Dossier “après la présidentielle” Un 6 mai à Toulouse, Le récit de la soirée du changement

François Hollande est notre nouveau président de la République. Une non surprise pour tous les observateurs de la vie politique… Les courbes dans toutes les enquêtes d’opinion ne s’étaient d’ailleurs jamais croisées pour le deuxième tour. C’était l’expression d’une dynamique évidente, mais aussi le symbole d’un vote non-idéologique, souvent axé sur la personnalité de maintenant l’ex-président. Pour ou contre Sarko, telle était la thématique de cette élection pour beaucoup. Loin de Tulle ou de la Bastille, le film d’une victoire vue de chez nous.

19h30 Nous arrivons rue Lancefoc au siège local du PS. La rue est déjà envahie par les militants. Chacun connaît le résultat, et le sourire est sur toutes les lèvres.

19h35 Nous croisons dans la foule Pierre-Nicolas Bapt, secrétaire départemental du PRG, avec qui nous échangeons sur les estimations connues.

19h45 Sébastien Denard, le patron du PS en Haute-Garonne, paraît dans sa «bulle», hagard, ému, devant le grand écran qui surplombe la scène de la grande salle de la fédération. Il sait que dans moins d’un quart d’heure, le visage de son candidat va apparaître. Puis il prend le micro pour demander aux militants s’ils sont tous armés de drapeaux et de pancartes logotypées du fameux slogan «Le changement, c’est maintenant». Tout est désormais prêt pour faire la fête. A ses côtés, la n°2 de la fédération Nadia Pellefigue, le secrétaire national du PS (et candidat aux législatives sur la 9e circonscription) Christophe Borgel, le conseiller régional Michel Boussaton, la vice-présidente du Conseil Général Sandrine Floureusses, le conseiller général Claude Calestroupat…

19H50 Toutes les personnalités socialistes du département sont arrivées : les députés Catherine Lemorton, Gérard Bapt, Martine Matinel… Le sénateur Jean-Jacques Mirassou ainsi que le président de la région Martin Malvy et sa vice-présidente Nicole Belloubet. Une figure toulousaine, le professeur Louis Lareng, est également présent au premier rang.

19h58 Les militants scandent «François président !» puis enchaînent le compte à rebours.

20h00 La salle exulte et des «On a gagné !» résonnent. François Hollande est le nouveau président de la République.

20h03 C’est une «Marseillaise» gagnée par l’esprit festif qui est chantée par le QG de la rue Lancefoc.

20H15 Romain Cujives, adjoint de Pierre Cohen à la vie étudiante, élu et membre du bureau de la communauté urbaine, nous accorde ses premiers commentaires : «Avant la joie… Ce soir, c’est pour moi l’émotion ! J’avais 3 ans en 1988, je suis au PS depuis 2004, et c’est la première fois que je vis un tel moment. Maintenant, c’est une responsabilité immense qui nous incombe. Diriger la France ne sera pas une partie de plaisir, il s’agit désormais de tenir le cap de nos promesses… Il faudra respecter le vote des Français. Ma plus grande fierté, ce que je trouve de plus admirable dans cette aventure, est que François Hollande n’a jamais failli, n’a jamais changé de posture. C’est la première fois durant une campagne que je distribue huit mois durant le même tract, le même programme… Les 60 propositions sont toujours restées les mêmes. Le diagnostic était le bon, et nous n’avons pas pris les Français en traître. Mais ce soir, c’est aussi le retour de la vraie politique. Pas celle où l’on exhibe sa compagne, où l’on est copain avec les forces de l’argent, où l’on méprise la littérature… Les Français n’aiment pas ça. Ils aiment des candidats qui viennent du terroir et qui sont implantés dans des régions. Des candidats qui aiment la France et qui n’ont pas besoin de regarder Outre-Atlantique pour se trouver des modèles. Cette parenthèse «bling bling» est désormais refermée ! Concernant les résultats locaux, le peuple toulousain a adressé le message d’une ville ouverte, d’une ville qui dialogue, d’une ville qui refuse des valeurs qui ne sont pas les siennes. Ce soir, je suis fier d’être un élu de cette ville.»

20h30 Nous partons au Capitole. 4 à 5000 personnes sont sur la place. La fête ne fait que commencer. Pierre Cohen fend la foule et croise les journalistes : «Aujourd’hui François Hollande a battu quelqu’un qui pendant cinq ans a stigmatisé, a divisé les Français et a mené une politique qui en a fait souffrir beaucoup.»

21h00 Direction, le QG de l’UMP rue Gabriel Péri. Il n’y a personne ou presque. Le tandem Jean-Luc Moudenc/Laurence Arribagé est là, et affronte dignement le contexte. Les jeunes sont en face, à «L’ibar», pour une soirée qu’ils auraient souhaitée plus festive. La conseillère régionale Elisabeth Pouchelon (candidate sur la neuvième circonscription) est avec eux.

21h15 Jean-Luc Moudenc, président départemental de l’UMP, nous reçoit dans l’un des bureaux de la fédération : «Le résultat est plus serré que prévu. On sentait bien une mobilisation, preuve en était le meeting de Toulouse qui avait été extrêmement fervent, et qui nous faisait penser que cela se jouerait à peu. Je ne crois pas que cette défaite soit due à une supposée droitisation du discours de Nicolas Sarkozy. C’est une défaite que l’on observe dans les urnes partout en Europe depuis deux ans. Toutes les majorités, qu’elles soient de droite, de gauche, du centre, ont toutes été battues de par les effets de la crise sur les populations. Mais nous avons également connu depuis plusieurs mois, depuis même plusieurs années, un anti-sarkozysme d’une virulence extrême, très relayé médiatiquement… avec des mots ou des parallèles historiques que n’avions jamais connus dans le débat politique français. Aucun président de la République n’avait subi cela, et à ce point-là. L’Histoire rendra un jour justice à Nicolas Sarkozy. Elle lui rendra la justice que les urnes ne lui rendent pas ce soir. Pour nous, c’est une défaite, mais une défaite honorable qui constitue un socle solide pour aller aux élections législatives, avec beaucoup de détermination et beaucoup de conviction. D’ailleurs avant ces élections, j’appelle à l’unité au sein de mon parti. Ajouter à la défaite la division, serait une attitude suicidaire…»

21h45 Le boulevard de Strasbourg «klaxonne» à tout-va…

Thomas Simonian

Photos : Claire Manaud



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