Groupuscules d’extrême droite : le vrai danger !

Depuis la mort de Clément Méric, militant antifasciste  tué dans un affrontement avec des JNR (Jeunesses nationalistes révolutionnaires), le gouvernement a dans le viseur les groupuscules d’extrême droite. Des procédures de dissolutions sont lancées mais le problème reste intact. Ces mouvements prennent de l’ampleur. Quel danger représentent-ils vraiment ? Par Coralie Bombail.

Jean-Marc Ayrault a annoncé mardi dernier que des procédures contradictoires seraient engagées contre le groupe d’extrême droite, Troisième voie, dont dépendent les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), également concernées par ce processus. Le premier ministre compte cibler « tous les groupes, associations et groupements d’extrême droite contraires aux valeurs et aux lois de la République », sans les nommer précisément. Or les groupuscules sont nombreux : Jeunesses Nationalistes (JN), Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), Œuvre Française, Bloc Identitaire (BI)… Chacun revendique sa différence, mais des liens existent entre eux. Beaucoup ont été exclus du Front national, et les idéologies sont semblables en de nombreux points. La recrudescence de ces groupuscules et de leur influence n’épargne pas Toulouse.

Dans la ville rose, c’est le Bloc Identitaire qui a d’abord monopolisé les militants d’extrême droite. Mais depuis la mise en examen de son leader, Matthieu Clique, en juin 2012 pour « participation à un groupement en vue de commettre des violences ou dégradations » et « violences en réunion », le mouvement est en perte de vitesse. Les faits se sont déroulés lors d’une manifestation identitaire, où un étudiant chilien, a été gravement blessé. En septembre dernier, le local de l’Oustal, situé rue de Barcelone ferme ses portes, et le même mois, Alexandre Gabriac, président des JN vient implanter son groupe à Toulouse. Le numéro 2 du Bloc Identitaire, Victor Lenta, prend alors la tête du mouvement localement. « Depuis ces événements, le Bloc Identitaire ne fait plus parler de lui, et les militants se sont ressoudés autour des Jeunesses nationalistes », remarque Rick, membre de l’Union Antifasciste Toulousaine (UAT). Pourtant, Caroline Dutillie, chargée de communication des Identitaires à Toulouse, assure que « nous avons beaucoup de nouveaux adhérents, on est bousculé. A Toulouse on est environ 200. » Un phénomène qu’elle explique par le fait « que des gens se sentent isolés face à la terreur des extrémistes. » Bref, le Bloc Identitaire n’est pas mort, « de nombreux projets sont prévus, mais je ne peux pas en parler en ce moment.» Une certaine concurrence avec les Jeunesses Nationalistes se fait sentir : « La manifestation de samedi dernier (interdite par le préfet, ndlr), en commémoration de la bataille de Toulouse, était notre idée. On a été surpris d’apprendre qu’elle a été reprise par les nationalistes. On n’a rien à voir avec eux ! S’ils n’ont pas d’idées, tant pis pour eux », s’agace Caroline Dutillie. Ils inquiètent les « antifas », gênent les identitaires, qui sont les nationalistes ?

 

