Jean Lassalle, un marcheur rêveur et lucide à la fois

Le député béarnais avec ses amies du MoDem 31, Marthe Marti et Jacqueline Winnepenninckx.

Le député MoDem est un être rare. Un élu d’une autre race. Le regard profond et habité, le verbe béarnais haut et fort, l’accent chantant des aïeuls, la vérité dans l’échange, Jean Lassalle c’est un peu de tout ça. En pleine marche de ses « Cahiers de l’Espoir », il a fait escale à Toulouse.

L’élu béarnais vous fixe, reprend sa respiration et explique le pourquoi de sa marche : « Le monde bouge. Un nouveau monde s’est invité à la table… De nouvelles réponses sont à trouver, et elles doivent venir du bas. » Joliment fatigué par les déjà 4500 kilomètres parcourus à travers le pays, Jean Lassalle se dit honnêtement inquiet de ce qu’il a déjà entendu, et remet en cause la posture actuelle de beaucoup d’élus : « Le politique n’a plus de moyens, n’a plus de pouvoir. La cruelle vérité que Paris ne veut pas avouer est que les caisses sont vides et que la financiarisation a pris le dessus… » A la recherche d’une nouvelle lumière qui serait éclairée par le peuple, les 1 mètres 95 du marcheur mettent l’emploi en première position des priorités remontées des diverses rencontres effectuées en chemin : « Se retrouver au Pôle Emploi à 40 ans, ça change un homme ! Les gens que j’ai croisés en sont à avoir une peur panique de perdre un CDD ou un temps partiel. » L’autre interrogation recueillie sur les routes de France reste la dette : « Comment a-t-on pu s’endetter autant ? » entend-il tel un écho. « Nous sommes dans une situation économique identique à celle d’une sortie de guerre avec une industrie flinguée et une agriculture en détresse » ajoute le héros de Lourdios-Ichère, qui reconnaît également être inquiet de la vision de l’Europe qu’il a pu déceler chez les Français : « C’est même obsessionnel chez beaucoup. On peine à trouver quelqu’un qui reste favorable à l’Europe… » Un constat qui explique en partie selon lui la montée actuelle du FN : « Je ne suis absolument pas surpris de ce qui se passe autour de Marine Le Pen. La base, le Tiers-Etat, gronde. La réalité que personne ne veut regarder en face est que les préfets se cachent et que les généraux de gendarmerie ou les commissaires de police ont peur. Il y a de la résignation dans l’air… Et une défiance envers les politiques et les élites en général. Je ne suis donc pas surpris des scores actuels du Front National. Certains prennent Marine Le Pen pour Bernadette Soubirous. » Jean Lassalle avait donc besoin de ce temps d’écoute, de cette pause de vie, de cette marche introspective pour se remettre en question et ouvrir de nouvelles perspectives : « Je me demande quel camp politique a aujourd’hui un rôle à jouer tant le pays est fracturé. Je suis au rythme de ma marche et j’avoue vivre mon inquiétude en profondeur… Je veux refléter ce que j’entends. Il ne reste que deux issues pour sortir de la crise : la violence ou l’intelligence du peuple. La première est la plus probable, mais je bataille pour croire encore à la seconde. » Le constat est donc poétiquement redoutable : « La solution c’est le peuple ! » Jean Lassalle peut donc continuer à chanter « Montagnes Pyrénées » en paix, son message passe.

Thomas Simonian

 



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