Hervé Morin: «Je n’ai jamais connu les Français aussi violents !»

Il est avec Jean-Louis Borloo, Jean Arthuis et Jean-Christophe Lagarde, l’un des leaders centristes. L’ancien ministre de la défense de Nicolas Sarkozy, président du «Nouveau Centre», était le 11 octobre dernier en visite sur nos terres midi-pyrénéennes (Blagnac et Albi) afin de rencontrer les cadres et militants, mais aussi pour donner le top départ de la fameuse UDI (Union des démocrates indépendants.) Le JT a profité de son passage pour aborder avec lui, aussi bien les enjeux nationaux que les échéances locales à venir. Interview d’un Hervé Morin, plus décomplexé que jamais.

Pourquoi la création de l’UDI ?

Le centre s’était tellement éclaté qu’il était en voie de disparition. Il y a environ 10 à 15% des Français qui sont centristes. Mais faute d’une offre politique forte, ils étaient jusqu’à présent ailleurs ou nulle part. L’UDI, c’est la capacité à pouvoir reconstruire un message avec une sensibilité différente, porteuse des notions de liberté et de responsabilité, et qui remette enfin l’Homme à sa place. L’UDI, c’est clairement retrouver l’expression politique centriste ! C’est d’ailleurs drôle car nous revoyons le visage de personnes que nous n’avions pas vues depuis des années.

L’UDI pourra-t-elle reprendre la place qu’avait l’UDF sur l’échiquier politique ?

C’est tout l’objectif.

Mais est-ce possible ?

Cela demandera du temps. Mais vu l’état dans lequel se trouve notre pays, les choses risquent de bouger très vite. Les socialistes étaient majoritaires il y a encore quatre mois. Je leur prédis maintenant de gros dégâts dès les premières partielles…

Mais qui en profitera, vous ou les extrêmes ?

Marine Le Pen va profiter de tout cela, c’est évident. Je ressens une radicalité, une exaspération… Je n’ai jamais connu les Français aussi violents. Les chefs d’entreprises, par exemple, ont le sentiment d’être stigmatisés tous les jours… Hollande avait voulu faire de son mandat, celui de la pacification. Mais à travers sa politique, il est en train de provoquer le contraire. Vous ne pouvez pas dire à un jeune qui vient de créer sa start-up et qui a hypothéqué sa «baraque» : «Nous allons vous prendre les deux-tiers ce que vous avez gagné.» Ce n’est pas acceptable ! C’est «soviétique» ! Si vous ne faites pas de l’entreprise le cœur de votre politique, vous ne créerez jamais les conditions du redressement du pays. Notre administration ne créera plus d’emplois, il faut se le dire et le lien social se fait également par le travail.

Parlons de la seule alliance possible pour l’UDI annoncée par Jean-Louis Borloo, celle avec l’UMP. Irez-vous aux élections ensemble dès le premier tour des futures échéances ?

Il y a deux solutions : Soit vous faites un contrat de coalition après les élections présidentielles, soit avant.  Nous, nous disons qu’il faut le faire avant. Mais une coalition, cela veut dire quoi ? Soit nous avons des candidats séparés mais nous appartiendrons à une même majorité, soit les candidatures sont communes… Cela dépend des élections. Nous pourrions donc avoir par exemple des listes séparées pour les élections européennes car nous avons un message clair pour une Europe fédérale, et des listes communes dans certaines villes pour les municipales. Tout est possible ! Un peu à l’identique de ce qui se fait entre le PS, les Verts et le Front de Gauche. Nous serons sur le même schéma.

Municipales : «On laisse beaucoup de plumes à fondre les listes entre les deux tours»

Prenons l’exemple de Toulouse. Il pourrait donc y avoir des accords avec l’UMP pour les municipales ?

Sur des élections locales, il n’y a pas de modèle. Il peut y avoir un leader incontesté et alors tout se fait autour… Et puis il y a des endroits où ce n’est pas aussi simple, et alors plusieurs listes sont nécessaires. Ce sont en fait des primaires qui permettent de dégager le fameux leader. Mais attention, «fondre» les listes entre les deux tours, c’est un exercice dans lequel on laisse beaucoup de plumes.

Et les Européennes, vous y pensez déjà ?

Ce sera un moment charnière pour les centristes ; le moment de dire aux Français que nous ne pourrons nous en sortir qu’en allant vers l’Europe.

Au niveau local, comment va s’organiser la fédération de votre parti ?

L’ancien président (Laurent Cuzacq, ndlr) a dû m’appeler 200 fois pour devenir conseiller régional, et depuis son élection, il n’a plus jamais rien fait pour le «Nouveau Centre». Constatez aujourd’hui son travail au conseil régional… C’est la vie politique, c’est comme ça. Il va y avoir très prochainement des élections, car nous avons une nouvelle équipe qui est train d’émerger. Elles se feront en toute transparence. Dans le même temps, nous organiserons avec nos cousins centristes un bureau provisoire de l’UDI.

 

Thomas Simonian



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