[Interview] D. Reynié : « Je suis dans une démarche sincère et sans retour »

Dominique Reynie╠ü (29-06-2015)┬®franckalix-5
Dominique Reynié au Bibent pour l’interview avec le JT @Franck Alix

Exclu. Connu des médias nationaux, Dominique Reynié, n’avait pas encore accordé d’interview à la presse locale. C’est chose faite. Dans le cadre de notre dossier de la semaine Qui est vraiment Dominique Reynié ? , le candidat de la droite et du centre pour les élections régionales, revient sur sa désignation inattendue, son parcours, et ses ambitions. Voici l’interview intégrale.

 

Avec votre candidature, vous passez de la théorie à la pratique, pourquoi ce choix ?

Mon engagement a été déterminé par mon haut niveau de préoccupation. Mon métier est d’observer la société française et la région sur les plans économique, social, électoral… Tous mes travaux traitent de la crise économique, de la détérioration de nos institutions. Quand on observe ainsi, on ne peut pas rester froid, on ne peut pas ne pas être affecté par la gravité de la situation. Mon analyse était utile mais ne suffisait plus. J’ai donc souhaité intervenir, et pour cela il faut être légitime donc élu. C’est un sentiment que j’éprouve depuis quelques mois. C’est drôle le rôle du hasard dans la vie. Il se trouve que ma région est la seule où a été organisée une procédure ouverte pour désigner la tête de liste de la droite. Sur le papier, je n’avais aucune chance. Je suis allé voir Jean-Luc Moudenc, que je ne connaissais pas, pour savoir si c’était vraiment un jeu ouvert à tous et pas seulement une déclaration de bonne intention. Il m’a affirmé que oui. A partir de là, j’ai décidé de me présenter et d’aller voir les 40 électeurs du grand jury d’élus (qui ont désigné la tête de liste, ndlr). Sète a été un moment fort. J’étais le seul candidat à ne pas être élu. Le vote s’est déroulé avec isoloirs, bureaux de vote, listes d’émargement… C’est la première fois que je voyais un bulletin de vote à mon nom. Finalement, j’ai été élu au quatrième tour avec le sentiment qu’on comprenait ma démarche. J’avais le sentiment que j’allais gagner, je n’ai pas été surpris mais plutôt heureux et fier.

Pourquoi avoir choisi cette élection, sur une terre de gauche, dans une nouvelle grande région, marquée des personnalités fortes – Georges Frêche, Martin Malvy – pour faire votre entrée en politique ?

Les mentors ne sont plus là, la région est nouvelle donc il n’y a pas de sortants. Le défi est de fonder cette future région, nous sommes tous sur la même ligne de départ avec une expérience équitable. Je suis certainement le candidat qui a le plus parcouru ce territoire. J’appréhende sa diversité, sa taille, ses richesses. Notre future région, c’est 1 000 territoires. Mais je suis frappé de voir l’absence de ressources pour la nouvelle région. Il va y avoir 158 élus et on ne sait même pas où les asseoir ! Je suis aussi inquiet de l’avenir des agents et du mauvais sort réservé à Montpellier et au Languedoc-Roussillon.

Certains vous reprochent votre ‘‘parisianisme’’, êtes-vous resté lié à votre territoire ?

Je suis né en Aveyron, ma famille vit là-bas. J’ai fait mes études secondaires à Rodez, puis j’ai passé un an à la fac du Mirail avant d’intégrer Sciences po Paris. Quand j’entends dire que je ne suis pas d’ici, je ne comprends pas ! Quitter l’Aveyron est un classique, beaucoup partent pour aller à Paris ou à l’étranger. Je viens d’une famille très modeste et j’ai réussi grâce à l’école de la République. Quand je suis arrivé à Paris, mon intégration a été très difficile. Je n’étais pas du même milieu que mes camarades de Sciences po, je n’avais pas les codes sociaux et pas les moyens de sortir avec eux. Au bout d’un an, j’ai dit à mes parents que je voulais rentrer. Mais je suis tenace et j’ai persévéré. Depuis, j’ai toujours gardé un lien avec mon territoire. Pour vous donner un exemple, j’ai travaillé pendant deux sur un projet qui s’appelait Nov’Aveyron, un grand parc dédié à la robotique qui n’a malheureusement pas vu le jour.  

 

Durant la campagne, on va certainement mettre en avant votre inexpérience dans la gestion d’une collectivité locale, que répondez-vous ?

