Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Une présidence normale !

Alors que d’aucuns veulent croire à la vérité politique, économique et sociale du « coup de Barre » du Président Hollande, nous sortant du « pépérisme » radical-socialiste de sa terre d’élection, la Corèze ; alors que d’autres dans la même grille d’analyse nous annoncent une conversion au « social-libéralisme au point que » plus grand chose « n’en ferait l’héritier d’un Jean Jaurès ou d’un Blum » ; alors que nombre de chroniqueurs attendaient la conférence de presse explicative et illustrative du mardi 24 janvier pour vérifier l’équation politique « Hollande = Blair = Schröder », voilà François Hollande, sur la défensive, contraint de défendre sa vie privée après les affirmations surmédiatisées du magazine Closer prêtant au Chef de l’Etat une liaison avec une comédienne, Julie Gayet. Affaire d’autant plus déstabilisante pour l’Elysée que l’immiscion dans la vie privée d’un Président de la République en exercice est une situation inédite – sous cette forme – sous la V° République (faisant toutefois suite à la découverte de la fille adultérine de Mitterrand et au divorce de N. Sarkozy). Elle a pour le moment un certain nombre de conséquences : stratégie de reconquête stoppée net au point de faire passer l’accessoire devant l’essentiel, tension extrême entre l’intime et le politique, téléscopage de toutes les tactiques et autres stratégies, demande prochaine éventuelle d’une clarification officielle concernant la situation du couple présidentiel (et notamment le destin de Valérie Trierweiler, sa compagne « officielle » à l’Elysée. Autant de questions dans la gibecière des journalistes pour une conférence de presse qui portera sur la nature de sa doctrine, la situation économique nationale et l’affaire Dieudonné. Quid tout d’abord de la « synthèse sociale-libérale » ? En annonçant aux vœux sa triple intention de baisser les impôts, de réduire la dépense publique et de proposer un « pacte de responsabilité » aux entreprises, il précisait la politique annoncée il y a treize mois de « pacte de compétitivité ». Voilà l’ancien candidat devenu Président plongé pour l’adopter dans le « social-libéralisme » d’un Tony Blair. Cette dérive libérale dans le champ économique l’est-elle sur le plan culturel et politique ? Réponse cinglante de Nicolas Baverez dans Le Point (N° 2156) : « Le drame de François Hollande vient de ce que ses mots n’ont jamais davantage juré avec son action et que sa conversion salutaire se heurte de plein fouet à sa perte de légitimité, au discrédit de sa personne et de sa parole » (ou quand il y a télescopage inattendu mais politiquement meurtrier entre vie publique et vie privée). Et nombre de chroniqueurs de rappeler l’endettement, la débauche d’impôts et de dépenses publiques, l’amélioration attendue des principaux indicateurs économiques risquant d’être trop timide pour compenser les dégâts sociaux de la crise. Vient s’ajouter à ces problématiques de temps de crise l’affaire Dieudonné et la décision exceptionnelle du Conseil d’Etat le 9 Janvier opérant dans son ordonnance un véritable revirement de jurisprudence (l’interdiction préventive d’un spectacle était impossible auparavant) invoquant plusieurs motifs pour expliquer sa décision : « risques sérieux de troubles à l’ordre public, graves atteintes au respect des valeurs et principes consacrés par la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen et par la tradition républicaine. » Le Conseil d’Etat a peut-être mis un coup d’arrêt à l’entreprise – « de haine » selon M. Valls – de Dieudonné. F. Hollande parlait, alors candidat, d’une Présidence normale ! Il est décidément servi !


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