Baudis /Douste-Blazy : La droite et ses grands manipulateurs

2013 s’annonce comme une année politique cruciale, où chaque parti devra affiner son projet et trouver sa tête de liste en vue des prochaines municipales. Alors que le maire actuel, Pierre Cohen, a confirmé « sa candidature à la candidature », la droite fait face à des querelles intestines, qui trouvent leurs origines dans les ères Baudis et Douste-Blazy. Les fantômes du passé tirent-ils les ficelles de la politique locale ?

Baudis : un grand prestidigitateur ?

Si Dominique Baudis revient régulièrement à Toulouse, il n’y vit plus. Pourtant ses réseaux sont encore actifs. Et pour preuve, sa fille, Florence Baudis, est toujours engagée en politique auprès de Jean-Luc Moudenc. Un nom que l’on entend peu, car elle se fait très discrète au sein du Conseil municipal. Au point que tout le monde a oublié qu’elle est membre du groupe Toulouse pour tous. On peut se demander quel est le sens de son engagement politique, si ce n’est exercer l’influence de son père auprès de la droite toulousaine. En outre, Pierre Trautmann, celui que l’on appelait « le maire bis » sous l’ère Baudis, et qui a été directeur de cabinet de la mairie pendant les 36 ans de la gloire centriste, est encore aujourd’hui « dans les petits papiers » de Jean-Luc Moudenc. L’influence de Dominique Baudis n’est pas directe , certes, elle se joue par personne interposée, mais elle est bel et bien présente.

L’ascendant de l’ancien maire semble avéré dans les hautes sphères de la politique locale. Malgré cela, les sociétés changeant au rythme des mandats, Dominique Baudis est aujourd’hui moins connu de la population toulousaine. « La politique a besoin de nouvelles têtes », estime Serge Didier, membre de Toulouse métropole d’Europe, proche de Dominique Baudis. Les jeunes générations, comme les 100 000 nouveaux arrivants chaque année ne connaissent pas l’ancien maire. Il ajoute : « Je le connais bien, il s’est détaché de tout cela. Il garde à Toulouse des attaches familiales plus que politiques.» Info ou intox ?

Rappelons que l’engagement politique de Dominique Baudis à Toulouse n’est pas si ancien. En 2009, il se présente aux élections européennes en tant que tête de liste UMP, et obtient quatre sièges au Parlement strasbourgeois. Fait surprenant, Christine de Veyrac, pourtant en froid avec l’ancien maire est sur la liste. Elle devient donc députée européenne, sûrement grâce à l’influence de Valéry Giscard d’Estaing. Pourquoi alors le retour de Dominique Baudis  après huit ans d’absence ? « Il faut exorciser la spirale de l’échec dans laquelle se trouve la droite du Sud-Ouest », déclarait ce dernier dans Objectif News (27/01/2009). Une manière de revenir en tant que sauveur, avant de démissionner brutalement. Président du CSA jusqu’en 2007, puis de l’Institut du monde arabe jusqu’en 2011, mais aussi président de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité à partir de 2010, et député européen PPE du Sud Ouest, il démissionne de tous ces postes pour devenir défenseur des droits en 2011. Une fonction qui lui impose un droit de réserve sur les affaires politiques, et lui permet de rester dans l’ombre en toute quiétude.

 

 

Douste-Blazy : un manipulateur ?

Philippe Douste-Blazy paraît toujours intéressé par les affaires toulousaines. Il s’est rapproché de Jean-Louis Borloo et « voit d’un bon œil la création d’une liste UDI autour de Christine de Veyrac » selon Serge Didier. L’ancien ministre, aujourd’hui en poste aux Nations Unies, ne se tient pas loin de ses anciens collaborateurs. Il a dîné avec eux (Toulouse métropole d’Europe, et les membres de l’UDI 31, dont Christine de Veyrac) il y a quelques semaines. « Un diner amical où l’on n’a presque pas parlé des municipales » assure Jean Iglésis, coordinateur local de l’UDI. Mais selon un autre observateur, membre de l’UMP 31 « Philippe Douste-Blazy est simplement venu tâter le terrain pour savoir s’il pouvait se représenter en tête de liste ». « Ce serait le candidat idéal » affirmait Marie Déqué, présidente de Toulouse Métropole d’Europe, dans notre édition du 17 janvier. D’après Serge Didier, « s’il a quelques responsabilités au sein de l’UDI, il ne sera certainement pas sur le devant de la scène. Mais qu’il donne son nom et son image pour soutenir la future campagne, sans doute. »