Les Jeunesses Nationalistes s’imposent à Toulouse

« En septembre 2012, on a commencé notre implantation doucement, mais sûrement à Toulouse. Et aujourd’hui on est présent dans toutes les régions de France sans exception », explique le leader JN, Alexandre Gabriac. Venu le week-end dernier dans la ville rose, il regrette l’annulation de la manifestation prévue samedi soir : « Ce n’est pas étonnant vu les pressions des élus et du maire. L’Etat est complice des milices d’extrême gauche. Nous avions choisi Toulouse, justement pour souligner l’importance de notre mouvement dans la ville. » Impossible en revanche de savoir le nombre de militants dans la région, « je peux vous dire qu’au banquet de dimanche on était 75. » Sachant qu’à leur création, le groupe revendiquait 70 adhérents… La progression ne serait-elle finalement qu’un leurre ? Un effet d’optique provoqué par une médiatisation soudaine ? Depuis les actions de la Manif pour tous, auxquelles se sont joints les militants JN, le mouvement est définitivement sorti de l’ombre. Ce qui s’est accentué avec la mort de Clément Méric. Une « popularité » qui pourrait s’avérer fatale pour le groupe : « Manuel Valls nous a plusieurs fois cités, ces derniers temps. Après les JNR, on sait qu’on est dans le lot de ceux qui risquent la dissolution », reconnaît, lucide, Alexandre Gabriac. Pour autant cette perspective n’effraie pas les militants, comme en témoigne Laura, adhérente toulousaine aux Jeunesses Nationalistes, depuis sa création : « On est révolutionnaire, ce n’est pas un bout de papier qui fait notre mouvement. On peut nous supprimer juridiquement, mais on sera toujours là. Au contraire même, la dissolution nous renforcerait car elle montrerait la faiblesse du système. Quand on utilise la répression, c’est qu’on a peur. » Il est vrai que la coercition a souvent la vertu de renforcer les déterminations, d’autant plus quand l’argumentaire favori est la victimisation. « La violence vient des autres. Les antifascistes veulent nous faire taire ! Il y a eu un mort, c’est eux qui l’ont provoqué.  Collectivement, on cumule 2000 heures de garde à vue et vingt procès en cours, dont six qu’on a gagnés », signale la militante, qui n’hésite pas à parler d’une « déclaration de guerre » avec le maire de Toulouse : « Pierre Cohen a déclaré l’an dernier qu’il fallait éliminer les nationalistes politiquement et physiquement. » Les JN se défendent de toute violence, pourtant leur but ultime est de mener une révolution…

 

« Le mot dictature n’est pas un gros mot pour nous »

« On se considère comme révolutionnaire, tous les moyens sont bons pour faire passer nos idées, même jouer avec les lois. Je suis élu d’un conseil régional, car je me suis présenté en candidat FN, et aujourd’hui je suis sans étiquette », explique Alexandre Gabriac. Il a réussi à se faire élire, par le biais d’un système qu’il réfute, et alors même que ses idées sont clairement antirépublicaines : « Je suis dégoûté de la République. Nous on défend la France, on n’a pas besoin de tout ce parlementarisme qui gangrène et qui coûte cher. On voit aujourd’hui ce qu’il a causé : la dette et la crise. » Ce rejet de la République est le principal point qui distingue les Jeunesses Nationalistes des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires. « Troisième voie » revendique le patriotisme et le « solidarisme », avec l’objectif de créer un syndicat d’ouvrier. Le but des JN est tout autre : instaurer une dictature. « La dictature n’est pas un gros mot pour nous. C’est le système le plus naturel. Dans une classe de 30 enfants, ce ne sont pas les élèves qui élisent le maître… », justifie Alexandre Gabriac.

Les militants nationalistes sont peu nombreux, mais ils sont actifs et méthodiques : « Ca fait mal de le reconnaître, mais malgré leur nombre, on constate qu’ils agissent de manière efficace pour diffuser largement leurs idées » alarme l’antifa, Rick. Ce que Laura confirme : « On est une minorité organisée. On forme des officiers politiques qui demain guideront le peuple. Toutes les révolutions et les changements radicaux sont l’œuvre de minorités. Che Guevara est arrivé à Cuba avec 88 camarades. » L’apprentissage de la « doctrine nationaliste » est le passage obligatoire pour tous les militants. Une doctrine qui prône « la France aux Français », souvent qualifiée de raciste et antisémite (elle reprend les idées de l’œuvre française, mouvement pétainiste, ndlr). Alexandre Gabriac s’explique : « On ne se considère pas comme raciste, nous prônons le chacun chez soi. L’islam ne nous pose pas problème, mais nous n’en voulons pas chez nous. Quant à l’antisémitisme, c’est illégal en France et comme notre mouvement est déposé en préfecture, notre propagande ne rentre pas dans ce cadre. » Une pirouette peu convaincante sur le fond, surtout lorsque des photos du leader nationaliste faisant le salut hitlérien circulent sur internet (voir le blog Fafwatch).

