[Enquête] Drôle d’ambiance à l’UDI 31

RAMA YADE
Il y a quelques mois dans les rues de Toulouse. C’était encore le temps des sourires entre Jean-Jacques Bolzan et Rama Yade.

Tontons flingueurs. Les centristes haut-garonnais espèrent participer pleinement à la prochaine campagne départementale aux côtés de l’UMP… Mais en interne la guerre froide fait rage entre certaines têtes, et notre rédaction révèle par ailleurs des anomalies surprenantes dans les fichiers adhérents.

 

Il y a quelques jours le site web du JT révélait des échanges mails musclés entre cadres locaux de la formation centriste. Pour faire simple, Jean-Jacques Bolzan (adjoint au maire de Toulouse et président régional du Parti Radical) ainsi que Frédéric Lacaze (membre du bureau de l’UDI 31), ont pilonné l’action de leur président, Jean Iglesis, dans le cadre des investitures en cours pour les prochaines élections départementales. « Vous l’aurez compris, je déplore l’attitude du président de notre fédération qui, par son absence de volonté sincère de concertation, et son refus de travailler en partenariat, contribue à affaiblir notre mouvement au moment même où il doit se montrer uni, fort et conquérant », a écrit récemment Jean-Jacques Bolzan aux membres du bureau départemental de l’UDI. Derrière cette attaque se cache la volonté de déstabiliser le tandem qui est aujourd’hui aux manettes de la formation centriste. Un attelage formé donc par Jean Iglesis et Laurence Massat Guiraud-Chaumeil, conseillère régionale et déléguée départementale de l’UDI. En coulisses, l’entourage de Jean-Jacques Bolzan ne fait d’ailleurs plus mystère de l’ambition de ce dernier : conquérir la présidence départementale du parti créé par Jean-Louis Borloo, et désormais présidé par Jean-Christophe Lagarde (« Le bad boy du 9.3 », selon Aymeric Caron).

Jean Iglesis se rebiffe

Le président en titre, Jean Iglesis, encaissait les coups sans broncher jusqu’à présent … Même si le cuir paraît tenace, l’avocat toulousain commence à être las de ces attaques continues : « Vous me connaissez je ne suis ni inquiet, ni avec un esprit belliqueux. Ce n’est pas le style de la maison, mais je commence tout de même à  en avoir assez de ces combines politiciennes qui ne font avancer ni les débats ni nos idées… » Une flèche qui vise clairement l’adjoint au maire de Toulouse : « C’est dans la droite ligne de ce qu’il m’écrit depuis un moment… Mais que certains se rassurent, je ne suis pas du style à avoir peur », ajoute avec force Jean Iglesis. Ce dernier défend même son action du moment : « Les discussions avec l’UMP et le MoDem se déroulent plutôt bien pour les investitures aux départementales. Je demande à ceux qui critiquent sans cesse d’attendre la fin du processus de négociations, et de me juger sur les actes et les résultats. Nous devrions avoir un tiers de candidatures centristes sur l’ensemble des candidats … » Le président de l’UDI 31 a cependant une marge de manœuvre plutôt réduite dans ces négociations, car Jean-Luc Moudenc a fixé des règles claires pour les cantons toulousains. Priorité sera donnée aux maires de quartiers installés dès le lendemain de son arrivée au Capitole, ainsi qu’à des personnalités issues de la société civile … Jean Iglesis doit donc ferrailler avec Xavier Spanghero, secrétaire départemental adjoint de l’UMP, pour se mettre d’accord sur les cantons hors Toulouse. Pas simple. En interne, on lui reprocherait également de laisser trop de place au MoDem : « Il y a même un récent rendez-vous qu’il a délégué à Jean-Luc Lagleize (président du MoDem 31, ndlr), c’est un comble », s’insurge un cadre centriste local. « Il faut savoir travailler intelligemment avec ses partenaires, leur faire confiance », réplique l’intéressé.

Au centre, même les morts ont la parole

Autre sujet de discorde au centre, les fichiers. Tout a démarré en juin dernier avec l’élection nationale du Président du Parti Radical qui a opposé le maire de Nancy, Laurent Hénart, à l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, Rama Yade. Un match à mort qui aurait provoqué un gonflement exagéré des fichiers de ce parti … Y compris en Haute-Garonne. Jean Iglesis, également membre du Parti Radical, conteste pourtant : « Franchement je n’y crois pas … » Nous avons contacté Rama Yade. Si elle concède que ce n’est pas en Haute-Garonne que les doutes seraient les plus importants, il n’en demeure pas moins que les réserves sont là, et que la cible est désignée en la personne de Jean-Jacques Bolzan : « Il n’est pas toujours correct. Je n’ai pas confiance. » Il faut dire que l’adjoint avait fait le choix de Laurent Hénart pour la présidence du Parti Radical, et de Jean-Christophe Lagarde pour celle de l’UDI. Tout le contraire de celle qui fut ministre des sports, qui avait décidé de soutenir Hervé Morin dans la course à la succession de Jean-Louis Borloo. Pour éviter d’ailleurs de retomber dans les travers de l’élection du Parti Radical, l’UDI, via saCommission nationale d’arbitrage et de transparence, avait décidé de faire appel à des huissiers afin de contrôler que les fichiers des adhérents en vigueur soient règlementaires. Et autant dire que les ciseaux ont été plus qu’efficaces en Haute-Garonne puisque près de la moitié du fichier aurait été rayée… Nombre de ces noms qui n’ont donc pu voter pour la présidence nationale de l’UDI serait issu  des rangs du Parti Radical. Rien de très étonnant pour Rama Yade qui sera devant les tribunaux le 6 janvier prochain pour contester l’élection de Laurent Hénart : « Rendez-vous compte qu’au niveau national 27% du fichier du Parti Radical a été contesté par les huissiers. » Mais comment donc expliquer le gonflement du fichier toulousain ? Selon nos informations une trentaine de noms serait issue  du Nouveau Centre, une quinzaine d’Alliance Centriste : « C’est la guerre des chapelles, tout le monde a voulu se compter et a fait de l’encartement. » Nous avons eu accès par ailleurs à deux fichiers sur deux circonscriptions différentes, et on peut constater des faits étonnants. Tout d’abord ces fichiers sont largement incomplets ; il manque parfois des numéros de téléphone, et sur un certain nombre de cas les adresses postales sont erronées. Plutôt étrange, non ? Plus grave, nous sommes tombés sur deux personnes décédées et sur plusieurs qui avouent facilement qu’on les a incitées à prendre des cartes (en citant des responsables actuels de l’UDI 31), alors qu’elles n’ont absolument pas envie de s’investir… Certainement conscient de ces dérapages avérés selon notre rédaction, Jean Iglesis préfère se projeter dans l’avenir sans nier les problèmes : « Nous sommes victimes d’une campagne interne qui a été beaucoup trop longue, et qui a réveillé les guerres intestines. Il faut maintenant laisser un peu de temps à Jean-Christophe Lagarde… Il va apaiser et fédérer. » Concernant la chasse aux sorcières en cours en terres toulousaines, le président de l’UDI 31 ne fuit pas et n’oubliera rien : « Mes ressentis personnels je me les garde, mais… » Mauvais temps chez les centristes.

 

 



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