Pourtant, selon nos sources, sous l’apparence des relations « amicales », se joue une grande manipulation. Philippe Douste-Blazy serait le maître d’un double jeu… Il soutiendrait en sous-main René Bouscatel, membre de Toulouse métropole d’Europe et président du Stade Toulousain, pour qu’il soit tête de liste UDI. Tout en faisant miroiter la place à Christine de Veyrac, qui est officiellement chef de file du projet municipal… Et cela dans le but de voir deux perdants et disperser les votes. Un petit tour de passe-passe qui ferait le jeu de Pierre Cohen et de la gauche. Objectif final ? Assurer le maintien de son poste au sein de l’ONU (qui dépend de François Hollande).

En prime, Philippe Douste-Blazy mettrait à mal le clan Moudenc soutenu par Dominique Baudis, et donc ses deux adversaires. La droite toulousaine, aujourd’hui divisée, doit cette scission aux conflits qui ont opposé tour à tour ces trois hommes. Retour en arrière.

 

Quand un maire en tue un autre

 

C’est une certitude. Toulouse a connu de grands maires. Si emblématiques, que leurs noms ne sont pas, aujourd’hui encore, oubliés. Pierre et Dominique Baudis ont marqué la ville pendant trente ans et Philippe Douste-Blazy, malgré un mandat écourté (2001 – 2004) s’est fait un nom dans les « grosses affaires » toulousaines : la gestion du drame AZF, et sa position (ou absence de position) dans l’affaire Alègre. Sa nomination en tant que ministre des affaires étrangères a fini d’asseoir sa notoriété. Un poste pour lequel il laisse Jean-Luc Moudenc prendre sa place… Si les maires centristes se sont succédé à la tête de Toulouse, les assassinats politiques aussi…

 

L’affaire Alègre : le début des hostilités

La guerre commence en 2001, lorsque Dominique Baudis décide de ne pas se représenter, et choisit le maire de Lourdes, Philippe Douste-Blazy pour assurer la relève. « On demande toujours à un homme politique ce qu’il regrette, quelle erreur il a commise. Je connais aujourd’hui la réponse : j’ai choisi Douste-Blazy pour me succéder » a déclaré l’ancien maire dans les colonnes de l’Express (08/02/2008). « L’affaire Alègre a créé le désordre des leurs relations qui étaient jusque-là, en apparence du moins, au beau fixe » explique l’historien Jean-Claude Duphil. Lorsque le nom de Dominique Baudis est cité dans cette affaire, Philippe Douste-Blazy, qui aurait eu vent du cataclysme qui se préparait, n’aurait d’une part pas prévenu son prédécesseur, ni d’autre part manifesté aucun soutien. Laissant place à un silence assourdissant. D’après nos sources, Philippe Douste-Blazy était lui-même mis en cause dans l’affaire. Il aurait été dénoncé par la prostituée Patricia, en même temps que Dominique Baudis et le maire de Pau André Labarrère, mais son nom n’a pas été éclaboussé par le scandale médiatique entièrement centré sur Dominique Baudis. En tant que ministre des Affaires étrangères, l’information, relayée à l’Elysée puis au ministère de l’Intérieur est parvenue jusqu’à lui. Sachant cela, il aurait choisi d’alimenter la rumeur contre Baudis afin de protéger ses arrières. Mais selon Michel Roussel, directeur d’enquête de l’affaire, le nom de Douste-Blazy n’aurait pas été directement prononcé par Patricia, mais serait apparu plusieurs fois dans le dossier, suite à la médiatisation de l’affaire.

Le mystère reste entier, mais les deux hommes sont depuis, irréconciliables. Serge Didier, l’avocat de Dominique Baudis à l’époque des faits, ne veut plus parler de cette sombre époque, « l’affaire Alègre a été un moment dramatique pour la ville à un niveau que l’on ne soupçonne pas ». Il consent cependant, que les problèmes de la droite toulousaine ont commencé à ce moment : « c’est notre tragédie grecque » ironise-t-il.

