Greg Lamazères
Greg
Lamazères
Journaliste, écrivain

Welcome in Tziganie

Un poète macédonien du nom de Serbezovski a écrit : «  On cherche le Rom sur la terre, au ciel, dans les songes, sur la lune ; on cherche le Rom dans la honte, la beauté, la misère, parmi les clandestins, les détenus ; on cherche le Rom dans le feu, la poussière, les camps, les déserts, le cosmos ; on cherche le Rom sur les routes, sous la tente, dans les chansons – c’est là-bas, parmi les oubliés, qu’ils ont jeté le Rom.  »

Les Roms, ou plutôt Rroms, autrement dit les Tziganes, Romanichels et autres appellations plus ou moins respectueuses qui renvoient aux origines et cultures diverses de ces gens du voyage, apparus en Europe au Moyen-Âge en costumes bariolés, tels des Égyptiens (Gypsies!), sont l’objet de haines tenaces (les nazis les ont exterminés), de fièvres, de brimades, de fichage (lâchez nos pare-brise, bon sang!) ou, au contraire, d’admiration, quand on voit dans leur mode de vie une forme de liberté (lire les romans de Yan Joors). Il faut alors éviter de mettre les pieds dans un ghetto roumain, un camp parisien, une aire d’accueil au bord de l’autoroute ou près d’une station d’épuration. Entre un Manouche dans sa caravane rutilante qui attend le sermon du pasteur, un exilé roumain caché sous une tente, un tromboniste tout droit sorti d’un film de Kusturica et un Gitan cambré, tourné vers la mer, roi de la rumba jusqu’en Amérique, il y a un monde.

« On verra du pays, comme dans un film de Tony Gatlif »

L’Air des Balkans est une association culturelle de promotion des cultures tziganes et balkaniques qui organise depuis 1988 le festival Welcome in Tziganie aux abords verdoyants du village de Seissan, au sud d’Auch (32). En amont, y’a d’l’action : films, expositions, concerts, dialogue, complètent le dispositif. L’ADB travaille avec les familles roms du Kosovo qui vivent dans le quartier du Garros, à Auch. L’idée, c’est de les faire participer, d’une façon ou d’une autre, à l’événement. Un atelier initie les ados aux techniques des DJ des Balkans. Le maître porte un nom tout droit sorti d’un roman de Tolstoï : Baba Raspopov. Peut-être est-il plus facile de manipuler des platines que d’apprendre la guitare swing.

La prochaine édition du festival a lieu, toujours sous un énorme chapiteau à pointes, au milieu d’un village du livre, du conte et des plantes sauvages, du 22 au 24 avril. Sur scène, les rythmes et les harmonies seront variés et on verra du pays, comme dans un film de Tony Gatlif : flamenco rude, bagarres de cuivres, femmes éplorées, descendants de Django Reinhardt, ce génie qui a inventé le jazz d’Europe, lamentos douloureux et chants exubérants, blues profond des parias, vérité de musiques non frelatées.

Latcho Drom (Bonne route)!

 

 


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