[Interview XXL] Jean Iglesis : « Ce scrutin se jouera sur la mobilisation des abstentionnistes »


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Pragmatique. Pour le patron de l’UDI en Haute-Garonne, ces élections départementales démontrent l’ancrage historique et sociologique de la gauche. Mais pas question de s’avouer vaincu, pour lui l’avenir se joue… au centre.

 

Les résultats de ce premier tour sont-ils pour vous une surprise ?

Ne nous cachons pas, c’est une relative déception, mais j’ai toujours craint que le Parti socialiste haut-garonnais reste fort sur ses fondamentaux.

L’effet Moudenc n’a donc pas eu lieu ?

Arrêtons de se focaliser dessus … Je ne crois pas en l’homme providentiel, et pour moi cette élection n’a jamais été liée à un effet Moudenc ou pas. Ce n’était pas le sujet, et cette échéance n’était pas le troisième tour de l’élection municipale. La vraie question était de savoir si l’union de l’UMP, de l’UDI et du MoDem était en capacité d’être au second tour dans la plupart des cantons de ce département. Or, malheureusement ce n’est pas le cas …

Mais alors comment expliquer ce constat ?

Il y a indéniablement des critères sociologiques qui font la force du PS dans notre département et notre région. Mais nous devons aussi mettre en exergue le clientélisme pratiqué par les socialistes qui malheureusement fonctionne encore. C’est une réalité. En revanche, l’autocritique devra également être de mise à l’UMP comme chez nous … Notre maillage territorial commun est clairement insuffisant, et en la matière la machine socialiste reste impressionnante.

L’influence du centre a-t-elle été suffisamment importante durant cette campagne ?

Quand on prêche pour sa paroisse on pense forcément que l’on n’a jamais assez d’influence. Mais je pense que nous avons globalement envoyé à cette élection des candidats de bonne tenue, qui pour beaucoup seront au second tour. L’étiquette centriste colle plus que jamais à la sociologie de ce territoire. Tout le monde doit en prendre conscience.

« Le vote protestataire devient colossal »

Que pensez-vous par ailleurs de la montée en puissance du FN dans le rural, dans le péri-urbain, mais aussi à Toulouse désormais ?

Le FN progresse surtout dans des territoires qui sont en déshérence, et ou le vote protestataire devient colossal. Mais il est vrai qu’à l’image du paysage national, la progression de ce parti est réelle et touche désormais tout type de canton.

Que pensez-vous du « Ni, ni » (ni PS, ni FN, ndlr) de Sarkozy ?

Dans ce département, je pense que le débat ne se pose pas. Quand on analyse sociologiquement ce qui se passe ici, il n’y a pas de Front républicain à prôner. Partout où le PS sera face au FN il sera élu. Je pense par ailleurs que les consignes de vote qui sont données par les états-majors politiques ne sont plus du tout suivies par les électeurs … Chacun est suffisamment grand pour savoir ce qu’il a à faire.

On note que l’abstention a été plus forte sur Toulouse intra-muros que sur le reste du département. Une explication ?

Les électeurs toulousains ont sans doute une conscience beaucoup moins développée de la nécessité d’un Conseil départemental dans une métropole. Dans la ville-centre les habitants ne perçoivent sans doute pas le département comme forcément utile … Il y a eu un certain désintérêt. D’autant que Manuel Valls lui-même expliquait il y a encore quelques mois qu’il fallait supprimer cet échelon, et qu’il a largement contribué à l’émergence de l’exemple lyonnais (fusion entre la métropole et le département, ndlr.)

Espérez-vous encore un changement de tendance pour dimanche prochain ?

Il y a plusieurs cas de figure qui se présentent à nous. Dans le rural, les choses sont quasiment pliées et tout se jouera entre le PS et le FN. Dans le cas des triangulaires, bien malin celui qui peut dire aujourd’hui ce qui va se passer … Quant aux cantons toulousains, ce sera un face-à-face traditionnel entre le PS et l’union de la droite et du centre, avec deux questions qui se posent à l’électeur : Veut-il un PS hégémonique dans cette assemblée ? Veut-il cautionner à travers ce vote la politique gouvernementale ?

est votre réservoir de voix ?

Principalement dans l’abstention. Ce scrutin se jouera sur la mobilisation ou pas des abstentionnistes. Cela fait 70 ans que cette institution est à la main du même parti. Même si j’étais socialiste je ne trouverais pas cela sain. Il faut faire entendre ce message.

La campagne régionale va bientôt démarrer. Êtes-vous confiant ? Et avec quelle tête de liste devez-vous partir pour faire face à Carole Delga ?

Je suis confiant mais je reste pragmatique. Les récents résultats départementaux ont illustré la force de la gauche en Midi-Pyrénées, et une très forte poussée du FN en Languedoc-Roussillon. Sociologiquement, cette nouvelle grande région est donc très complexe à appréhender, et il va falloir se mettre en ordre de bataille très rapidement pour espérer la conquérir. Pour la tête de liste, je milite forcément pour Philippe Bonnecarrère. Il présente toutes les caractéristiques d’un bon chef de file. C’est un homme ouvert politiquement, qui a transfiguré sa ville (Albi) et qui est considéré comme un bon gestionnaire.

 

CV EXPRESS

Il est avocat spécialiste en droit social et commercial.

Fonctions : Président départemental de l’UDI. Membre du Parti Radical.

 

 



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