Dossier “après la présidentielle” Décryptage d’une victoire et de ses conséquences locales

Une nouvelle fois cette dernière élection présidentielle a démontré l’ancrage à gauche de la «ville rose». Ce résultat impose un devoir d’exigence pour les socialistes en vue des prochaines élections législatives, et va provoquer une profonde réflexion du côté des forces de la droite et du centre en vue des échéances de 2014. Notre politologue maison Stéphane Baumont et le journaliste Xavier Lalu du site «Carré d’info» analysent. Sébastien Denard (PS), François Chollet (UMP), Jean-Louis Cesses (Parti Radical) et Franck Pech (Front National) se projettent eux sur l’avenir politique.

 

Il n’y aura pas eu de surprise. François Hollande est le nouveau président de la République, mais avec un écart plus serré que ce qu’avaient laissé entrevoir les derniers sondages : «C’est un score qui ressemble à 1981, avec un écart faible, mais dans une élection présidentielle, il n’y a que celui qui gagne et celui qui perd. Donc après l’hyper-président, voici élu celui qui se veut être le président normal» entame notre politologue Stéphane Baumont. Cette élection, et ce sans doute due à la crise, a revêtu un caractère très particulier… Elle a passionné mais n’a pas engendré de franche adhésion : «Il y a eu moins de partage, d’engouement collectif ou populaire que sur les élections précédentes. J’ai trouvé, y compris dimanche soir, qu’il y avait beaucoup de retenue dans la victoire comme dans la défaite, qu’il y avait une individualisation de la conscience politique. Il y a eu moins de passion qu’en 2007. Cette analyse me pousse d’ailleurs à penser que François Hollande n’aura pas d’état de grâce» nous commente Xavier Lalu, co-fondateur et journaliste du site «Carré d’info*» L’une des clés de la défaite de Nicolas Sarkozy réside sans doute cette fameuse «droitisation» opérée sur la dernière ligne droite de la campagne, et qui aura sans doute refroidi bon nombre d’électeurs modérés. Cette analyse est «portée» par Jean-Louis Cesses, centriste du Parti Radical, leader de l’opposition à La Salvetat St Gilles, et suppléant aux prochaines législatives sur la sixième circonscription : «J’imagine que nos leaders Jean-Louis Borloo et Hervé Morin ont fait fi de leurs ressentis au nom de la loyauté et de l’union de la droite et du centre… Mais cette stratégie de vouloir durcir le discours n’a pas fonctionné, et quelque part tant mieux, car cela aurait pu conduire à des difficultés certaines avec Marine Le Pen.» Pour la voix du site «Carré d’info», la droite toulousaine paraît très mal à l’aise dès que l’on aborde la droitisation du discours de l’UMP et de Nicolas Sarkozy : «Jean-Luc Moudenc est porteur d’un passé d’une droite toulousaine plutôt centriste, humaniste et sociale… Il a dû être difficile pour lui de porter la parole de Sarkozy entre les deux tours.»

François Chollet

François Chollet, président UMP du groupe «Toulouse métropole d’Europe» à la Communauté urbaine, pense-lui que Nicolas Sarkozy est peut-être entré trop tardivement en campagne. Preuve en est, sa remontée dans les sondages dans la dernière ligne droite : «Rappelez-vous qu’il y a quelques mois en arrière, certains sondages annonçaient 60%-40%. Nous terminons à 52%-48%. Permettez-moi donc de saluer la campagne tonique, énergique et précise de Nicolas Sarkozy. Avec des valeurs que je partage comme le travail et la volonté.»

Le FN 31 attaque l‘UMP : «Cherchez l’erreur !»

Le Front National, est lui bien entendu bien éloigné de ce diagnostic : «Nicolas Sarkozy a voulu draguer aussi bien les électeurs du Front National que ceux du MoDem… Au final il s’est éparpillé, à tel point que François Bayrou a appelé à voter Hollande, et que beaucoup de nos électeurs se sont abstenus. Le virage droitier de Sarkozy entre les deux tours n’a pas pris pour une question de confiance. En 2007 en siphonnant nos voix, il avait annoncé la mort du Front. Cinq ans après nous sommes encore plus forts. Cherchez l’erreur !» nous commente Franck Pech, le responsable de la communication du parti de Marine Le Pen en Haute-Garonne. Du côté du PS, le sentiment premier reste l’émotion, et notamment pour son premier secrétaire départemental Sébastien Denard : «Une grande émotion. Il y avait mes premiers souvenirs de militant quand j’avais 15 ans, il y avait un an de travail, il y avait le souvenir désormais effacé du congrès de Reims, beaucoup de choses se sont bousculées dans mon esprit à 20h… Un candidat plus expérimenté et plus teigneux que certains l’avaient décrit, des militants plus présents que jamais, et qui ne voulaient pas revivre une nouvelle défaite. Il y a eu un cocktail gagnant sur cette élection !» Si le peuple de gauche a su fêter dignement la victoire de François Hollande dimanche dernier, 2012 ne peut être comparé à 1981 selon Stéphane Baumont : «C’est un vote de rejet de Nicolas Sarkozy plus qu’un vote d’adhésion au projet porté par le candidat socialiste. Alors qu’en 1981 nous avions connu un vote d’adhésion en faveur de François Mitterrand qui avait présenté un programme au cœur de la campagne.»

Et maintenant à Toulouse ?

