Cohabitation, une gauche qui «cartonne», Fillola, Simon, Moudenc… ; Un trio de choc pour commenter les résultats

Pierre-Nicolas Bapt

Votre hebdomadaire a réuni autour d’un petit-déjeuner son politologue Stéphane Baumont, le secrétaire général du PRG 31 Pierre-Nicolas Bapt et l’élu d’opposition de Tournefeuille Patrick Aubin, afin de décrypter les résultats et les conséquences nationales puis locales de ces législatives. Passionnant.

Les Français, la cohabitation et la 5e République

Stéphane Baumont : Les Français ont eu peur et ne veulent plus entendre parler de la cohabitation. Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi car de 1986 à 2002, ils ont vécu sans problème avec ce système. Rappelez-vous Mitterrand/Chirac, Mitterrand/Balladur et Jospin/Chirac. Là l’électorat est cohérent. Il a choisi un président, il lui donne une majorité. Nous avons donc droit à un président normal et à une vague rose normale.

Pierre-Nicolas Bapt : Ce qui m’amuse toujours, c’est que quand on est dans l’opposition, on réclame toujours de la proportionnelle pour rééquilibrer la présidence, et quand on est dans la majorité, on demande toujours à asseoir le pouvoir légitime. Si Sarkozy avait été élu, il n’aurait pas demandé de cohabitation. Cela me fait dire que la 5e République n’est pas le meilleur des systèmes. Et si les législatives avaient lieu le même jour que la présidentielle… Cela n’aurait-il pas plus de sens ?
SB : Moi la chose dont je rêve, c’est la suppression des triangulaires. Pourquoi ne pas faire comme pour la présidentielle ? Avec les deux premiers candidats sélectionnés. Le problème qui est aussi posé, est celui des alliances. Pour certains analystes dont Jean-François Kahn, dans les cinq années qui viennent, il y aura une alliance droite républicaine-Front National qui balaiera le PS. Car si on se permet d’additionner à gauche «sans se mettre un pince à linges sur le nez» le PS et le Front de Gauche, on n’ose jamais additionner les voix de l’UMP et du FN.
Patrick Aubin : Le taux d’abstention doit nous amener à réfléchir sur le fonctionnement de nos institutions. D’ailleurs, ce que ne disent pas les médias, c’est que nombre de Français sont des non-inscrits sur les listes électorales. Et puis il y a les bulletins nuls qui ne sont toujours pas pris en compte. On peut donc dire que le grand vainqueur, le grand parti de France, c’est celui de ceux qui ne votent pas. Les abstentionnistes, les nuls et les non-inscrits forment cette majorité invisible.
PNB : Je suis désolé mais avec dix candidats à la présidentielle, et quinze aux législatives… à part le parti nazi, nous avons toute l’offre politique possible. Qu’on ne me dise pas que l’électeur ne peut pas y trouver son bonheur !

Patrick Aubin

Où est le centre ?

PA : Le centre est dans la confusion avec d’un côté Bayrou qui a appelé à voter Hollande et de l’autre, Morin et Borloo qui ont appelé à voter Sarkozy. Les centristes sont donc désemparés, déstabilisés et l’existence politique n’y est plus. Ils sont donc obligés de se poser la question «Où est le centre ?» Et je pense que parmi tous ceux qui ne sont pas allés voter dimanche, il y avait beaucoup de centristes.
PNB : Pourquoi faire payer à Bayrou un choix personnel ? Il faut arrêter de lui faire porter la responsabilité de l’élection d’Hollande, comme en 2007 on lui avait fait porter celle de Sarkozy. Mais où se trouve le centre ? Je ne sais pas. Sous la 5e République, je pense qu’il est introuvable. Et de toute façon, le mode de scrutin fait qu’on ne peut pas le trouver.
SB : La quête du Graal centriste est une constante de la 5e République et de la vie politique française. Mais ce qui empêche le centre de se réaliser, c’est l’absence de proportionnelle. En supprimant l’UDF et en créant l’UMP, on a «cannibalisé» les centristes. Aujourd’hui c’est «le centre au pays des merveilles» et s’il ne fait pas d’alliance, il reste dans la magie du conte de fées.

La gauche toute puissante en Haute-Garonne, la droite «coule»

PNB : J’exclus le cas de Carole Delga élue dès le premier tour… Ma première analyse est de dire que tous les députés sortants font de très gros scores, et que les deux autres Christophe Borgel et Kader Arif, obtiennent des résultats intéressants pour une première, et ce malgré des dissidences remarquées. Nous avons assisté au choix de l’étiquette.
PA : Ce n’est pas un «tsunami» mais on constate une nouvelle progression de la gauche et du PS en particulier. On se demande parfois quand cela pourra s’arrêter, mais encore faudrait-il que la droite toulousaine se pose les bonnes questions.
SB : Cela devient très déprimant pour la droite locale, qui à défaut d’un homme providentiel type Dominique Baudis ou Philippe Douste-Blazy, ne sait pas gagner. Par conséquent, la gauche continue sa progression car en face il n’y a pas de leader… Quand on n’a ni le conseil régional, ni le conseil général, ni l’agglomération, ni la mairie de Toulouse, c’est mission impossible ! Il faut que la droite toulousaine reprenne tout à la base, avec un travail dans les quartiers, dans les associations, et avec un leader affiché.

Stéphane Baumont

La troisième circonscription en question

SB : En ayant choisi le soutien officiel à Simon, Fillola trahit une partie de son électorat balmanais. Il a pris des risques pour les prochaines municipales. Il n’aurait pas dû donner de consigne de vote.
PA : Etant tous les deux dans la majorité présidentielle, il y a une logique au désistement d’Alain Fillola au profit de François Simon.
SB : Dimanche prochain, tout le monde, à droite comme à gauche d’ailleurs, va regarder la victoire ou la défaite de Jean-Luc Moudenc, en fonction d’un futur destin municipal. S’il ne réussit pas sur cette circonscription «découpée» pour la droite, il aura du mal à avoir la légitimité pour devenir tête de liste aux prochaines municipales. Il est pratiquement condamné à gagner, car il est non seulement l’ancien maire, mais aujourd’hui surtout le président départemental de l’UMP.
PNB : Le débat est ailleurs. L’UMP 31 et les partis centristes locaux pourront-ils se reconstruire face à Cohen ? Si Moudenc est élu, non. S’il est battu, oui. Après, je dis ça, je dis rien…
PA : S’il est battu, ce sera une nouvelle défaite sur son nom. Il y aura trop de contestations en interne.

Propos recueillis par Thomas Simonian



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