[Dossier] Eminences grises : qui influence les politiques ?

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Confidentiel. Ils sont généralement dans l’ombre des hommes politiques. Mais à la Mairie, au Conseil général ou régional ce sont eux qui inspirent les décisions majeures. Qui sont vraiment ces conseillers influents ? Quel rôle jouent-ils en coulisse de la scène politique locale ?

Par Aurélie Renne et Thomas Simonian

« L’éminence grise analyse avec sang-froid, recul, objectivité et sens politique une situation qui appelle une réponse rapide ou l’élaboration soit d’une tactique, soit d’une stratégie », explique notre politologue Stéphane Baumont. Ils restent généralement discrets. Encore qu’aujourd’hui les choses tendent à évoluer, « depuis une vingtaine d’année, ces éminences grises sont surmédiatisées ». On pense ici notamment à la médiatisation des conseillers de Nicolas Sarkozy tels Henri Guaino ou Claude Guéant. Et bien entendu à ceux de François Hollande, Aquilino Morelle et Jean-Pierre Jouyet. Ces hommes de l’ombre ne sont pas forcément des élus. D’ailleurs ils sont la plupart du temps plutôt dans la fonction publique territoriale ou d’Etat, ou appartiennent à des cabinets de consultants, qui s’occupent notamment de communication politique. A Toulouse un nom brûle toutes les lèvres lorsqu’arrive le sujet des éminences grises, celui de Pierre Trautmann. Ancien grand argentier du Capitole, il aurait été plus qu’un conseiller proche pour Dominique Baudis. L’ancien DGS (directeur général des services) de la mairie de Toulouse « a été influent à chaque budget, et toute l’année, pour prendre les décisions au bon moment. C’est vraiment le muet du sérail, le modèle même de l’éminence grise», nous confie Stéphane Baumont, qui est également biographe de Dominique Baudis. « Aujourd’hui on ne remplit pas le rôle d’éminence grise uniquement grâce à une intelligence mathématique ou technique mais aussi grâce à son intelligence de la gestion locale or Pierre Trautmann était le promoteur de l’endettement zéro, tout en faisant des investissements. » Des qualités rares qui font d’une personnalité la clef de voute de tout un mandat : « complicité avec le décideur politique, confiance totale et intelligence politique sont les trois essentiels. Le conseiller doit être opportuniste et rendre le politique opportuniste : ce n’est pas le tout d’avoir raison il faut avoir raison au bout moment ! » Certains pensaient que Pierre Trautmann était définitivement inscrit dans le passé toulousain. Pourtant, en 2012 la Chambre régionale des comptes publie un audit sur la gestion de la ville entre 2006 et 2010, et Jean-Luc Moudenc décide alors de rappeler Pierre Trautmann pour l’aider dans l’analyse…

Le Capitole se rode

Mais actuellement, au Capitole, le statut d’éminence grise semble difficile à atteindre, « Moudenc est une force tranquille, qui ne veut pas qu’on dépasse les compétences attribuées. Si Trautmann a pu être proche de lui, il est passé d’actif à sage… » explique le politologue. Pourtant, dans les couloirs du Capitole, le rôle attribué aux membres du cabinet du maire est le sujet du moment. Antoine Grezaud, le directeur de cabinet, issu de la galaxie Baudis, est un homme plutôt bien vu par tout le monde, mais qui ne maîtrise pas encore parfaitement le relationnel avec les élus. C’est sans doute pour cette raison que le maire s’est attaché les services de Pierre Boué, ancien collaborateur de Jacques Chirac… L’homme a un vrai savoir-faire, mais son bureau est devenu celui des pleurs, celui ou les élus viennent se plaindre, l’éloignant certainement un peu de sa mission première qui est de faire le lien entre le cabinet et les membres du Conseil municipal. Autre personnage clé, Arnaud Mounier. Ce jeune avocat est devenu conseiller de Jean-Luc Moudenc, après avoir été son attaché parlementaire… Fort de sa relation avec le maire, ce dernier a pris une place certaine dans le cabinet, et beaucoup de choses passent par lui. Une réalité pas toujours appréciée par les élus… Selon nos informations, Arnaud Mounier sera même le directeur de campagne de l’ensemble des élus toulousains qui seront candidats lors des prochaines élections départementales de mars prochain. Une décision que certains candidats auraient bien du mal à avaler. De son côté, Laurence Arribagé, députée mais également adjointe au maire de Toulouse, a fait confiance en son attaché parlementaire Yoann Rault-Wita, même si cette sarkozyste aime prendre des conseils en dehors du sérail politique. Il n’est pas rare qu’elle demande des avis à des amis personnels qui exercent pour beaucoup dans le monde des professions libérales.

« Le Syndrome Iznogoud » ?

Sur les bords de la Garonne, les temps sont plutôt durs à la Région avec plusieurs tempêtes successives dont celle de TLT et maintenant celled’AWF. Et il y a eu des dommages collatéraux au sein de l’entourage proche de Martin Malvy. Depuis plusieurs années, une relation particulière existait entre le président de Région et son directeur de cabinet, Philippe Joachim. Ce dernier a toujours influé sur les prises de décisions, et jouait un grand rôle dans la relation avec les élus. Pourtant, et après avoir échoué pour prendre la présidence de TLT, Philippe Joachim a été clairement rétrogradé en devenant le directeur de la communication. En « on » comme en « off », aucune explication n’a été donnée quant à cette mutation interne. Certains élus, comme la PRG Dominique Salomon, auraient même regretté que cette décision ait été prise durant l’été sans que personne n’en ait été informé… Drôle d’ambiance. Autre personnage d’importance auprès de Martin Malvy, son actuel directeur général des services, Joël Neyen, qui dirige avec talent le paquebot. Côté politique, Martin Malvy a souvent pris conseil auprès de son ami Alain Fauconnier, ancien sénateur socialiste de l’Aveyron. Mais ce dernier a été battu lors des dernières élections sénatoriales, et a perdu ainsi de son influence dans l’appareil.

Très souvent, les conseillers ne restent pas longtemps en place, car l’écueil principal de l’éminence grise est de vouloir devenir calife à la place du calife…

 

Bonus Web : Comment fonctionne Jacques Thouroude ?

Jacques Thouroude, adjoint au maire de Castres, est devenu le leader de l’opposition à Martin Malvy. Son expérience lui permet de prendre ses grandes décisions sans forcément s’attacher les services d’une éminence grise … La preuve, il épluche tout dans le détail. “Pour les commissions permanentes nous avons parfois des documents de 2000 pages, et Jacques lit tout”, nous précise d’ailleurs un proche. Si des questions restent en suspens il n’hésite pas à faire confiance à ses collaborateurs à la région, Jean-Pierre Vilespy et Jean-Christophe Cornetto (parti depuis peu rejoindre le staff de la sénatrice Brigitte Micouleau). Parmi les élus on compte peu d’amitiés franches, Jacques Thouroude garde davantage l’esprit collectif propre à son sport préféré, le rugby. A une exception faite : Il a une vraie connivence politique avec la conseillère régionale Catherine Reveillon. Une vraie proximité due à un parcours partagé dans le même département du Tarn, Jacques Thouroude à Castres, Catherine Reveillon à Albi. “Il lui demande souvent conseil” nous dit-on en off. Pour ses modèles, il ne faut pas chercher bien loin … Jacques Limouzy, l’ancien maire de Castres et un certain Pierre Fabre.

 

 

 



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