Gérard Onesta « Pour tout vous dire, je suis inquiet »

L’homme est passionné, et n’a jamais sa langue dans la poche. Acteur depuis longtemps dans l’arène politique, vice-président du parlement européen avant de devenir celui de notre région, Gérard Onesta est un spectateur révolté de la crise provoquée par le tsunami Cahuzac. Il en a marre et le fait savoir ! Et pour certaines langues qui l’annonçaient loin du jeu toulousain, son discours sur les municipales sonne comme un avertissement. Onesta est bien là !

Avez-vous été surpris par l’annonce des aveux de Jérôme Cahuzac ?

Si je comprends bien… ce qui a étonné le personnel politique, c’est de savoir que les paradis fiscaux existent vraiment, et ensuite d’envisager que certains parmi eux ne disent pas toujours la vérité. Vous parlez d’une surprise ! Quand je vois aujourd’hui la droite faire la vierge effarouchée, alors que l’on sait tous comment Copé a pris le contrôle de l’UMP, et que monsieur allie sans soucis ses mandats avec son activité d’avocat d’affaires, ça laisse rêveur, non ? Et je ne parle pas de la proposition de loi de Mr Moudenc pour amnistier ceux qui font du « cache-cache » fiscal… On croit rêver ! Mais rassurez-vous, les « salopards » sont unanimement répartis, il y en a même chez les écolos.

« Le pouvoir est corruptif »

La question du cumul des mandats est-elle au cœur de la question de la moralisation de la vie publique ?

Elle est centrale car le cumul des mandats, c’est le cumul des pouvoirs. Plus le pouvoir est absolu, plus il corrompt absolument. Le pouvoir est corruptif et ce n’est pas une nouveauté. Il faut donc cesser de concentrer le pouvoir, afin de limiter le risque d’avoir des affaires type Cahuzac. Je me rappelle du dernier congrès du PS à Toulouse, durant lequel Harlem Désir a été ovationné quand il a déclaré qu’il allait mettre fin au cumul des mandats… Maintenant on nous dit que la mesure serait renvoyée en 2017. Et pourquoi pas aux calendes grecques ? Quand on se fout du peuple à ce point-là, il désespère ! C’est un signal d’impunité totale.

Faut-il passer par la voie référendaire pour sortir de la crise ?

Une caste politique qui a le droit de cumuler les mandats dans le temps, ne va pas scier demain la branche sur laquelle elle est assise. Il va donc falloir que le gouvernement propose vite des mesures « saignantes » pour réformer notre système institutionnel, voire envisager un changement de république. Et ensuite, il ne restera plus qu’à organiser un référendum à questions multiples pour valider le tout. C’est la seule solution qui s’offre à nous ! Je ne fais plus confiance aux assemblées qui ont été élues par l’ancien système.

Y a-t-il le risque du refuge Le Pen-Mélenchon en de telles circonstances ?

Si rien n’est fait rapidement, on ouvre en effet un boulevard à ces populistes-là. C’est pour cette raison que l’on ne peut plus faire dans la demi-mesure.

Le lien avec l’électeur est-il donc en train de se perdre ?

L’électeur doute, il n’y a qu’à constater les taux de participation à tous les derniers scrutins… Depuis vingt ans, la participation est constamment en baisse. Aux dernières élections partielles qui ont eu lieu dans l’Oise, près de trois quarts des électeurs ne se sont pas déplacés. Pire, des électeurs de gauche se sont reportés sur le FN au second tour. C’est une perte complète de repères. Tout le monde pense que les politiques forment une caste qui s’auto-désigne, qui s’auto-renouvelle, et dans laquelle on se transmet les mandats de père en fils…

Une caste de privilèges ?

Le système encourage malheureusement les mauvais procédés. En 2010, étant tête de liste pour les régionales, c’était la première fois de ma vie que je contractais un emprunt pour financer une campagne. Mais rendez-vous compte que la loi permet de provisionner les intérêts pour un an après l’élection. J’ai donc reçu quelques mois plus tard, sur mon compte, le trop perçu de ces intérêts. Légalement j’aurais pu garder cet argent qui provenait pourtant du Trésor Public, puisqu’étant un remboursement de campagne. Il m’a pourtant fallu six mois de procédure pour supplier les autorités fiscales de reprendre ces intérêts. Imaginez le nombre de têtes de listes qui n’ont pas agi ainsi. Je vous le dis aujourd’hui parce que « Basta » ! Y en a marre de ce système qui maintient les élus en apesanteur. 80% des élus en France ne sont pas rémunérés pour faire de la politique, et sont honnêtes, mais ceux qui font l’opinion et qui gèrent les gros budgets, baignent dans un système qui n’encourage pas à la vertu, et favorise le vice.

Les écologistes seront-ils présents de manière autonome à l’élection municipale toulousaine ?

Il ne faut jamais insulter l’avenir mais je serais très, très, très surpris qu’il en soit autrement. On va à l’évidence vers une liste autonome. Je rappelle d’ailleurs que cela a souvent été le cas à Toulouse. 2008 fut une exception car la gauche sentait bien qu’historiquement il y avait un coup à jouer, et que le Capitole était enfin à reprendre. Mais 2014 est une autre histoire… Où en seront le PS, le pays et la république dans quelques mois ? Je n’en sais fichtre rien, et pour tout vous dire je suis inquiet.

Thomas Simonian

 



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