Baumont : L’urgence de l’essentiel

Alors que l’objectif des 85% d’une génération au niveau du bac est atteint, réduisant ainsi l’ambition fixée sous Mitterrand en 1985 (progression notamment liée à la hausse des effectifs du bac professionnel), qu’un mandat d’arrêt français est lancé contre un dirigeant africain (Théodore Obiang, fils du Président de Guinée équatoriale), c’est le 14 Juillet, sans mauvais temps, son tour de France en quête vaine de dramatisation des enjeux, le drame de la montagne à Chamonix, qui sont l’escorte d’un retour médiatique du Président Hollande, espérant ne pas perdre le contact avec les Français, malgré la crise sociale et les mesures fiscales ; aucun état de grâce pour le Président mais un début de baisse dans les sondages qui frappe notamment sa capacité à bien défendre les intérêts de la France à l’étranger, renouveler la fonction présidentielle, mener une politique efficace contre la dette et les déficits publics.

Le Président n’est pas dans le «rouge» mais la baisse dans les sondages est rapide et conséquente. L’intervention télévisée depuis l’Hôtel de la Marine y changera-t-il quelque chose au moment où l’on s’interroge sur ce que peut faire concrètement l’Élysée (l’État peut-il annuler le plan de PSA ? Non, l’État ne peut intervenir directement, il n’en a pas la compétence, malgré les coups de menton présidentiels ; avec comme leviers pour faire pression le chômage partiel, la formation professionnelle et les crédits que l’État peut apporter, les premiers ayant été remboursés). Si les Français approuvent l’effort de simplicité et d’exemplarité du nouveau Président (avec notamment la baisse de 30% de sa rémunération et de celle de ses ministres), s’ils sont sensibles à son sens du dialogue tentant de faire taire ou essayer de faire cohabiter les canons des discordants des partenaires sociaux, le niveau d’inquiétude, d’angoisse, de résignation et de colère grandit. «Il faudra plus que des paroles» dit un ouvrier d’Aulnay. Le temps est venu pour François Hollande d’oublier les délices de son temps de candidat en imaginant la France au pays des merveilles ; le temps est venu de mettre fin comme référant réputé de son action l’anti-sarkozysme : il faut tourner la page et indiquer aux Français, concrètement et sans les circonvolutions du candidat d’hier ou de l’ancien secrétaire du PS (l’homme des mystères, comme celle qu’il a peut-être mitonnée pour le prochain Congrès (Godillot) du PS en souhaitant qu’une seule résolution – Aynault-Aubry – soit le socle d’un parti devenu… tranquille !) ; indiquer donc le chemin sans faire du Premier Ministre un fusible qu’il pourrait sacrifier pour mieux se préserver (les Français l’admettraient d’autant moins qu’ils ont été habitués au quinquennat sarkozyste). Quel est le but de François Hollande ? D’inscrire sa présidence sous l’appellation sociale-démocrate et d’être, comme le souligne François Fressoz (Le Monde 14, 15, 16/07) : «le premier Président social-démocrate de la V° République, en laissant le gouvernement gouverner, les partenaires sociaux se responsabiliser, les syndicats à assumer leur part de réformes et de rigueur.» Peut-il l’être en tentant de dédramatiser les enjeux alors que «la politique est tragique» ? Peut-il donner du temps au temps alors que des dizaines de milliers d’hommes et de femmes n’ont d’horizon que le chômage ? Est-il convaincu que le «juste pouvoir» c’est d’introduire plus de René Coty dans une République gaullo-mitterrandienne ? «Ré-enchanter le rêve français», disait le candidat Hollande au Bourget. N’est-il pas temps d’éviter le cauchemar et peut-être un climat d’insurrection (de mécontentement et de colère) ? Il faut méditer ce conseil du sociologue Edgar Morin : «A force de reporter l’essentiel au nom de l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel».

Stéphane Baumont



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