Clash à gauche ?

On connaissait déjà les divisions de la droite toulousaine, dont nous avons fait longuement état dans nos colonnes. Aujourd’hui, il est temps de se pencher  sur le cas de la gauche : entre les écologistes qui assument de plus en plus leur volonté d’autonomie et une partie du Front de Gauche qui a déjà annoncé une liste, Pierre Cohen pourrait être en difficulté pour mener le rassemblement au premier tour des élections municipales. Tâche d’autant plus délicate que les deux forces pensent à s’unir… Bientôt le clash à gauche ? Par Coralie Bombail.

 

 

Les verts autonomes : Simon est candidat, Onesta n’est pas loin…

La position d’Europe Ecologie-Les Verts se précise. Depuis plusieurs mois, les leaders du groupe municipal marchent sur des œufs, affirmant de manière laconique « se mettre en capacité de partir de manière autonome » (dixit Antoine Maurice, dans notre édition du 25 avril 2013). Aujourd’hui, le vice-président de la région François Simon, qui s’est déjà présenté deux fois à la mairie de Toulouse (en 2001 et en 2008, ndlr), brise la glace : « Je suis candidat pour faire partie du panel des premiers noms de la liste Europe Ecologie- Les Verts ». Le mystère est levé, si tant est qu’il y ait eu un mystère… « Il y a environ deux mois, les militants ont voté pour que l’on travaille sur un projet autonome », rappelle l’élu écologiste (la décision sera approuvée définitivement dans un mois par les militants, ndlr). Même Pascal Durand, secrétaire national du parti, a « lâché le morceau », lors de son passage à Toulouse, le 9 avril dernier. Plus précisément, les verts étudient deux options possibles : « Soit on y va seul, soit on part en association avec la société civile et d’autres partis. Nous sommes en contact avec le Parti de Gauche 31 qui a déjà signifié sa volonté d’autonomie. Il faut voir si nous arrivons à aplanir nos points de divergence. »

Quant aux noms de la fameuse liste, ils devraient être connus d’ici septembre. Parmi les prétendants, les élus municipaux tels Régis Godec ou Antoine Maurice ne risquent pas de laisser la place aux leaders régionaux. Car il ne faut pas oublier Gérard Onesta, « si j’y vais, il y va et vice-versa, on veut montrer une unité » assure François Simon. Une bataille d’ambitions pourrait-elle envenimer l’ambiance chez les Verts ? « Les égos potentiels devront s’effacer devant une démarche collective. Toutes personnes médiatisées ou du moins sur le devant de la scène seront un atout pour EELV », répond le vice-président de la région. On touche au cœur du problème. En cinq ans de mandature au sein du conseil municipal de Toulouse, les leaders du groupe (Antoine Maurice et Régis Godec) n’ont peut-être pas acquis la visibilité suffisante et nécessaire à toute tête de liste. Néanmoins, « il n’y a pas de compétition entre nous », martèle F. Simon, « on travaille en lien avec les élus municipaux, sur le grand projet Matabiau, par exemple. Ils n’ont pas démérité, et nous non plus. » Après les belles paroles, viendra le temps – ou pas – du consensus sur l’ordre des noms et notamment sur la tête de liste. Le choix final sera quoiqu’il en soit soumis au vote des militants. Un débat qui risque d’être d’autant plus corsé en cas d’alliance avec le Front de Gauche…

 

 

La gauche anti-austérité prête à résister

 