Mis à part les JN et le Bloc identitaire, « les deux principaux groupes d’extrême droite à Toulouse », selon l’Union Antifasciste, d’autres groupuscules très minoritaires existent dans notre ville.

 

Groupuscules à surveiller…

« Egalité et Réconciliation » et l’OSRE (Organisation Socialiste Révolutionnaire Européenne) sont deux groupuscules présents à Toulouse. Difficiles à classer au premier abord, l’UAT les considère comme étant d’extrême-droite, « mais ils sont très minoritaires et n’existent quasiment que sur internet », précise l’antifasciste, Rick. E&R, créé en 2007 par Alain Soral (un écrivain, ex militant du Parti communiste et du Front-national, ndlr), est tout de même présent dans douze régions en France, dont Midi-Pyrénées. Le groupe se réclame « trans-courants », pour « la gauche du travail, la droite des valeurs ». Mais leurs documents de propagande sont loin d’être modérés, avec notamment des reprises de Charlie’Hebdo, parodié en « Shoah’Hebdo ». « Nous ne sommes pas antisémites, mais nous dénonçons le lobby sioniste. Lorsque le Crif organise son dîner annuel, les membres du gouvernement s’y rendent en courbant l’échine. On sent que la politique française à l’étranger sert plus les intérêts d’Israël que de la Palestine », s’explique, Romain, responsable régional d’Egalité et Réconciliation. Le groupe a pour principalement objectif la diffusion de ses idées, mais agit principalement sur la toile ou dans un cadre d’initiés. « Internet a permis de donner un second souffle à la mouvance nationaliste. Quand on est catalogué extrême droite, c’est difficile d’exister. On ne donne jamais nos noms, nos adresses, on doit se cacher sinon ça peut avoir des répercussions dans notre vie privée », regrette le militant. Plus modéré que les JN sur l’immigration (en prônant une immigration modérée), ils se rejoignent sur la défense valeurs familiales et traditionnelles.

L’OSRE, créée en octobre 2012 est basée à Toulouse. D’orientation nationaliste et anticapitaliste, le groupe édite sa propre revue « Rébellion ». Egalement cataloguée « fasciste », l’OSRE se fait discrète. Elle organise des conférences dans le cadre du Cercle Esprits Rebelles, auxquelles participent d’autres groupes semblables. Chacun de ces mouvements est en soi marginal (E&R n’a qu’une dizaine de militants sur la région), mais leur apparition récente, la multiplication des groupes, et surtout leur présence sur internet leur confèrent une certaine ampleur.

 

Les antifas, rempart contre la montée de l’extrême droite ?

« Depuis trois ans, on est particulièrement actif sur Toulouse sur la question de la recrudescence de l’extrême droite », témoigne Rick. Les méthodes de l’Union Antifasciste se veulent radicales : « s’opposer par tous les moyens, c’est-à-dire faire pression sur eux, être toujours là dès qu’ils font un rassemblement », explique l’antifa. Pourtant, avec la mort de Clément Méric, ces actions ont été décriées, accusées d’être également génératrice de violence. « On est radical politiquement, on n’est pas dans une guerre de gangs. Mettre à dos l’extrême droite et l’extrême gauche, c’est simpliste. L’amalgame est tentant, mais si on ne s’oppose pas, la situation sera encore pire », réagit-il. Reste également la solution de la dissolution, mais ni les antifas, ni les groupes visés n’y croient. « On est pour symboliquement, mais concrètement ça ne servira à rien. L’extrême droite est organisée en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Il y a eu de nombreuses dissolutions, mais cela ne les a pas empêchés de se reformer. En plus, ils n’ont pas forcément besoin d’avoir un cadre pour exister», avance Rick. « Nous n’effacerons pas cette jeunesse en colère, le nationalisme est dans les airs et dans les cœurs », estime, quant à lui Alexandre Gabriac.  

