État de crise

Baumont StephaneAprès une semaine marquée par la cérémonie d’investiture, la remontée des Champs-Elysées sous une pluie diluvienne, les bains de foule des Tuileries (hommages à Jules FERRY) et à l’Institut Curie, les acclamations à l’Hôtel de Ville (avec un Maire en larmes d’émotion), François Hollande a découvert le pouvoir (la première de ses réalités) dans le huis clos du Conseil des Ministres en ayant à peine le temps de savourer l’état de grâce (qui «n’a duré que deux jours» selon Michel Sapin). Une absence de ce traditionnel état de grâce dû moins au score réalisé (le même que François Mitterrand qui lui en bénéficia et l’abonda par une communication très inspirée) qu’à des urgences historiques auxquelles l’opinion publique donne l’appellation de crises : crise de l’euro (absente de la campagne électorale, crise croissante en Grèce, qu’Hollande veut maintenir dans la monnaie unique alors que les scenarii envisagent l’expulsion, avec des répercussions imprévisibles (contagion à l’Italie, à l’Espagne et… à la France, dégradation des banques, nouvelle récession, cannibalisation de la Grèce par des puissances étrangères), crise en France (stagnation de l’économie, chômage au-dessus de 3 millions de personnes ; le ministère du «redressement productif» ne pourra tout régler selon Arnaud Montebourg), crise politique évitée de peu avec le refus d’entrer au gouvernement de Martine Aubry (évitant une cohabitation entre Ayrault et elle-même) et l’originalité du nouveau gouvernement avec trois innovations marquantes : 1) Nouveauté des personnalités choisies (seuls cinq des trente-quatre ministres l’ont déjà été) 2) Parité parfaite hommes-femmes (une première sous la V° République) 3) Disparition des ministères d’États remplacés par quelques grands pôles et intitulés nouveaux («redressement productif» ou «Égalité des territoires») dont on attend sans les décrets à venir les plages et domaines d’attribution, disparition du Ministère de l’Immigration (aucune indication, pour le moment, sur les tutelles attendues des administrations chargées des questions d’asile, d’immigration légale, de police aux frontières et d’intégration) ; gouvernement d’un mois jusqu’aux législatives qui ne devraient donner au mieux qu’une majorité relative au Président Hollande (peut-être absolue avec les alliés) ou une majorité relative à l’opposition entraînant dans la vie politique française une quatrième cohabitation d’autant plus politiquement et institutionnellement viable que la France a déjà connu neuf ans de cohabitation (de 1986 à 2002), que la règle en est fixée dans le flou artistique du «lecteur de romans» que fut Mitterrand («La Constitution, toute la Constitution, rien que la Constitution») qu’elle est loin d’être une hypothèse d’école (l’élection se faisant moins sur le thème de l’anti-Sarkozysme que sur celui du refus de l’État PS et sur la nécessité républicaine des «fameux» contre-pouvoirs du philosophe Alain).

Au cœur du Politique : la croissance. Au menu de tous les sommets, de Berlin à Bruxelles. Elle va s’amenuisant d’année en année (sept pays de la zone euro sans croissance). Pour des économistes comme Jean Gadrey, «la croissance ne reviendra jamais dans les pays riches ou alors une croissance faible, incertaine» ; pour P.Y. Gomez, «la croissance doit venir des hommes pas des institutions» ; pour D. Cohn-Bendit, «il faut que l’Europe dispose de ses propres ressources grâce à la mise en place de taxes sur les transactions financières, les émissions de CO2, les communications téléphoniques» ; pour N. Veron, «il faut rétablir la confiance» ; F. Hollande soulignant que «la croissance a été le grand sujet du G8» en fermant la porte à un «GREXIT» (contraction de Grèce et exit) pour le moment malgré le FMI et l’Allemagne alors que les manifestants étaient plus de 20 000 à Francfort à manifester contre l’austérité. Une pancarte proclamait : «Quand l’injustice devient la règle, la résistance devient un devoir». Un mot d’ordre pour l’Europe de demain ?

Stéphane Baumont



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