La déchéance des politiques

©Franck Alix/JT
©Franck Alix/JT

Il y a un an, nous étions en plein bouclage du journal, quand la stupeur nous a frappés. Un certain mercredi 7 janvier, la rédaction de Charlie Hebdo est touchée en son cœur. Punie pour sa liberté. Charb, Wolinski, Cabu, Bernard Maris, Tignous, des noms qui ont marqué toute une génération, figurent parmi les 12 victimes. La vague terroriste s’est poursuivie à l’Hyper-casher, porte de Vincennes, pour frapper une fois encore le 13 novembre dernier à Paris, où 130 personnes ont perdu la vie.

Cette semaine, la Une de Charlie Hebdo intitulée « L’assassin court toujours » où l’on aperçoit Dieu ensanglanté tenant une kalachnikov, crée la controverse. Comme si le combat pour la liberté d’expression était déjà oublié. Bien sûr, cette caricature peut choquer. Mais l’on ne peut pas respecter la liberté de la presse seulement lorsqu’on est d’accord avec elle. Charlie reste fidèle à sa ligne anti-religions, à sa vision de la laïcité : sans concessions, violente envers les cultes, et provocante. Je ne suis pas particulièrement en phase avec cette conception, car je ne pense pas que l’extrémisme laïc puisse apaiser les tensions de notre pays, et encore moins vaincre le terrorisme (au contraire même). Je me réjouis, néanmoins, que cette Une puisse paraître et créer le débat.

« Calcul politique dangereux »

Pour ma part, je ne m’en prendrai pas à Dieu. C’est fatigant et inutile. Dieu, même s’il n’existe pas, existera toujours. Par contre, les politiques, eux, sont bel et bien présents sur terre pour trouver des solutions concrètes à des problèmes concrets. Et en matière de lutte contre le terrorisme, on trouvera plus concret que la déchéance de nationalité ! Que celle-ci s’applique aux binationaux ou à tout le monde, elle me semble toujours aussi absurde. Et dans le deuxième cas, il faudra en outre trouver un nouveau statut aux apatrides que nous aurons créé, à l’encontre du droit international… Que de nœuds au cerveau pour rien ! On ne peut pas dire pour autant que ce soit la seule proposition du gouvernement en matière antiterroriste, car un projet de loi devrait être étudié d’ici février. Mais c’est dommage que la déchéance de nationalité ait autant mobilisé le débat public. Le gouvernement, sorti grandi de la gestion des attentats, s’est-il senti pousser des ailes jusqu’à frôler l’excès de populisme ? François Hollande préfère se mettre une partie de la gauche à dos (qu’il a de toute façon perdu depuis longtemps) et aller dans le sens de la majorité des Français (86% selon un sondage) favorable à cette mesure. Le calcul peut se comprendre pour un président qui vise sa réélection en 2017. Mais il peut s’avérer dangereux. Ce n’est pas parce qu’on perd l’électorat de gauche qu’on gagne celui de la droite…

Au fait, j’allais oublier : bonne année à tous !

 

 



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