 

 

 

 

Jean-Luc Moudenc : le regret de Douste-Blazy ?

En 2004, Philippe Douste-Blazy est nommé ministre des Affaires étrangères. « Ses ambitions ministérielles n’ont pas joué en sa faveur » remarque Jean-Claude Duphil. Ne pouvant cumuler les deux fonctions, il décide de placer Jean-Luc Moudenc (qui était son directeur de cabinet à Lourdes) à la mairie de Toulouse, et garde la présidence de la Communauté urbaine. Le tandem semble fonctionner. Jean-Luc Moudenc investit le terrain, va à la rencontre des Toulousains et connaît les dossiers sur le bout des doigts. Philippe Douste-Blazy fait jouer son réseau pour valoriser Toulouse, lui permettant vraisemblablement d’implanter le Cancéropôle et le siège de Galiléo (GPS européen) dans la ville rose. Mais les choses se gâtent en 2006, lorsque Jean-Luc Moudenc annonce qu’il compte se représenter, alors que le ministre était déjà dans les rangs pour 2008. « Douste-Blazy en a voulu à Moudenc de ne pas lui rendre son siège » raconte Serge Didier.

Et si l’affaire Alègre a renforcé la sympathie des Toulousains pour Dominique Baudis, Philippe Douste-Blazy a mauvaise presse : il n’a pas soutenu son prédécesseur et les Toulousains ne lui ont pas pardonné son « ambition ministérielle ». Il donne finalement l’impression de ne s’être servi de Toulouse que comme tremplin. Jean-Luc Moudenc doit choisir un soutien stratégique : il sacrifie celui qui l’a placé à la tête de la ville. Mais cela ne suffit pas. Il perd face à Pierre Cohen en 2008 (49.58% contre 50.42%)

 

Bonnet blanc/blanc bonnet ? Ou l’ersatz d’une tradition centriste à Toulouse

Le fantôme d’un prestige perdu au capitole transforme la sphère politique toulousaine qui prend l’allure d’une grande partie de chaises musicales où tout le monde se revendique centriste. Après trente-six ans de gestion politique de la ville au centre, « l’absence d’un vrai leader fait mal », indique Serge Didier, « chacun s’estime légitime, on assiste à des querelles de place et d’égo. L’influence de Dominique Baudis est forcément quelque part, et surtout dans le cœur des vieux toulousains. Mais ce qui a réussi à Baudis ne peut pas réussir à tout le monde : il était centriste et est parvenu à associer des franges de population de gauche et de droite. Cela va-t-il marcher avec Christine de Veyrac et Jean-Luc Moudenc ? Je n’en suis pas sûr. Et depuis, la ville a retrouvé son ancrage à gauche… »

En effet, si les deux rivaux de la droite toulousaine aiment à rappeler leur attachement à la famille centriste, leur engagement politique a été plutôt fluctuant au fil des années. Jean-Luc Moudenc, ex-UDF a pris sa carte à l’UMP dès sa création, en 2002, puis l’a rendue en 2007 pour les élections législatives et municipales. Deux échecs successifs lourds à porter aujourd’hui. En 2010, il est élu président de l’UMP 31, ravissant ainsi la place à… Christine de Veyrac. Une guerre pour la tête de la fédération qui laisse des traces encore visibles, vue la haine qu’ils se portent. Depuis, la députée européenne s’est expatriée au sein de l’UMP du Gers, puis a récemment quitté ce parti pour l’UDI, « sa famille politique d’origine » comme elle l’appelle. Une rumeur a couru, selon laquelle Jean-Luc Moudenc comptait quitter l’UMP avant les prochaines municipales. Une information envoyée anonymement à certains journalistes toulousains, démentie officiellement par le principal intéressé. « Si Moudenc quitte le parti, il est mort » confie notre source de la droite toulousaine. En revanche, il pourrait ne pas se représenter à la présidence de la fédération, et ainsi s’éloigner de l’image « droite dure de l’UMP », que lui prêtait récemment Pierre Cohen.

Le vrai problème est que Toulouse manque aujourd’hui cruellement de grandes figures. «  Finalement, personne n’a envie que Baudis ou Douste-Blazy reviennent, car plus aucun ne pourrait se présenter face à eux » remarque notre source de la droite toulousaine.
 

 



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.