Revenons sur une analyse plus locale avec Xavier Lalu qui s’étonne finalement du peu d’enthousiasme partagé par les appareils politiques toulousains durant cette campagne : «A droite comme à gauche, ils ont fait le boulot, mais il n’y a vraiment pas eu d’animation terrible. Il n’y a pas eu en fait beaucoup d’interventions des leaders, de conférences de presse et de meetings.» Il faut également souligner que l’enjeu des élections législatives (10 et 17 juin prochains) est sans doute l’explication que nous pouvons donner à ce constat. La plupart des leaders locaux est sur le terrain, sur les marchés et semble fébrile à l’approche de cette échéance : «A droite et au centre, ils ne veulent rien laisser paraître mais ils craignent une implosion sur le plan national (cf. notre entretien avec Jean-Marie Belin en page 11), et au PS ils vont devoir gérer des dissidences locales importantes» observe notre confrère de «Carré d’info».

Législatives : Un «grand chelem» pour la gauche ?

Le résultat semble pourtant déjà écrit à la sortie de cette présidentielle. Pour les prochaines élections législatives, la gauche haut-garonnaise devrait nous garantir un grand chelem (dix circonscriptions sur dix), avec un risque tout de même de surprise sur la troisième circonscription, où l’ancien maire de Toulouse pourrait bénéficier d’une sociologie plutôt favorable : «Nous allons remettre le bleu de chauffe, repartir sur le terrain et faire campagne avec nos candidats. Viser le grand chelem n’est pas une finalité en soi, mais un candidat socialiste en Haute-Garonne n’a qu’un seul objectif : celui de gagner. Concernant la troisième circonscription, nous sommes dans le cadre d’un accord national avec les écologistes, et quelle que soit l’étiquette du candidat présenté, nous devons travailler à avoir une image rassembleuse sur une circonscription où les deux tours de la Présidentielle ont été très serrés. Au moment où je vous parle, c’est François Simon qui a l’investiture PS-Europe Ecologie Les Verts. De toute façon, il ne faudra qu’une candidature au final, car si nous partons à la division, ce sera donner les clés de la circonscription à Jean-Luc Moudenc, qui aura la dynamique pour le second tour…» expose clairement le patron départemental du PS Sébastien Denard, qui aura sans doute également à gérer les frondes menées contre Christophe Borgel sur la 9e circonscription, et une dissidence interne possible face à Kader Arif sur la 10e. A l’instar du national, le «rassemblement Bleu Marine» version Haute-Garonne souhaite «barrer la route» à l’UMP : «J’ai le sentiment que les dirigeants locaux de ce parti acceptent une nouvelle déroute sans se remettre en cause. Il faut qu’ils analysent froidement la situation. Ici dans notre département, je ne pense pas qu’il y aura des rapprochements entre l’UMP et le Front National, donc nous nous maintiendrons partout où nous le pourrons… Ils assumeront !» lance Franck Pech. Ce cadre du Front National parie sur des scores intéressants de son parti concernant les 3e, 5e, 7e et 8e circonscriptions. La défaite de Nicolas Sarkozy va sans doute accompagner des bouleversements nationaux à la droite et au centre de l’échiquier politique : «Il y a beaucoup de personnalités qui vont vouloir être maintenant capitaine du bateau UMP tels Fillon, Juppé, Copé ou Kosciusko-Morizet… C’est le «trop-plein» comme disait De Gaulle. De même, au centre nous devrions assister à une vraie recomposition autour pourquoi pas, de visages comme Rama Yade ou Philippe Douste-Blazy» prévient Stéphane Baumont.

François Chollet : «Il faut savoir parler aux Toulousains en rassembleur»

Ces secousses auront bien entendu une résonnance particulière ici à Toulouse, où le centre a toujours su prendre le pas sur la droite selon le radical Jean-Louis Cesses : «Historiquement, à Toulouse et autour, le centre c’était Dominique Baudis. Et sans doute par respect, par idéologie, on continue à vouloir faire avec ce mythe. Et cette image de Dominique Baudis, malgré l’intéressé, fait encore de l’ombre à tous… Sa stature était telle que nous sommes encore à la recherche d’un équivalent. Or, ce n’est pas possible, et nous devons collectivement nous mettre en situation afin d’écrire une nouvelle page de notre histoire politique. Les nouvelles têtes vont devoir émerger.» Parmi ceux qui souhaitent justement participer à ce futur, nous pouvons compter sur un François Chollet qui prend date : «N’entamons pas le débat entre nous trop tôt. Laissons se dérouler les élections législatives… Ceci étant dit, à l’issue de cette échéance toutes les sensibilités devront pouvoir s’exprimer, et en particulier au sein de l’UMP. A titre personnel, j’y serai très attentif. A Toulouse, le score élevé de François Hollande doit nous inspirer une réflexion interne sur les raisons de cette adhésion. Nous sommes aussi comptables et responsables de cette défaite. Notre ville est particulière, rebelle, elle a ses richesses, son caractère et son identité. Il faut savoir lui parler en rassembleur. Il faudra donc trouver pour les échéances à venir la bonne manière de s’adresser à elle. D’un point de vue plus politique, nous devons prendre conscience qu’il nous sera impossible d’espérer rassembler une majorité de Toulousains à travers une seule formation politique. L’UMP et les partis toulousains du centre vont enfin devoir se mettre autour de la même table. C’est tout l’enjeu des prochains mois.» Il est donc clair que les semaines et les mois à venir vont être passionnants dans notre département. Le PS remportera à coup sûr les prochaines législatives, mais avec quelle ampleur ? Avec un «grand chelem», ou en remettant «en selle» Jean-Luc Moudenc ? La droite et le centre haut-garonnais vont-ils enfin se trouver un leader à la sortie de cette échéance («Il va nous falloir une personnalité qui ne fonctionne pas que par simple ambition, mais par besoin d’aider» dixit le centriste Jean-Louis Cesses) ? Le suspense est là. Votre hebdo se fera l’écho des épisodes à venir.

Thomas Simonian

*www.carredinfo.fr



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