Il décide de ne pas suivre les directives nationales. Laurent Cuzacq «Nous ne sommes pas des pantins !»

Laurent Cuzacq

Le Président départemental du «Nouveau Centre», également conseiller régional, interpelle l’UMP locale sur son manque d’ouverture, mais demande également à ses amis centristes de prendre leur destin en main pour l’avenir. A contre-courant de la position nationale de son parti, Laurent Cuzacq dit faire le choix de François Bayrou pour l’élection présidentielle, et n’hésite pas à proposer une primaire pour préparer la reconquête du Capitole. Un entretien sans «langue de bois».

Comment expliquez-vous l’éclatement actuel du centre sur l’échiquier politique national ?

Cet éclatement ne date ni d’aujourd’hui, ni d’hier, ni de 2007. Il y avait d’abord eu la séparation en 1998 entre les libéraux et les démocrates-chrétiens. Puis en 2002, il y a eu le «clash» entre François Bayrou et Philippe Douste-Blazy qui a amené à la création de l’UMP. Nous avions alors cru, moi le premier, que le centre aurait toute sa place dans ce parti. On nous avait vendu la préservation de nos différences. Force est de constater que cela n’a jamais été le cas. En 2007, tirant les conséquences de cet échec, j’avais soutenu la démarche de François Bayrou, devenu le troisième homme après une campagne pleine d’espoir… Mais de cette réussite, il n’en a rien fait. Bien au contraire, l’UDF a «explosé» alors complètement et j’ai été séduit par le désir d’indépendance d’Hervé Morin, dont le but était de faire survivre ce courant de pensée de centre-droit. Et puis, on en arrive à la tentative avortée de l’ARES (Alliance républicaine, écologiste et sociale) qui a souffert du retrait de Jean-Louis Borloo dans la course présidentielle. Maintenant, le centre doit déjà penser à l’après… Et demain je reste persuadé que tout va «éclater», que nous allons assister à une recomposition globale avec un vrai parti de droite type RPR, et un grand parti du centre type UDF. Il y a collectivement un travail de reconstruction à effectuer.

Pour cette Présidentielle, quelle est votre position ?

Aujourd’hui, le seul qui est apparu comme un candidat centriste c’est François Bayrou. J’ai toujours apprécié son courage. La seule interrogation qu’il me reste concernant la candidature Bayrou, c’est le choix du deuxième tour. Je souhaiterais davantage de clarté. La position nationale du «Nouveau Centre» est de soutenir la campagne de Nicolas Sarkozy. Je la respecte, mais ma position personnelle est de voter François Bayrou. Ce choix n’engage aucunement la fédération du Nouveau Centre en Haute-Garonne.

Nous constatons que cette élection présidentielle provoque quelques «secousses» au sein de la droite et du centre à Toulouse…

Parce qu’à Toulouse, nous avons souffert plus qu’ailleurs. Parce qu’à Toulouse, nous ne sommes pas comme ailleurs et ne l’avons jamais été ! Et puis, nous en avons marre, localement, de ne pas être respectés. D’être rejetés, au gré des petites intrigues, des pressions «mesquines» et des «petits arrangements entre amis». Je ne constate qu’une chose aujourd’hui… c’est que l’UMP Haute-Garonne cherche à effacer ce qu’elle est, un parti de droite. Je ne vois pas ce qu’il y a de gênant à assumer ce que l’on est vraiment. Dans ce département, ce n’est pas l’UMP qui a souhaité l’union du centre. Depuis un an, nous travaillons localement avec les responsables du Parti Radical, de l’Alliance centriste, de la Gauche moderne et du MoDem à essayer de préparer collectivement l’avenir. Les électeurs ne s’y tromperont pas, les mensonges locaux de l’UMP ne marcheront pas.  Dans une région et une ville qui sont historiquement de gauche, et je crains que les échéances à venir amplifient cette tendance, je dis calmement à mes amis de l’UMP que la reconquête se fera par le centre.

Toulouse 2014 

«Nous devons mettre en musique cette reconquête»

La semaine dernière, l’UMP 31 a organisé un point presse pour présenter les partis associés qui soutiennent localement Nicolas Sarkozy. Vous y étiez annoncé, ainsi que votre homologue du Parti Radical Jean Iglesis… Pourtant vous n’étiez pas au rendez-vous. Que s’est-il passé ?

Que l’on utilise l’appellation «Nouveau Centre» ne me choque pas vu que le choix national de mon parti est clair et connu. En revanche, l’utilisation de mon nom est scandaleuse, d’autant plus qu’à titre personnel, je ne soutiens pas Nicolas Sarkozy. J’en ai marre ! Nous ne sommes pas des pantins ! J’admets que l’UMP est un parti plus important que le Nouveau Centre ou le Parti Radical, aussi bien en termes de militants que d’élus… Sauf que dans cette région l’UMP seule ne gagnera jamais ! Nous avons fait un travail préparatoire avec les autres partis centristes sur les législatives. Jean-Jacques Bolzan et Jean-Pierre Albouy notamment en sont les porte-drapeaux, et d’autres investitures devraient suivre avec le concours du MoDem. Il y aura dans ce département une offre centriste à ces législatives, que cela plaise ou non à certains. Les choses auraient pu se passer autrement, mais il faut parfois avoir l’intelligence d’«ouvrir la porte».

Le centre toulousain doit-il déjà se tourner vers la reconquête du Capitole ?

Clairement oui. Le temps file, et nous devons vite mettre en musique cette reconquête. L’organiser. Il faut travailler à une méthode, et pourquoi ne pas imaginer des primaires pour décider de la tête de liste ? Nous n’avons plus de leader dans ce département. C’est une réalité, sinon nous n’aurions pas toutes ces divisions. Jean-Luc Moudenc peut être une éventualité évidente, mais une personnalité comme celle de François Chollet également. C’est un homme neuf, qui a eu l’expérience d’être adjoint, et  qui maîtrise les dossiers de la communauté urbaine. Il a par ailleurs un vécu professionnel très riche. C’est un élément très important pour moi. Il est intelligent, humaniste, et a cette capacité à réunir autour de lui. Encore faut-il qu’il «fende l’armure». Mais il incarne une nouveauté qui me paraît nécessaire. Un parachutage n’est pas non plus une idée à exclure, même si je n’y crois pas trop. Je ne vois pas quelle personnalité pourrait venir s’ancrer à Toulouse, et ce dans les délais impartis. Les plaies des dernières défaites ne sont toujours pas pansées. Il faut donc de la méthode, du respect, une envie commune de gagner, et un rétablissement de la confiance entre les uns et les autres.

 

Le Nouveau Centre et les législatives

Deux candidats issus des rangs du «Nouveau Centre» sont déjà en campagne. Il s’agit du jeune candidat Grigori Michel sur la 6ème circonscription, et de Jean-Pierre Albouy sur la dixième circonscription. Pour Laurent Cuzacq, «ils incarnent véritablement une nouvelle manière de concevoir la politique. Seul le centre présente de tels profils.»



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