L’ordonnance du docteur Chollet

Depuis quelques semaines, la pré-campagne municipale s’est accélérée dans le JT. Nous avions eu dans nos numéros précédents le «Je serai au rendez-vous de 2014» de Jean-Luc Moudenc, puis le «Candidat, je le serai certainement» de Pierre Cohen. Cette semaine, nous avons le «J’y vais pour gagner» de François Chollet. Le neurologue toulousain veut clairement jouer un rôle central en vue de l’échéance municipale. Si son objectif reste celui d’une liste unique à droite et au centre, il n’exclut pas non plus une deuxième liste si le dialogue avec Jean-Luc Moudenc continue sur le même mode… Le concernant, il ne s’interdit rien. Ni de créer un tandem avec Christine de Veyrac, ni d’être l’homme du consensus au final. Si le jeu des chaises musicales lancé pour les prochaines élections municipales vous donne déjà mal à la tête ou si le dossier Sanofi vous inquiète, le docteur Chollet vous délivre son ordonnance. Et avec lui, pas de dépassement d’honoraires !

 

François Chollet, en ce qui concerne le dossier Sanofi, comment voyez-vous la suite des événements ?

Il s’agit-là d’un séisme considérable sur le plan humain mais aussi pour le concept même de l’Oncopôle puisque ce dernier est bâti sur la conjonction de plusieurs forces situées sur un site unique, à savoir les soins et la recherche publique/privée. Ce concept est mis en péril par le devenir de Sanofi. Ce plan social va obliger à reclasser des chercheurs spécialisés, des ingénieurs, ce qui ne sera pas forcément évident. Ce problème social est donc à régler mais ce n’est pas le seul car malgré ce que dit Christian Lajoux, le PDG de Sanofi-France, il règne un flou quant au devenir du site de Toulouse. Nous avons l’impression que les décisions sont prises sur Montpellier, Lyon et Paris, mais à Toulouse, nous nous demandons encore ce qu’ils veulent vraiment faire. Il faut donc se mettre autour de la table !

 

Nous savons que Sanofi a entamé des démarches pour rechercher un éventuel repreneur… Dans ce cas, l’Oncopôle serait-il quand même en danger ?

Avec ce projet, il y avait une cohérence scientifique, médicale et économique ; il va falloir la retrouver. C’est pour cela que les politiques seuls, ne pourront rien faire. Nous devons mettre en place un cercle de réflexion qui permette d’analyser, avec Sanofi, ce que l’on peut laisser sur Toulouse.

 

Que pensez-vous de la manière dont la Mairie a géré ce dossier ?

Ce n’est pas en se traitant de noms d’oiseaux que les choses vont avancer (en référence à la qualification de «patrons-voyous» lancé par Pierre Cohen à l’encontre des dirigeants de Sanofi, ndlr). L’heure est grave pour Toulouse et il faut engager des discussions. Nous avons l’impression que Sanofi souhaite externaliser sa recherche, et il faut donc discuter stratégiquement pour que l’actionnariat ne prenne pas le pas sur le médical.

 

 «Le président de Toulouse Métropole doit être un VRP»

 

En ce qui concerne l’Agence de Développement Economique (voir «Repère»), vous ne semblez pas partager l’enthousiasme ambiant…

Il peut y avoir un intérêt à regrouper les compétences autour d’aménageurs, de développeurs et d’entrepreneurs, mais j’émets une critique : Avant Pierre Cohen, jamais il ne serait venu à l’esprit d’un maire ou d’un président de «Toulouse Métropole», de donner à une agence la compétence de délivrer des permis de construire. Cela fait partie des prérogatives régaliennes du mandat de président ou de conseiller communautaire, de conseiller municipal ou de maire. Le développement économique est un vrai travail, une réelle orientation et ce n’est pas uniquement l’aménagement du territoire. Ainsi, je vois mal comment cette primauté du politique peut passer derrière une agence de développement économique. Le président de «Toulouse Métropole» doit être un VRP. C’est à lui de vendre Toulouse. Il me semble qu’avec cette agence, il est donné à des fonctionnaires une prééminence qu’ils ne doivent pas avoir.

 

Cette agence a-t-elle finalement un intérêt pour vous ?

Je vais faire attention à ce que les élus ne se défaussent pas sur cette agence économique. Je suis pour la prééminence du politique. Personnellement, je ne l’aurais pas créée, mais voyons les résultats !

