Début de quinquennat

Baumont Stephane

Alors que la Grèce subit après la crise économique, l’augmentation du chômage, un endettement abyssal, les plans d’austérité à répétition, la progression des suicides, l’accroissement de la pauvreté, l’entrée des néo-zélandais au Parlement, voilà qu’une huitième plaie va peut-être s’abattre sur un pays qui s’enfonce dans la dépression : les sauterelles. Alors que François Hollande va être officiellement investi Président de la République, nombre de chroniqueurs et commentateurs au-delà des «quick books» qui relatent les derniers jours de Président battu, chacun salue la dignité de la sortie et la force républicaine qui l’inspirait à ce moment. Certains se demandent d’ailleurs, si la gauche n’est pas déjà veuve de ce Président-là «principe négatif qui l’avait unifiée» (selon Bruno Frappat). Les premiers portraits du «troisième» Président de la Corrèze après le «Petit père Queuille» et Jacques Chirac, s’interrogent sur la «normalité» de la «Présidence normale» telle que qualifiée par le nouveau Président en Décembre 2010 lors d’un déplacement à Alger.

Slogan de campagne efficace, donnant l’illusion d’une avancée vers «l’hypo président» après l’hyper président, F. Hollande montre déjà, avant la nomination du Premier Ministre et du gouvernement, que le secret et le silence sont les armes de celui qui, de par la Constitution elle-même et ses interprétations gaullienne et mitterrandienne, est «malgré lui» monarque républicain. Ajoutons à cela le contraste de crise économique et attente teintée d’angoisse sourde face à l’avenir, élément qui transforme le candidat en «patron» sacralisé qui soigne néanmoins son souci de proximité. A la question du journaliste F.O. Giesbert sur son modèle en politique, F. Hollande répondait : «Pompidou, c’était un président normal» et d’ajouter (en héritier de Mitterrand, en observateur attentif du Corrézien Chirac, lui-même héritier de Pompidou) : «Je suis conscient que ça va être dur, très dur. Bien plus dur que tout ce qu’on peut imaginer». D’autant plus que sous sa présidence, comme l’écrit le philosophe Pascal Bruckner, «les Français vont comprendre qu’il n’est pas de sauveur ni de salaud suprême et qu’ils doivent seuls résoudre leurs problèmes sans recours à un bouc émissaire. Il signe le retour au principe de réalité. Il devra rassembler non autour de la haine, mais d’un sursaut collectif. Si l’élection du candidat socialiste n’avait servi qu’à cela, elle serait déjà une œuvre de salubrité publique».

Face aux nombreux défis (internationaux, économiques et sociaux), voilà le nouveau Président sur un nouveau front électoral, celui de se donner une majorité parlementaire afin d’éviter la cohabitation dont rêve l’UMP et J.F. Copé, lançant leur parti contre «l’effet-Élection du nouveau Président» qui a fonctionné en 1981et 1988 pour F. Mitterrand, en 2002 pour Jacques Chirac, pour Nicolas Sarkozy en 2007. Le quinquennat et la concordance des temps présidentiels et législatifs ayant été imaginés puis votés pour éviter toute nouvelle cohabitation. Celle-ci, bien évidemment, empêcherait le nouveau Président de mettre en musique sa nouvelle politique. (Les seuls sondages qui tiennent pour l’éventualité d’une telle occurrence seraient ceux qui concernent chacune des 577 circonscriptions et non ceux qui nous sont servis comme si la France était une seule et même circonscription et que nous votions à la proportionnelle comme en 1986). Mais, paradoxalement, la cohabitation (connue pendant neuf ans, 1986-1988, 1993-1995, 1997-2002) est le seul cas de figure qui permet d’éviter la monarchie républicaine et d’appliquer concrètement l’article 20 de la Constitution «Le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation» F. Hollande connaîtrait alors un allié de poids, le peuple pour définir institutionnellement et politiquement la normalité, d’autant plus appréciée qu’elle éviterait enfin la violation continue de la Constitution effectuée par tous ses prédécesseurs, qu’ils soient de droite ou de gauche. Est-ce un scénario imaginé par le nouveau locataire de l’Élysée ? En tous cas, il fera tout pour éviter sa réalisation effective. A lui de décider, «absolument seul» comme l’écrit son ami Jacques Attali, «sans nécessairement chercher des compromis» : «rien n’est plus dangereux qu’un Président qui n’aurait pas le courage de réduire les dépenses publiques, massivement, au détriment non des seuls très riches mais aussi, parce que cela sera inévitable, des classes moyennes.» Si les Français «n’attendent de leur Président aucun miracle» comme l’écrit Christophe Barbier, «ils ne toléreront aucune défausse, aucune dérobade. De tout, aujourd’hui vous êtes comptable devant nous. Et ce statut-là, n’a vraiment rien de «normal».



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