« Nous avons fait un premier tour de piste avec les Verts et le NPA, il y a trois semaines. Nous avons de nombreux points communs, personne ne comprendrait que cette convergence ne se traduise pas dans les urnes. » La volonté de Jean-Christophe Sellin, porte-parole local du Parti de Gauche, est claire : rassembler la gauche de la gauche. Celle qui résiste contre « la politique d’austérité menée par les sociaux démocrates ». Toute la gauche ? Les communistes, représentés à Toulouse par Pierre Lacaze, se sont déjà opposés à cette vision. « Le Parti communiste se démarque du Front de Gauche qui s’est créé sur l’idée de l’autonomie politique. La position départementale de Pierre Lacaze pose problème », estime Jean-Christophe Sellin. Au niveau national, les divergences entre le Front de Gauche et la majorité présidentielle se remarquent chaque jour un peu plus. Mais est-ce que cela doit impérativement se retranscrire au niveau local ? Si pour Pierre Lacaze, la spécificité des enjeux locaux permet l’union avec les socialistes, il n’en va pas de même pour l’élu du Parti de Gauche. « Les collectivités locales sont victimes de la politique d’austérité. C’est pour ça que j’ai refusé de voter le « budget Cahuzac » qui prévoie une baisse de 3 millions des dotations de l’Etat. A la suite de quoi on m’a retiré ma délégation » s’explique-t-il, sans oublier de mentionner « la portée symbolique d’une liste autonome dans la quatrième ville de France ». Avec ou sans le PC, Jean-Christophe Sellin travaille à la plus large mobilisation, et se tourne notamment vers les collectifs de quartiers, comme le Couac (Collectif Urgence d’acteurs culturels, cofondé par Salah Amokrane et qui a remplacé les Motivé(e)s). « Nous les avons invités à la discussion, mais je n’ai pas encore eu de réponse de leur part. Ils veulent former une liste qui représente les quartiers, je ne pense que ce soit une bonne idée. Ca ne ferait que renforcer cette impression de ghettoïsation. Il faut au contraire insérer la problématique des quartiers dans une politique globale qui favoriserait l’activité économique et l’emploi. » Ce sera une des idées fortes prônée dans le futur projet : « la laïcité économique. » En d’autres termes, « respecter la séparation de l’Etat et du secteur privé. Je suis le seul élu à ne pas voter les subventions destinées aux entreprises. Il faut que ces centaines de millions d’euros soient redistribués aux quartiers qui en ont besoin. » Bref, le Parti de Gauche ne fera pas de concession sur ses convictions. En fera-t-il sur son rôle dans l’éventuelle liste commune ?

 

 

Tête de liste, la prise de tête ?

 

Sur les idées, Jean-Christophe Sellin est confiant. « Nous sommes un parti rouge et vert, donc engagé sur les questions écologiques. Sur la politique à mener en matière de transport, de logement, d’énergie et même sur la régie municipale de l’eau, on rejoint les Verts. » Quant au NPA, « on partage la même volonté de rupture par rapport à l’austérité ». A la question : qu’est-ce qui pourrait alors empêcher l’union ? « La tête de liste » répond sans hésiter l’élu municipal. La tâche s’annonce ardue. Les Verts devront déjà trouver un accord entre eux, sans oublier d’intégrer des noms du Parti de Gauche. « Si nous nous engageons dans une liste commune, nous demanderons très fortement à ce que la tête de liste soit EELV » précise François Simon. Reste à négocier les premières places de la liste. L’enjeu crucial sera la volonté de s’allier ou non au second tour. « La question essentielle est de savoir si le Parti de Gauche veut intégrer l’exécutif.» Mais pour Jean-Christophe Sellin, il n’est pas encore l’heure d’évoquer une éventuelle tractation : « On se bat pour gagner, on n’est pas dans une logique de ralliement. Au premier tour, on est dans le rapport de force et au second on élimine l’adversaire. » En attendant, en cas d’accord avec les écologistes, il prône une liste « ni verte, ni Front de Gauche. Pourquoi pas les vert et rouge dans la ville rose ? » L’idée est lancée.

