Alex Lekouid
Alex
Lekouid
L comme Lekouid

Villa Gorgo

Contraint par le temps, un écrivain désespéré loue une demeure en Italie pour trouver l’idée de son prochain livre. Bientôt, il devra remettre son ouvrage à la maison d’édition et n’a toujours rien écrit. Cela fait près d’une heure qu’il cherche sur les routes désertes de campagne. Agacé, il s’arrête pour faire le point et fait signe à un scooter qui approche. Là, il découvre une brune splendide avec des lunettes en pointes, un large chapeau d’été, une robe fleurie et un grand sourire cinématographique. « Heu, scusi Signora ! Savez-vous où se trova la casa Gorgo ? » Elle éclate de rire : « Vous, vous devez être il famoso scritore dont tout le monde parla ! J’adore vos livres, mais votre Italien n’est pas terribilé. Votre palazzo est au bout de ce chemin, je vous montre ? Andiamo ! » Intrigué, il suit l’espiègle inconnue qui pénètre dans un champ d’oliviers, où se trouve la somptueuse villa toscane. La jeune femme désigne du doigt la piscine en contrebas et s’éloigne en criant : « Ciao Bello! » Une fois installé, il contemple la magnificence de l’endroit, affalé sur le sofa de la terrasse, puis s’assoupit. La chaleur et le souvenir de la troublante Italienne le réveillent. Sous une énorme lune rousse il fait quelques pas jusqu’au bassin, quand il devine quelqu’un sortir de l’eau.

« Il la met en scène sur des dizaines de pages »

Nue dans le contre-jour lunaire, la silhouette ruisselante de beauté, la belle s’approche avec grâce en essorant ses cheveux. Elle passe ses bras autour de lui pour saisir son paréo accroché au parasol et le noue sur elle en le regardant dans les yeux. « Ma nudità vous gêne ? C’est pourtant vous qui avez écrit : l’amore est comme l’animal, magnifique en liberté ! » Elle pose la main sur sa joue et dépose un baiser mouillé sur ses lèvres, « je crois que vous auriez bien besoin d’amore signor poetaVous voulez mangiare ? » Elle ouvre son panier en s’asseyant : « J’ai de la coppa, du formaggio, des frutta et du vino Rosso de Ghizzano ? » Ils passent la nuit à discuter, à rire et l’inspiration ne tarde pas à les envahir. Chaque jour, il la met en scène sur des dizaines de pages et lui fait le récit tous les soirs en dînant au bord de l’eau. À la fin de l’été, l’agent débarque à l’improviste. « Alors ? Où est la merveilleuse créature dont tu m’as parlé au téléphone ? Oh ! Je peux ? » Il prend le paquet de feuilles posées sur la table et se met à lire. Le lendemain soir, bouleversé, il s’invite aux lectures nocturnes de l’auteur: « Ce roman est absolument envoutant ! Je suis totalement amoureux de cette ragazza et de son Vespa, même si je comprends maintenant que je ne pourrais jamais la rencontrer ! » 

 

 


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