 

La politique économique de Pierre Cohen : «Une idéologie restrictive»

 

Trouvez-vous ambitieuse la politique économique de Toulouse ?

La Mairie garde une forme d’idéologie restrictive et méfiante vis-à-vis de l’entreprise, ce qui est préjudiciable à notre développement. La création de richesses émane pourtant bien de la création d’entreprises. Nous avons ici la chance que l’aéronautique embauche actuellement, sinon…

 

Justement, l’économie toulousaine s’appuie-t-elle trop sur l’aéronautique ?

Toulouse mérite son aéronautique mais il faut préparer notre développement de demain, et ce dès aujourd’hui. Prenons Sanofi pour exemple : personne n’a vu le coup venir. La réalité économique et actionnariale peut être terrible, et s’il n’y a pas intérêt à rester à Toulouse, les avions d’EADS pourront un jour être construits ailleurs. Anticipons et investissons !

 

Qui dit investissements, dit emprunts…

Je soutiens, quitte à déplaire à certains, l’idée de Pierre Cohen quant au maintien du niveau des dépenses publiques à l’investissement. Je pense qu’il a raison car la commande publique, qui ne résume pas tout, reste un élément de stabilité qui permet de faire vivre des entreprises, et donc des citoyens. Mais, dans la dynamique économique, dans la recherche d’implantation, dans la conception globale des projets d’aménagement, je pense qu’il faut davantage impliquer la science. C’est notre richesse.

 

Le projet IDEX (voir «Repère») que vous avez salué, est désormais en difficulté suite aux dernières élections des présidents d’Universités. Qu’en pensez-vous ?

En amont de l’Idex, il faut reconnaître le succès de la loi sur l’autonomie des universités. Personne  ne souhaite aujourd’hui revenir dessus et c’est normal. Dans ce contexte, l’Idex est une chance : Le gouvernement alloue de l’argent qui permet de structurer la mise en commun des ressources au sein des universités. Je suis résolument pour l’Idex !

Et je vais peut-être vous surprendre, mais en revanche je pense que Bertrand Monthubert (président de l’Université Paul Sabatier, ndlr) a raison lorsqu’il en critique la gouvernance projetée et je suis solidaire de lui sur ce plan-là. Mettre en place une gouvernance extérieure aux universités, dans laquelle les élus du personnel ne seront pas représentés, ce n’est pas possible ! En tant qu’universitaire, si un jour je ne peux plus élire mon doyen, je me tue ! (Rires)

 

Le PDU (Plan de déplacements urbains) de Pierre Cohen vient d’être «retoqué» par la commission d’enquête publique. Est-ce un échec de la majorité actuelle ?

C’est en tout cas le symbole d’une fragilité terrible. Comme Pierre Cohen souhaite tout de même «passer en force», tout sera donc opposable. Les recours pourront parsemer le développement de ce PDU.

 

Que feriez-vous aujourd’hui à la place de Pierre Cohen ?

Je ne me serais d’abord jamais mis dans une telle situation. Vous vous rendez compte que nous avons d’abord eu deux PDU, un en 2009 et un en 2011, avec une diminution de moitié des crédits. Pour un maire qui avait fait des transports sa priorité durant la campagne électorale, c’est tout de même un projet pour le moins incohérent. Dans cette affaire, il y a certes un échec devant la commission d’enquête publique, mais il y a surtout un lourd échec sur le fond. Tout ceci illustre des réserves sur la vision idéologique des transports de cette majorité. Le «tout contre la voiture» de Pierre Cohen est clairement mis à mal. C’est du dogmatisme avec un manque de pragmatisme et de vision.

 

Quel est votre avis sur le projet de «salles de shoot» à Toulouse sachant que votre parti, l’UMP, s’est clairement positionné contre ?

 

Là, je ne suis pas d’accord avec mes «potes»… Ces salles ne résolvent pas le problème de la toxicomanie, mais en revanche elles traitent la problématique d’infections transmises, et cela permet à certaines personnes de se stabiliser et de démarrer une thérapie. Nous sommes sur le registre de la santé publique dans un contexte de sécurité sanitaire. Ces salles doivent permettre de sortir de la toxicomanie.

 

Pouvez-vous nous expliquer les différences entre les deux groupes d’opposition que sont «Toulouse pour tous» (celui de Jean-Luc Moudenc) et le vôtre «Toulouse Métropole d’Europe» ?