 

La LICRA met en garde

Gérard Folus, président régional de la LICRA (ligue contre le racisme et l’antisémitisme), n’hésite pas à dire que « ces groupuscules sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit ».

La montée actuelle des extrêmes vous inquiète-t-elle ?

Je suis en effet assez pessimiste. Dans les prochains scrutins je prédis même des résultats qui pourraient être surprenants, de la part de l’extrême-droite mais aussi de l’extrême gauche. Cette situation va poser des questions aux démocrates du PS et de l’UMP… L’inquiétude est d’autant plus grande que les populismes dus à la crise gagnent toute l’Europe et pas seulement notre pays. On peut faire référence ici à la Hongrie, à l’Autriche et à l’Italie avec l’arrivée soudaine de Beppe Grillo dans le paysage politique. Il y a donc clairement aujourd’hui une montée de la peur de l’autre, du racisme, et surtout de l’antisémitisme qui devrait tous nous alerter. En 2012, l’augmentation des actes antisémites et de 58%*.

Les groupuscules d’extrême-droite représentent-ils un réel danger ?

La réalité est qu’ils se développent de plus en plus… Dernièrement un rassemblement européen de ces groupuscules néo-nazis devait se tenir dans les environs de Perpignan. La Préfecture des Pyrénées-Orientales s’est très vite inquiétée de la tenue d’une telle manifestation et a émis des menaces. Au dernier moment les organisateurs se sont finalement repliés dans une propriété privée de l’Hérault. Ils étaient près de 500 ! Attention ces groupuscules sont beaucoup plus nombreux dans le pays qu’on ne le croit. Si l’Europe n’arrive pas rapidement à sortir de l’impasse économique actuelle, nous pourrions vivre des événements graves de par des mouvements de peuples désarçonnés.

Quelle est votre réaction suite au décès de Clément Méric ?

Nous avons maintenant des néo-nazis qui n’hésitent plus à passer à l’action. Cet épisode est à prendre très au sérieux. C’est le moment d’alerter tous les démocrates devant le danger qui nous guette.

 

Propos recueillis par Thomas Simonian

*antisémitisme.org

 

 

Le FN se disculpe

Serge Laroze, responsable départemental du FN, dénonce des manipulations autour de la mort du jeune Clément Méric. Il jure que le FN n’a rien à voir avec les groupuscules coupables d’un tel acte.

Pourquoi assimile-t-on autant le FN à cette affaire ?

Nous sommes habitués à ce genre de mauvais coups, d’autant que les derniers sondages nous placent très haut. Nous n’avons même jamais été aussi hauts ! Quand il se passe une horreur dans le monde, on pointe toujours du doigt l’extrême droite. Je pense aux attentats de Norvège d’Andrew Berwick ou à la tuerie de Montauban et de Toulouse : avant d’arrêter Merah, on parlait là-aussi de la piste de mouvements d’extrême-droite… C’est un réflexe d’un certain nombre de journalistes gauchistes.

Sauf que Clément Méric a bien été tué par ce type d’individus, vous ne pouvez pas le nier ?

Le sort de ce jeune gamin est tragique, et nous ne pouvons que déplorer et condamner les auteurs d’un tel acte. Les skinheads ne sont pas un mouvement politique, et dans mon équipe à Toulouse, je n’en ai pas un. Je ne veux pas de ce look-là ! Nous n’avons rien à voir avec ce type de mouvements, ni de près ni de loin. Et surtout le FN n’est jamais auteur de violences ! Toutes nos manifestions se font sans violences, ni dégradations.

Mais vous êtes bien un parti d’extrême droite ?

Je ne m’attribue pas ce qualificatif « d’extrême droite ». Il est utilisé pour nous nuire. Il est toujours associé à des termes tels que xénophobie, nazisme ou racisme… A toutes les horreurs de la terre. Or, pour ma part je considère que nos idées ne sont en rien extrémistes.

Propos recueillis par Thomas Simonian



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