’élus qui ne connaissent que les scrutins de liste – parfois depuis 30 ans ! – et n’ont jamais remporté une seule élection au suffrage universel uninominal…» La réponse de l’intéressée ne se fait pas attendre : «Y a-t-il besoin d’être tel type d’élu pour avoir la compétence ? Etrange conception des choses ! De mon point de vue, la politique ne doit pas forcément être un métier. Si je prends mon cas, Dominique Baudis était venu me chercher car j’avais fait mes preuves en tant que directrice de la FNAC. Ensuite autant D. Baudis, que P. Douste-Blazy et JL. Moudenc, ont semble-t-il été satisfaits de mon travail d’adjointe… J’ai toujours mis mon savoir et ma compétence au service de la ville.» Des propos qui sous-entendent largement les différences de point de vue, mais aussi les conflits personnels, qui animent les deux droites toulousaines.

«On observe une vraie cassure»  Stéphane Baumont

Stéphane Baumont voit dans cet affrontement des explications historiques : «On observe une vraie cassure entre ceux qui se revendiquent des ères Baudis-Douste-Blazy et Jean-Luc Moudenc. Ces éléments vont-ils constituer une autre liste ?» Du côté de l’équipe de Jean-Luc Moudenc, on ne semble pas se préoccuper de toutes ces polémiques, et on travaille déjà via l’association «Toulouse Avenir» sur le projet 2014 : «Depuis 2009, nous avons seize commissions thématiques dans lesquelles sont répartis nos 2800 adhérents. On réfléchit, on analyse, on prospecte… L’objectif est d’apporter une contribution forte au projet de la droite et du centre pour la prochaine échéance municipale. Dans l’esprit de Jean-Luc Moudenc, il y a trois composantes qui feront le programme : Les partis selon les accords qui auront été passés, la société civile avec une expérience et une expertise, et puis l’association…» nous explique le porte-parole de «Toulouse Avenir», Emilion Esnault. Dans l’esprit des cadres de «Toulouse Avenir», le député Jean-Luc Moudenc est le légitime : «La question ne se pose même pas. C’est lui qui portera in fine le projet» ajoute E. Esnault. Du côté de Marie Déqué, le son de cloche diffère : «Soyons tous conscients que cette ville peut de nouveau basculer et qu’une erreur de casting pour la tête de liste serait dramatique… Il faut qu’il soit admis que le poste de numéro un n’est pas automatiquement dédié à l’ancien maire. Il ne fait pas envie et manque d’étoffe. Et Paris ne devra pas décider à notre place !» Mais alors qui pour un poste de n°1 ? Pour la présidente de «Toulouse Métropole d’Europe» trois noms sont prêts à se lancer (René Bouscatel, François Chollet et Christine de Veyrac) : «Je vous confirme leur détermination, ils se parlent tous, sont amis et le moment venu, l’un d’eux se déterminera…» Pourtant rien ne se fera sans le centre à Toulouse et tous les indices laissent à penser que la galaxie centriste toulousaine est fortement éclatée dans l’analyse. Si certains semblent être pathologiquement hermétiques à une candidature Moudenc, d’autres laissent planer volontairement le doute pour faire monter les enchères…

Mais sont déjà ralliés à l’idée d’une liste unique. Le challenge est donc clair pour le député de la troisième circonscription. Il doit pouvoir se poser en rassembleur de la droite et du centre, tout en prenant en compte le risque d’une première à Toulouse, une liste du Front National. «Il y a beaucoup de rancœurs» pour Stéphane Baumont «mais l’avenir appartient à ceux qui s’investissent.» Emilion Esnault annonce d’ailleurs la couleur : «Jean-Luc Moudenc rencontrera l’ensemble des partis de la droite et du centre courant du mois pour entamer les discussions.» Une ou deux listes ? Le feuilleton ne fait que commencer.

Thomas Simonian



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