[interview XXL] Martine Martinel : « Nous devons regarder la vérité en face »

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Liberté. La députée socialiste n’est toujours pas remise des récents événements, et se remémore ce 19 mars 2012 à Ozar Hatorah, « l’horreur absolue. » Elle tourne également lentement la page Malvy/ Izard et encourage les siens à défendre leur bilan en vue des prochaines élections départementales.

 

« Etre Charlie » que cela signifie-t-il pour vous ?

C’est avant tout la marque d’une solidarité face à un crime odieux perpétré à l’encontre de notre liberté d’expression. « Je suis Charlie » c’est une bannière qui dit non au fanatisme religieux, à l’antisémitisme et à tous ceux qui veulent brider la presse. Il y a aussi l’idée d’une France debout, d’un pays qui ne veut plus avoir peur. Cette marche était d’ailleurs étrange, entre peine et joie, entre silence et applaudissements … Maintenant il faut savoir être lucides, et la question en suspens est : maintenant que faire ?

 

Cette violence est-elle l’illustration des maux de notre société ?

Nous devons en effet regarder la vérité en face même si elle fait parfois mal. Il y a dans ce pays une vraie fracture sociale qui conduit à un isolement ouvrant à tous les fanatismes … Certains sont dans la folie et n’ont pas peur de la mort. Celle des autres comme la leur … Traiter le mal, c’est tout le défi qui s’ouvre à nous et en particulier à la classe politique. Jusqu’à présent nous avons été dans l’urgence et l’émotion, maintenant va venir le temps de la réflexion puis de l’action.

 

Etre une élue toulousaine c’est également avoir déjà vécu l’affaire Merah …

En effet, la lecture de l’événement par les élus toulousains était sans doute renforcée. Comment oublier le 19 mars 2012 ? Je me souviens encore être devant l’école Ozar Hatorah ce matin-là. C’était l’horreur absolue. La perte d’innocents, et en particulier des enfants. Le danger serait tout de même de jeter l’opprobre sur toute une communauté et une religion. Les musulmans ne sont pas tous des islamistes intégristes et des djihadistes.

 

Il semblerait que la prison ait joué un rôle dans la radicalisation de ces terroristes. Inquiétant, non ?

Il y a une vraie problématique autour de l’univers carcéral en France. Nous manquons cruellement de personnel mais aussi de places en prison … Pour beaucoup ils arrivent en prison sans être des religieux assidus ou pratiquants, et pourtant il y a un moment où tout bascule. Certains ressortent avec cette envie de Djihad, cette envie de tuer l’autre pour défendre le prophète. Il va falloir se pencher très sérieusement sur cette vie derrière les barreaux.

 

Durant cet événement nous avons eu le sentiment que François Hollande était enfin dans son costume de président …

Vous allez dire que je suis de mauvaise foi car élue socialiste, mais honnêtement nous avons eu un président et un gouvernement à la hauteur de l’événement. François Hollande a réalisé un sans-faute avec une réelle dignité et un sang-froid de tous les instants. Il en va de même pour Manuel Valls et Bernard Cazeneuve. Ces événements ont aussi permis aux Français de mesurer le travail des forces de police et de sécurité.

 

« Malvy, Izard : deux grands présidents »

 

Il y a tout de même eu un début de polémique quand certains socialistes ont déclaré que le Front National n’était pas invité à la marche de dimanche. Votre opinion ?

Mes amis ont eu tort, ils étaient dans l’erreur. Cette position n’était pas justifiée, car même si l’on ne partage pas les idées de la famille Le Pen, on peut tout de même dire que ce n’est pas le FN qui a suscité ces attentats. Il n’en est pas à l’origine. Les empêcher de participer à une telle manifestation, c’est une manière de les victimiser et donc de les mettre en valeur.

 

Marine Le Pen à l’occasion de ces événements a proposé le rétablissement de la peine de mort …

Quel retour en arrière ! Une faute politique à mon avis d’autant que, dans le cas présent, ces terroristes n’ont absolument pas peur de mourir.

 

Revenons à l’actualité locale. Malvy et Izard quittent la scène politique. Une page se tourne-t-elle pour le PS dans ce département ?

Ils font partie de notre histoire … Ils sont deux grands présidents, chacun à sa façon. Leur décision liée à l’âge est raisonnée et raisonnable. Elle va permettre à une nouvelle génération de socialistes de prendre les manettes.

 

Les élections départementales et régionales arrivent. Avez-vous peur ?

Absolument pas car c’est le moment de défendre nos bilans. Au conseil général que je connais bien, nous avons eu une majorité départementale qui a vraiment mené une politique de gauche avec des engagements forts. Prenons pour exemple les transports gratuits pour les scolaires et les chômeurs, une telle mesure n’est pas mise en place dans tous les départements. Portons-la  pour la prochaine campagne ! Quant à la région, Martin Malvy a introduit un rayonnement économique qui est une réalité européenne incontestable.

 

CV Express

Née le 26 septembre 1953 à Toulouse. Enseignante de profession.

Fonctions : députée de la 4e circonscription de  la Haute-Garonne, membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation.



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