 

Ils sont l’expression de sensibilités et d’histoires différentes. Mais c’est aussi une autre manière de concevoir l’opposition sur certains sujets comme les transports ; le tout avec une approche plus souple de la démocratie interne dans le groupe. Ce qu’exprime notre équipe aujourd’hui, c’est ce que devra être, à mon sens, l’objectif de la liste qui s’opposera à Pierre Cohen : Une diversité de pensées, d’opinions et d’origines. «Toulouse Métropole d’Europe», ce sont des UMP de différentes sensibilités, avec des centristes et des représentants de la société civile. Cette diversité sera la clé de l’élection de 2014 face à une gauche sectaire.

 

Municipales : «Je n’y vais pas pour participer, mais pour gagner !»

 

Vous croyez donc à une victoire en 2014 ?

 

Je pense qu’il y a une vraie fenêtre, et que notre responsabilité est grande vis-à-vis de cette échéance. C’est pour cela que je ferais tout pour que l’union de la droite et du centre puisse se faire. Mais pour atteindre cet objectif, il faut que certaines conditions soient remplies : Que les sensibilités soient respectées, et que le travail des uns et des autres puisse être reconnu, partagé et exploité dans le cadre de l’élaboration d’un projet solide pour notre ville.

 

Mais avec quel leader ?

 

Je soutiendrai celui, ou celle, qui sera le mieux placé pour gagner. Pour dégager ce leader, il faudra déterminer collectivement une méthode de désignation. Aujourd’hui, il ne peut donc pas y avoir de candidature auto désignée, mais une ambition collégiale de gagner la mairie. Je ne vais pas à cette élection pour participer, mais pour gagner ! J’ai envie de gagner !

 

Pouvez-vous être celui qui sera le mieux placé pour gagner ?

 

Je ne sais sincèrement pas à quelle place je serai en 2014, et je ne suis pas en position de réclamer quoi que ce soit. Mais je me tiens prêt. Jean-Luc Moudenc a des défauts sérieux que je connais, et c’est pour cela que je me suis d’ailleurs écarté de lui, mais il a également des qualités. Il a réorganisé l’UMP et a été élu député. Nous devons donc compter sur lui certes, mais il n’est pas seul… La semaine dernière j’étais au Mirail, et on m’a parlé spontanément de Christine de Veyrac. Cela signifie qu’il y a une présence et un vrai travail de fond qui est fait de sa part. Il faudra bien que cela soit valorisé dans cette campagne. Et puis il y a ce centre toulousain, qui est multiple, qui se cherche mais qui est l’expression d’une sensibilité qui «colle» à notre ville. Bref, que de richesses à fédérer ! Organisons-nous ! Je vais travailler dans les semaines qui viennent à coordonner toutes ces forces.

 

Christine de Veyrac est-elle aussi légitime que Jean-Luc Moudenc ?

 

Clairement oui, et tout le monde a la légitimité de dire qu’il va se présenter aux municipales. Christine est une femme de terrain, qui a un vrai sens du contact et qui sait passer du temps avec les Toulousains. Elle sait écouter et a su agréger autour d’elle une véritable équipe.

 

Et si cette union s’avère impossible ?

 

Nous aurons alors deux listes ! Mais avec un accord clair passé entre elles, et avec une mise-à-plat des difficultés.

Propos recueillis par Séverine Sarrat et Thomas Simonian

Photos : Franck Alix

Le portrait de François Chollet vu par Stéphane Baumont

 

«Il est issu d’une famille de politiques avec un oncle qui fut conseiller général de Duras (Lot et Garonne), un père qui a été un brillant député-maire d’Agen et un frère actuel maire adjoint de cette même ville d’Agen. Son manque de charisme est compensé par son goût du social et du terrain. Il lui manque ce je ne sais quoi… Qui fait passer de l’idylle sympathique au mythe très porteur du bon docteur pour une tête de liste ; mythe que son père a su faire fructifier. A lui, neurologue réputé, de faire la démonstration qu’il peut rejoindre parmi les neurologues maires, Jacques Vigouroux à Marseille et Jacques Blanc à La Canourgue.»

 

 

 


 



UN COMMENTAIRE SUR L’ordonnance du docteur Chollet

  1. Arias Ginette dit :

    Oui François tu le peux ! Fonce !!

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