Philippe David
Philippe
David
L'esprit libre

Une trahison de trop

« Nous sommes trahis… » tels furent, si on en croit les historiens, les mots que prononça Napoléon en se retirant à Waterloo. Oui l’Empereur avait été trahi par Grouchy qui fît reposer ses 35 000 hommes et ses 110 pièces d’artillerie plutôt que de les amener sur le champ de bataille. Cette défaite marqua la fin d’une certaine idée de la France. Elle sonna aussi le glas des espoirs d’unifier l’Europe continentale …

Deux siècles plus tard nous sommes encore trahis. Mais cette fois-ci ce n’est pas que la France mais toute l’Europe qui est trahie par un quarteron de technocrates bruxellois vendus aux multinationales qui savent de quelle manière leur exprimer leur reconnaissance. En effet c’est « The Guardian », le quotidien britannique, qui nous a appris que les négociateurs européens du fameux Tafta, le traité transatlantique de libre-échange négocié en toute discrétion dans le dos des citoyens, avaient accepté sous la pression des négociateurs américains de renoncer à interdire 31 pesticides connus pour être cancérigènes ou pour porter atteinte à la fertilité masculine. Ce scandale a deux ans et ne sort qu’aujourd’hui, ce qui explique pourquoi ce traité se trame dans le plus grand secret, mais voici les faits relatés par « The Guardian » qui se base sur les minutes des deux réunions où tout a été décidé.

Le 26 juin 2013, une délégation de la Chambre de Commerce Américaine (AmCham) a visité les négociateurs de l’Union européenne pour insister afin que le bloc (USA-UE) annule les critères prévus pour identifier les perturbateurs endocriniens au profit d’une nouvelle étude d’impact.

Le 2 juillet 2013, des officiels de la mission américaine en Europe ont visité le siège de l’UE pour appuyer leurs demandes. Le même jour, la Secrétaire général de la commission, Catherine Day, envoyait une lettre au Directeur du service de l’environnement, Karl Falkenberg, lui demandant de retirer les critères prévus dans le projet initial.

Inutile de dire qu’en termes de réactivité, Catherine Day a agi à la vitesse de la lumière pour faire son courrier le jour-même. Il est vrai que les cancers, la baisse de la fertilité masculine ni les perturbateurs endocriniens ne sont des problèmes majeurs de santé publique. D’ailleurs les technocrates bruxellois font tout ce qu’ils peuvent pour défendre la santé des Européens puisqu’ils vont certainement interdire la fabrication de lustres en cristal au prétexte que le cristal contient du plomb qui est un métal polluant. Pourtant, dans le cristal, le plomb est enfermé à l’intérieur du verre sous forme de poudre et les luminaires qui risquent d’être interdits de fabrication coûtant une fortune, on imagine mal les propriétaires les jeter dans la nature. Cette mesure passée inaperçue menace 7000 emplois directs en France. Ce souci de fermer les yeux sur des produits hautement toxiques tout en étant intraitable sur des produits dont la dangerosité n’est en rien prouvée s’explique simplement par le fait que les cristalleries françaises n’ont pas les moyens, contrairement aux fabricants de pesticides américains, d’acheter les négociateurs américains et européens par le biais de leurs lobbyistes.

Deux siècles plus tard, nous sommes bel et bien encore trahis.

 

 


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