 

 

Le PS touché à l’aile gauche…

 

Les ambitions d’autonomie des Verts comme du Parti de Gauche commencent quelque peu à isoler Pierre Cohen, qui garde néanmoins les soutiens du PRG et du PC. Pour Emmanuel Auger, membre du PS 31 responsable de la campagne « Fier de Toulouse, Fier de la gauche » (campagne de communication autour du bilan du maire sortant, ndlr), la position des deux partis n’est pas cohérente : « Quand on regarde le bilan de Pierre Cohen, tout le monde a intérêt à être présent au premier tour. Sinon il va falloir avancer des axes de campagne très différents, qui seront en rupture claire avec la liste socialiste. » Leur spécificité, EELV comme le PG n’auront pas de difficulté à la prouver, d’autant que leur vision du mandat écoulé n’est pas si rose. « Nous avons des priorités à mettre en avant, comme la rénovation énergétique des bâtiments existants. Cela nécessite un effort financier qui n’est visiblement pas une priorité pour Pierre Cohen. Nous voulons que la ville devienne un modèle de transition écologique. Le bilan de Pierre Cohen n’est pas totalement négatif mais il faut mettre les bouchés doubles et faire preuve d’innovation ! » juge l’élu régional. Jean-Christophe Sellin se montre moins nuancé : « La politique, c’est une question de convictions. Soit on est convaincu et on part ensemble, soit on ne l’est pas et chacun se présente de son côté pour laisser les électeurs trancher. Or la politique menée par la majorité actuelle n’est pas à la hauteur des besoins sociaux, démocratiques et écologiques de Toulouse ».

Quant à la perspective d’une alliance EELV avec une partie du Front de Gauche toulousain, Emmanuel Auger ne l’a juge pas très dangereuse car « le rassemblement se fera entre les deux tours et cela pourrait même permettre de fédérer encore plus largement » estime-t-il au regard des partenariats que recherchent activement les Verts et le PG, notamment dans les quartiers.

 

 

 

 

 

Comprendre les partis de gauche

 

En novembre 2008, Jean-Luc Mélenchon quitte le Parti socialiste pour créer le Parti de Gauche. Quelques mois plus tard, il lance le Front de Gauche dans l’objectif des élections européennes. Ce front rassemble principalement le Parti de Gauche et le Parti communiste, mais également d’autres formations telles que la Gauche unitaire, Convergences et Alternative, ou encore la Gauche anticapitaliste. Aujourd’hui Jean-Luc Mélenchon est co-président du PG avec Martine Billard.

A ne pas confondre avec le Parti Radical de Gauche (PRG) créé par Jean-Michel Baylet. De tendance centre gauche, le PRG fait partie du gouvernement d’union de François Hollande avec les ministres Sylvia Pinel et Anne-Marie Escoffier.

 

 

Que sont devenus les Motivé(e)s ?

 

Le mouvement des Motivé(e)s fondé par les membres du groupe Zebda avait créé la surprise en 2001, en rapportant 12,5% des suffrages au premier tour des élections municipales. Le Conseil municipal toulousain intègre alors quatre élus Motivé(e)s : Salah Amokrane, Isabelle Rivière, Michel Desmars et Elisabeth Heysch de la Borde. En 2008, le mouvement décide de s’allier avec la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) de Myriam Martin, alors qu’un certain délitement se fait sentir… Le motivé Magyd Cherfi  apporte son soutien à Pierre Cohen, tandis que Michel Desmars rallie la liste altermondialiste de François Simon et Isabelle Rivière se désengage de la campagne, regrettant la dispersion du mouvement.

Depuis les Motivés n’existent plus. Mais certains membres ont poursuivi leur engagement sous d’autres formes. Salah Amokrane est directeur du Takticollectif et cofondateur du Couac (Collectif Urgence d’Acteurs Culturels), deux associations qui ont pour objectif de redorer l’image des quartiers par le biais de la culture. Le Couac se veut un collectif politique et citoyen qui fédère des acteurs d’horizons diverses. Ce serait un atout de poids dans une campagne de gauche afin de mobiliser un électorat qui se détourne de la politique. François Simon assure être en contact avec des « anciens membres des Motivés car notre idée d’union est plus large que EELV – Parti de Gauche ». Et Jean-Christophe Sellin a tenu à faire passer un message dans nos colonnes : « Je réitère mon appel envers eux et vers tous ceux qui souhaitent une liste alternative à la gauche du PS ».

Nous avons également tenté de joindre Salah Amokrane afin d’aborder son engagement dans les prochaines élections municipales. Sans réponse à ce jour.

 

 



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