[Edito] L’os des impôts

©Franck Alix/JT
©Franck Alix/JT

Il n’y a que la reine Elisabeth II pour rester 63 ans sur un trône. Pour les autres, c’est plus compliqué. Même Claire Chazal ne sera pas éternelle sur TF1. Personne n’est irremplaçable. Jean-Luc Moudenc l’a compris. A son élection en 2014, on aurait pu croire à un long début de règne toulousain mais la réalité s’avère plus complexe. La débâcle de la droite aux départementales a sonné un signal d’alerte. La (Haute) Garonne n’est pas un long fleuve tranquille. Et l’augmentation des impôts est le courant dangereux qui peut l’emporter à tout jamais. Prenant toute la mesure du danger, Jean-Luc Moudenc prend les choses en main. Les Toulousains n’en verront pas l’effet dans leur porte-monnaie mais plutôt dans leur boîte aux lettres. Ils y trouveront un joli cadeau de rentrée : un hors-série du bulletin municipal, ‘‘spécial impôts locaux’’. Une lecture à méditer. On pourrait déjà discuter de l’intérêt des journaux institutionnels de manière générale. Un outil de communication pour les uns, de propagande pour les autres. Mais la différence entre les deux est mince.

Dans son ‘‘édito’’ (on note la reprise du vocabulaire journalistique…), le maire et ‘‘directeur de la publication’’ du bulletin s’explique. Inlassablement, il rappelle la baisse des dotations de l’Etat et « l’héritage de l’ancienne mandature ». Jean-Luc Moudenc se dit « conscient du risque personnel » qu’il a pris, pour ne pas dire politique… « J’aurai pu en rester là, minimiser la portée de cette décision et tabler sur l’oubli progressif du contribuable ». On peut reconnaitre un certain courage à remettre le sujet sur le devant de la scène pour une question de transparence. Cela lui permet également de prendre les devants sur l’opposition qui n’est pas prête à lâcher l’os des impôts. Assumer, est toujours la meilleure option en politique. Mais assumer en l’occurrence revient à développer sur quatre pages la mauvaise gestion de l’ancienne municipalité, sur quatre autres pages, le désengagement de l’Etat, et à établir un comparatif avec les autres villes de France (le ‘‘c’est pire ailleurs’’ est rassurant). Lorsqu’il en arrive à son action, elle se résume en deux points : le redressement de la situation et des investissements. Jean-Luc Moudenc a donc le courage d’affirmer qu’il fait tout pour le mieux.

On peut se demander quelle est la portée de ce genre de document sur l’esprit des citoyens. Peut-être que les ‘‘live tweet’’ questions-réponses entre le maire et les Toulousains, une fois par mois, seront un exercice plus efficace de transparence. Encore faut-il que les gens s’emparent de l’outil et jouent le jeu. On sait combien il est difficile de sortir de l’entre soi, mais la tentative est à souligner. Pour finir sur une note positive, il y a tout de même une phrase intéressante dans le bulletin municipal. Une phrase que personne ne lira, inscrite en petit caractère en bas de page : ‘‘Imprimé sur du papier issu de la gestion durable des forêts’’. Maigre consolation, mais consolation quand même.



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