On voit aujourd’hui un appel au renouvellement des responsables publics, pour que le monde politique change, pour que le rapport citoyens-politiques change. J’ai pris l’engagement de me consacrer à ce mandat, c’est une attente des habitants de cette région. Il faut savoir accueillir de nouvelles personnalités. La question de la compétence ne se pose pas. La légitimité viendra des électeurs s’ils me font confiance. J’ai beaucoup travaillé avec les collectivités locales, et notamment avec Martin Malvy, pour l’Association des petites villes de France. J’ai également présidé l’observatoire interrégional du politique. Ceux qui sont en place n’ont pas su préparer le futur. L’Etat se désengage vis-à-vis des collectivités locales. On se compare à la Catalogne mais leur budget est 10 fois supérieur au nôtre. Il va falloir être très inventif pour aller chercher des ressources, des investissements dans le monde entier. Je réfute l’objectif affiché de réaliser des économies avec cette fusion. D’une part, parce que ce n’est pas un motif valable. Créer de la croissance, de la richesse sont des objectifs légitimes et mobilisateurs. Et puis nous savons que cette fusion ne permettra aucune économie, elle va même nous coûter de l’argent.

Vous vous revendiquez être un candidat de la société civile, mais vous avez néanmoins adhéré au parti Les Républicains…

Etre de la société civile ne veut pas dire ne pas être encarté dans un parti. Je n’ai jamais eu de mandat électif, alors que les autres candidats vivent de leur statut d’élus. Moi, je suis professeur, je vis de cette activité. Et puis il faut dire aussi que le mode de scrutin à la proportionnelle favorise considérablement les partis, c’est mécanique. Il était quasiment impossible de faire campagne sans un parti. Pour l’instant, je finance le début de ma campagne par un prêt bancaire. La banque demande si on est affilié à un parti susceptible de faire plus de 5%. Donc il y a une nécessité pratique à adhérer à une formation politique. Il faut savoir faire des compromis : les partis ont  fait un pas vers moi en me permettant de me présenter, je fais un pas vers eux en retour. Par contre, je ne suis pas là pour faire de la politique nationale mais pour être un acteur de la politique régionale. Je n’interviendrai pas dans les compétitions internes, ça ne m’intéresse pas.

 

Vous vous considérez comme un « libéral-progressiste », qu’est-ce que cela signifie ?

Cela signifie qu’il faut s’appuyer sur ceux qui créent, que ce soit dans le domaine culturel, entrepreneurial, de l’innovation, de la recherche… Il faut les aider, leur faire confiance, leur donner plus de marges de manœuvre en réduisant les charges. Au niveau régional, il existe deux leviers pour favoriser cela : la compétence des transports qui permet de faciliter les échanges commerciaux et la compétence sur le développement économique, l’apprentissage, la formation qui sont des attributions fortes de la Région. Puis nous devrons peser sur le gouvernement et le législateur en fédérant les autres présidents de région et trouver des accords pragmatiques indépendamment des sensibilités.

 

Comment allez-vous vous organiser pour cette campagne, constituer votre équipe, votre réseau ?

Aujourd’hui, je mets tout en péril pour quelque chose où tout est possible. Je change totalement de style de vie. Je subis les critiques, les attaques… Mais je suis dans une démarche sincère et sans retour. Je m’entoure de personnes qui partagent mes convictions. Et ceux qui me rejoignent sont de plus en plus nombreux. J’ai maintenant 13 référents départementaux qui mobilisent les élus. En revanche, je n’aurai pas de directeur de la communication. Je ne me vois pas avec quelqu’un qui me dit quoi dire ou quoi faire. C’est impossible. J’écris mes discours, je n’ai pas besoin qu’on me mette les mots de quelqu’un d’autre dans la bouche. J’ai beaucoup de conseils à recevoir, mais écrire pour moi est impossible. C’est une force car si les gens sentent que ce sont mes mots, cela apporte la preuve de ma sincérité. Mais c’est à mes risques et périls…



5 COMMENTAIRES SUR [Interview] D. Reynié : « Je suis dans une démarche sincère et sans retour »

  1. Barral dit :

    J’adhère à l’essentiel de ce qui est écrit. Mais ce que j’entend ici ou là: attention de ne pas heurter les susceptibilités, au delà du minimum incompressible. La science politique n’est pas une science exacte et 2 et 2 ne font pas toujours 4. Par ailleurs, il n’a pas du vous échapper que le mode de scrutin est d’une complexité insoupçonnée ,qui renforce le poids des appareils et corollairement des caciques. Enfin bâtir un programme sans tomber dans le poujadisme va être délicat. Mais sur ce point, je vous fais confiance…

  2. Deltour dit :

    Vu a la télé + élu par personne = chute garantie !

    Back to Paris please !

  3. franka dit :

    trés heureuse de voir enfin un candidat connu ( et connu ailleurs que dans les cercles ” bobo ” parisien ,n’en déplaise à certains!) et pour lequel j’ai beaucoup d’estime,et qui plus est ,originaire de notre belle région.bonne chance monsieur Reynié,; qUANT 0 LA

  4. franka dit :

    suite de mon commentaire (mauvaise manip!) : quant à la concurence : meme pa

  5. franka dit :

    re-suite de mon commentaire:quant à la concurrence, meme pas peur,n’est ce pas mr Reynié . on compte sur vous.

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