Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Une grande leçon de géopolitique

Un moment historique dans la coopération internationale des organismes de presse (109 rédactions dans 74 pays), le vertige devant un basculement de l’investigation dans l’ère du “big-data” : près de 11,5 millions de documents internes du cabinet Mossack-Fonseca obtenus par le Consortium de journalistes. Ce que l’histoire immédiate a déjà appelé “Panama Papers”, nous offre la carte la plus contemporaine et la plus complète d’un pan entier de la finance mondiale où se mêlent l’argent propre et l’argent sale du crime, des trafics et de la corruption.

Ainsi nous est offerte une grande leçon de géopolitique mêlant acteurs du scandale imbriqués dans une même histoire nous permettant de mieux être convaincus par la géographie des banques toutes disposées à se déplacer des Iles Vierges aux Seychelles puis à Panama et à Dubaï. Voilà l’international marqué par le soupçon et qui nous conduira à regretter notre corps politique, à déplorer la montée inexorable des populismes s’enrichissant d’une scandaleuse déclinaison d’un intérêt général.

« Les principaux bénéficiaires sont ceux-là mêmes qui instrumentalisent la lutte contre la corruption » 

Si les journalistes font leur travail, les gouvernements font-ils le leur ? Rien n’a été fait depuis la crise de 2008. Pour l’économiste Thomas Piketty, « il est désormais urgent d’accélérer le processus et de mettre en place de lourdes sanctions commerciales et financières pour les pays qui ne respectent pas les règles strictes ; seule une application répétée de telles sanctions permettra de sortir du climat d’opacité et d’impunité ». À chacun d’espérer que le monde saura entendre les leçons des “Panama Papers” en s’attaquant à l’opacité financière sans attendre une nouvelle crise ! Cet espoir est-il vain quand on sait, selon l’auteur de “Petit manuel de désobéissance citoyenne” (William Bourdon), que « les principaux bénéficiaires sont bien souvent ceux-là mêmes qui instrumentalisent la lutte contre la corruption ». Et cet avocat de nous mettre déjà en garde face aux futurs, mais non dévoilés, “Hong-Kong Papers”, “Dubaï Papers” et “Pékin Papers”. Le moment est venu de protéger ceux qu’on appelle les “lanceurs d’alerte” qui font émerger les vérités au détriment de la Raison d’État ou de la Raison d’Empire(s)!

D’autres révélations suivront l’ouverture de cette gigantesque boîte de Pandore, car la défiance citoyenne reste énorme. Reste toutefois à méditer ce constat de la philosophe Hannah Arendt : « L’honnêteté n’a jamais compté parmi les vertus politiques et les mensonges ont toujours été considérés comme des outils légitimes dans les relations politiques ».

 

 

 


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