Joël Carreiras « Il faut savoir ce que l’on veut ! »

Il est l’un des fidèles, l’un des proches, de Pierre Cohen. A la manette sur les questions budgétaires de la mairie et de Toulouse Métropole, mais aussi à la pointe sur les questions de transports en tant que président de la Smat (société de la mobilité de l’agglomération toulousaine), il n’est jamais le dernier à répondre aux attaques de l’opposition, et de Jean-Luc Moudenc en particulier. La fin de la dette zéro, le conflit avec les riverains de Lardenne ou le clash avec Jean-Christophe Sellin, rien n’est tabou pour Joël Carreiras. Rencontre.

La chambre régionale des comptes a rendu un rapport sur la gestion de la ville de 2006 à 2010, soit une période partagée entre les mandats de Jean-Luc Moudenc et Pierre Cohen. L’ancien maire dit que ce rapport est un satisfecit de sa gestion, et une critique de la vôtre. Quelle est votre vérité ?

Ce rapport n’est pas une remise en cause de notre bilan, au contraire même ! La chambre régionale des comptes reconnaît la bonne santé économique de notre ville. A plusieurs reprises dans ce rapport, il est bien stipulé que le coût de fonctionnement de la collectivité est à la baisse depuis 2008, ce qui est plutôt un bon signe. L’investissement reste lui maintenu. Ce rapport démontre également que Toulouse conserve un ratio d’épargne nette par habitant qui est supérieur à la moyenne des autres grandes villes de la même strate… Après la chambre régionale des comptes dit aussi que depuis 2009 cette épargne est amputée d’une participation exceptionnelle de la ville au financement des transports. Mais ceci est assumé car nous assumons le financement de la dette laissée par Monsieur Moudenc à Tisséo.

Des attaques ont été également formulées sur votre politique en termes de ressources humaines…

Il n’y a pas si longtemps Monsieur Moudenc demandait lui-même 0% des dépenses de fonctionnement de la collectivité. C’est impossible ! Quand on ouvre de nouvelles crèches, il faut bien embaucher du personnel. Notez bien que près de 58% de cette évolution est d’ailleurs due à ce que l’on appelle des « effets contraints », les réalités qui s’imposent au quotidien de notre gestion. En réalité, ce poste des emplois ne régresse pas, mais il progresse moins que sous l’ancienne mandature.

«  Il y a clairement une philosophie qui nous sépare de Mr Moudenc »

Sous les anciennes mandatures (Baudis, Douste-Blazy, Moudenc) Toulouse a vécu sous le dogme de la « dette zéro ». Vous avez annoncé y mettre fin. Pour quelles raisons ?

Nous l’annoncions depuis la campagne municipale de 2008, mais nous ne l’avions pas encore fait. Ce sera en effet le cas en 2013, et on le fera à la hauteur de ce qui sera nécessaire. Aujourd’hui je ne peux pas vous en dire plus sachant que cela va notamment dépendre du niveau de réalisation des investissements. Mais cela restera de toute façon marginal en comparaison avec d’autres grandes villes. Il y a clairement une philosophie qui nous sépare de Mr Moudenc : pour lui, on ne peut investir que si on a l’argent, c’est ce qu’il a répondu à la Chambre régionale des comptes. Mais avec un tel raisonnement, ce serait rajouter de la crise à la crise et le métro toulousain n’aurait jamais vu le jour. On n’emprunte pas pour financer les dépenses courantes et il n’y a rien de choquant à investir pour les générations futures, nous sommes là dans de la dette vertueuse.

Parlons transports puisque vous êtes également Président de la Smat (société de la mobilité de l’agglomération toulousaine.) Le quartier de Lardenne est confronté à une vraie polémique autour du projet de BHNS (bus à haut niveau de service). Comment comptez-vous sortir de cette situation ?

La priorité sur ce quartier est de trouver le cadre de travail et de dialogue. Il faut d’ailleurs avant tout se poser la bonne question : pourquoi faire un BHNS ? C’est un secteur de notre agglomération où la démographie est forte et le réseau de transports en retard. Le besoin pour un tel projet est donc réel. Et j’attire votre attention sur le fait qu’il ne s’agit ni d’un projet toulousain, ni d’un projet de quartier, mais d’un vrai projet d’agglomération. On ne pas dire d’un côté qu’il faut un PDU (plan de déplacements urbains) qui aille chercher les gens là où ils habitent pour éviter d’engorger la rocade, et refuser une telle offre de transports. Il faut savoir ce que l’on veut ! J’entends bien la contestation, mais nous ne proposons tout de même pas l’installation d’une centrale nucléaire. Ce n’est qu’un couloir de bus… Il faut savoir raison garder.

Nous sommes donc dans de la récupération politique ?

L’inquiétude peut être légitime. Ce que je regrette est la manipulation de l’inquiétude et la désinformation, qui font que le calcul politique n’est jamais très loin.

Votre collègue Jean-Christophe Sellin (Front de Gauche) vient de se voir retirer sa délégation par le maire. Pourquoi une telle décision ?

On ne peut pas être dedans et dehors à la fois. Dans toute collectivité le vote majeur, celui qui manifeste la solidarité d’une majorité, est celui du budget. En votant pour les dépenses et contre les recettes, la dialectique de Jean-Christophe s’éloigne à la fois du souci de cohérence et de la majorité municipale. Dès lors que vous décidez de ne pas adopter le budget, c’est que vous n’êtes plus dans cette majorité. C’est vrai pour Jean-Christophe Sellin comme pour n’importe qui. Mais lui a rompu le pacte…
 

Thomas Simonian

 

 

 



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.