Enfin le premier tour !

Baumont Stéphane
Baumont Stéphane

Alors que Raymond Aubrac, grande figure de la Résistance, dernier survivant des responsables du Conseil National de la Résistance vient de disparaître après avoir co-signé avec Stéphane Hessel un texte appelant au rappel de la «sérénité dans notre République» pour nous permettre de dépasser les crises qui nous sont imposées, en inventant l’avenir d’une société non plus laminée par le pouvoir financier mais génératrice d’un autre modèle économique, le premier tour se rapproche avec les sombres prévisions de la droite concernant le désastre à venir d’un succès de François Hollande, le Président sortant annonçant : «Il ne faudra pas attendre deux ans mais deux jours pour que tout s’arrête et tout se retourne.» Polémique de fin de campagne destinée à mobiliser les troupes et notamment les abstentionnistes, ayant l’avantage de rappeler que la crise (mais oui !) est toujours là et que l’un des enjeux majeurs de cette élection est, selon F. Fressoz, «d’arriver à prouver que le politique est encore capable de reprendre la main sur la finance» et qu’il continue à avoir la réalité et non «l’illusion du pouvoir». C’est peut-être aussi de là que vient la déception et le désenchantement des Français qui n’ont d’autre choix que de voter pour le candidat le moins imparfait et non pour le candidat parfait (que pensait peut être incarner F. Bayrou plutôt maltraité par les sondages malgré le durcissement de son discours dominical) ; le vrai reproche pouvant être fait à cette campagne étant de «minimiser le gouffre économique et l’urgence des solutions internationales et européennes» (Jacques Attali). Et pourtant, peu de démocraties peuvent se vanter d’aligner le nuancier national de nos dix candidats ainsi catalogués par la chroniqueuse Caroline Fourest : «ethno-nationaliste autoritaire ou souveraino-gaullien, americano ou communisto-compatible, europhile ou europhobe, germano-suiviste ou germano-septique, anti-libéral ou anti-capitaliste, républicain révolutionnaire ou révolutionnaire post-démocratique… Il y en a un qui prépare la fuite vers Mars !» On comprend qu’à un moment donné, le débat soit inaudible et que cet égalitarisme du temps de parole au nom de la Démocratie contribue au gel de cette expression publique des principaux candidats qui, du coup, se livrent un «match» à distance, l’un Sarkozy place de la Concorde, l’autre F. Hollande sur l’esplanade du château de Vincennes. Des appels au peuple «Aidez-moi !» du Président sortant ; «Aidez la France !» du leader socialiste, appel dans les deux cas au vote utile et à la mobilisation pour le premier tour ; référence à «la France éternelle» et à son cortège de poètes (Peguy, Hugo, Chateaubriand, Césaire, Voltaire …) afin de faire de la France l’idéal-type du modèle de civilisation (combat pour la civilisation française) ; référence chez F. Hollande à François Mitterrand («Peut-on faire 31 ans après ce que d’autres ont fait avec François Mitterrand ? Oui.») ; thèmes régaliens du côté du Chef de l’Etat, thèmes sociaux chez F. Hollande, lyrisme (à la Guaino) chez l’un, plus grande improvisation chez l’autre, qu’un vent violent obligeait à tenir ferme les pages du discours ; philosophie du «sauveur chez l’un», espoir du sursaut chez l’autre («Choix exceptionnel dans un moment exceptionnel») ; bref, selon les commentateurs, match nul («100 000» partout) et vaccin républicain de rappel pour les militants, la majorité silencieuse ou les électeurs gagnés par la musique mélenchonienne. Reste la difficulté et la perplexité du choix : élit-on le Chef de l’Etat sur des promesses ou sur ses possibilités concrètes d’action, sur la conjoncture immédiate (la crise) ? Le Président sortant n’est-il pas mécaniquement bloqué, à chacune de ses promesses, par la critique évidente : «Vous ne l’avez pas fait, donc vous ne le ferez pas» ; comment évaluer la capacité des autres candidats à faire mieux surtout lorsqu’il n’a jamais été «aux affaires» (comme F. Hollande). Autant de questions dont la difficulté de la réponse peut conduire certains vers le vote brutal-sanction ou vers l’abstention ou le bulletin blanc, expression ultime du plus triste et pathétique des désarrois républicains.



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