Copé-Fillon, un duel également toulousain

Le 18 novembre prochain, les militants UMP vont choisir leur Président pour les trois années à venir. Après les tentatives avortées de Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire ou encore d’Henri Guaino, seuls deux candidats sont encore en lice : François Fillon, l’ancien premier-ministre de Nicolas Sarkozy, et Jean-François Copé, l’actuel secrétaire général. Dans toutes les fédérations de France, la guerre fait rage avec pour la plupart d’entre elles des responsables et des parlementaires qui ont pris clairement position. A Toulouse, où rien ne fonctionne comme ailleurs, il n’en est rien puisque le président départemental du parti, Jean-Luc Moudenc, a décidé de rester neutre afin d’apaiser les esprits dans une fédération qui a connu de durs affrontements dans un passé récent (nous faisons référence ici au conflit ouvert ayant opposé le député à Christine de Veyrac, partie depuis à l’UDI) : «Je ne veux pas raviver des divisions internes que nous avons su surmonter au sein de l’UMP haut-garonnaise» (Le Journal Toulousain du 20 septembre dernier.) Il n’en demeure pas moins que la base militante est, elle, en campagne, avec les «Jeunes populaires» au premier plan. Julie Poubeau, étudiante en LEA, a décidé de défendre la candidature Fillon : «Il est l’homme du rassemblement. Il a une palette large d’électeurs qui va de la droite centriste aux militants proches de la Droite populaire.

Il y a quelques mois, on disait notre parti menacé d’éclatement, avec un maximum de divisions… C’est selon moi ce qu’il faut absolument éviter, et François Fillon est le candidat de la situation. Sa personnalité est plus fédératrice.» Cette élection est donc bien un duel de personnalités avant d’être un débat de fond. Jean-Paul Escudier, avocat toulousain et auteur de «Visages et traits de caractères» (éditions Ixcéa), a analysé pour nous ce qui oppose les deux hommes dans leur caractériologie : «Fillon est un sous-émotif alors que Copé est un émotif bien contrôlé. Il y a donc un taux d’émotivité très fort qui les distingue, expliquant d’ailleurs leur comportement respectif dans cette campagne. Ce qui les différencie également, c’est la primarité et la secondarité… Le primaire est celui qui réagit rapidement et souvent de manière impulsive, ça c’est Copé. Le secondaire est celui qui réagit avec du retard, qui ne se jette pas sur l’événement, qui agit toujours après une longue réflexion, et ça c’est Fillon.» Deux caractères, deux tempéraments, deux stratégies pour conquérir le parti : «Pour moi le combat, c’est tous les jours. Face à la politique de Hollande, j’en appelle à la résistance ! Je veux être le premier des militants et le premier des opposants», des mots prononcés par Jean-François Copé lors de son meeting du 24 octobre dernier à l’Union, qui démontrent la volonté de l’actuel n°1 de s’adresser avant tout aux militants. C’est d’ailleurs ce discours qui a séduit Yoann Rault-Wita, étudiant en master 2 de droit : «Le choix de Copé est pour moi une évidence. C’est le candidat qui est sur le terrain… On l’a vu durant les législatives où il n’a pas hésité à venir soutenir Elisabeth Pouchelon et Jean-Luc Moudenc. Je suis sur la ligne d’une droite qui ne doit pas être fébrile, qui doit être forte et décomplexée.»

«Ce n’est pas une opposition agressive»

Le débat est donc ainsi posé avec une supposée droitisation de la campagne imposée par Jean-François Copé : «Fillon est un véritable humaniste qui ne transigera jamais envers le Front National. C’est sa tempérance qui le lui fait dire. C’est un homme du milieu qui fuit les extrêmes. Concernant Copé, n’y a-t-il pas une part de calculs en se colorant un peu plus à droite ? C’est possible» commente Jean-Paul Escudier. Pour Julie Poubeau, choisir Fillon c’est aussi donner une vraie stature à la tête de l’UMP : «Certes nous ne sommes pas dans des primaires pour la Présidentielle mais je pense qu’il serait un plus pour le parti d’avoir un leader qui puisse faire office de candidat pour la suite…» La rhétorique du clan Copé est rôdé et Yoann Rault-Wita se prête au jeu avec conviction : «Commencer à parler de 2017, c’est vraiment se tromper de chemin.» Pour ce jeune UMP, l’horizon rime davantage avec une vague bleue pour les prochaines municipales et cantonales, et pour lui le choix Copé est celui du meilleur capitaine possible pour atteindre ces objectifs. Nationalement peut-être, mais localement la question mérite une vraie réflexion selon Jean-Paul Escudier, par ailleurs animateur haut-garonnais du courant des «Gaullistes de gauche» : «Si Copé était élu ce serait deux à trois points de moins assurés pour les municipales. Toulouse est trop centriste.» Si le duel Copé-Fillon n’est donc finalement pas si anodin que cela pour Toulouse, il ne perturbe pas pour autant l’UMP locale pour la jeune Julie Poubeau : «Ce n’est pas une opposition agressive, sur le fond nous avons les mêmes idées.» Audace ou tempérance, les urnes rendront prochainement leur verdict.

Thomas Simonian

L’œil de notre politologue

Stéphane Baumont présente le duel

«Copé est un secrétaire général militant qui tente de conclure sa campagne avec une stratégie à la Buisson. Il tente de mobiliser l’électorat le plus à droite de l’UMP et souhaite faire ce que Sarkozy a failli réussir face à Hollande. Il est le candidat de la république UMP des militants, et n’hésite pas à donner dans l’audace de la provocation. Fillon est lui un républicain de gouvernement, et met en avant ces cinq années de collaboration avec Sarkozy. De peur d’être trop déplacé au centre, ce gaulliste social, héritier de Philippe Séguin, n’hésite pas à affirmer qu’il est «plus à droite qu’on ne le pense.» Décidemment, c’est à la droite de l’UMP que tout va se jouer… Au quel des deux Patrick Buisson donne-t-il ses conseils ?»



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