Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Une France coupée en deux: Consensus ou dissensus ?

Il est des moments dans l’actualité qui donnent le sentiment de vivre des fragments d’histoire du quinquennat tant ils constituent, chacun dans sa spécificité mais aussi dans leur interaction non programmée, des événements qui bouleversent la quotidienneté au point d’être de nouveaux repères dans la construction du « Hollandisme ». Ils sont au nombre de trois : 1) L’intervention de l’armée française au Mali 2) La manifestation contre le « mariage pour tous » 3) La sécurisation de l’emploi signée par trois syndicats sur cinq. Voilà donc, au moment où les critiques continuaient de fuser sur son indécision et son incapacité à définir un cap, François Hollande décidant, en tant que « Chef des armées » (Article 15 de la Constitution), d’engager la France dans une intervention militaire à l’étranger (Mali). Il est soutenu par une majorité de Français ; en dehors des écologistes et du Front de gauche (s’interrogeant sur le mandat international de l’ONU et l’absence de consultation du Parlement – qui le sera ce Lundi -) le PS et l’UMP sont unanimes à soutenir la décision présidentielle, presque « l’union sacrée » pour cette opération « Serval » du nom d’un félin africain. Le Président n’a pas manqué de rappeler qu’il agissait « dans le cadre de la légalité internationale », que l’intervention était permise par le chapitre 7 de la Charte de l’ONU et par la Résolution 2085, votée fin décembre, de l’ONU. Quelle tournure les événements vont-ils prendre ? Le territoire métropolitain est-il menacé d’un attentat (vigipirate a été renforcé), d’autres soldats vont-ils mourir, l’opération peut-elle se retourner contre son initiateur ?

Autant de questions qui montrent que la prise de risque du Chef d’État peut, dans un premier temps, le faire remonter dans les sondages et dans un autre temps, l’entraîner dans l’impopularité. Celle-ci plus que palpable lors de la « manif’ des anti », la manifestation des chiffres qui claquent : 45 chars, cinq millions de tracts, 50 000 drapeaux, 60 000 affiches, 10 000 pancartes bleu-blanc-rose, plus d’un millier de bus convergeant vers Paris. Des centaines de milliers de personnes dans la rue, peut-être le million, un « remake » de 1984 ? En tout cas, une affluence exceptionnelle, une démonstration de force, une « héroïne » surmédiatisée, Frigide Barjot, « fofolle de Dieu » affirmant « qu’il n’y a pas de valeurs de la France sans ses fondements chrétiens », une occasion majeure pour les réseaux catholiques de montrer leur puissance (force des Associations familiales catholiques avec ses 35 000 militants), une « manif’ » à un million d’euros selon Radio Notre-Dame (2 à 3 euros par manifestant). Là aussi les conséquences pourraient entraîner le Président de la République à montrer qu’il a compris le message lancé et qu’il doit prendre les dispositions nécessaires pour ne pas couper la France en deux en cette occasion. Enfin, accord serré quand même faisant de François Hollande « le champion du dialogue entre partenaires sociaux » demandant au gouvernement de préparer un projet de la loi permettant au droit social français de faire bientôt un pas de plus vers la « flexibilité ». Là aussi, comme sur le front militaire, l’appel à un « compromis historique » a été entendu, donnant la clé d’une explication du « Hollandisme » ainsi défini par Jean Grosset (numéro 2 de l’UNSA) : « le dialogue social est à la base de la pensée politique de François Hollande et c’est une conception et du gouvernement et de la société … Privilégier le contrat par rapport à la loi c’est plutôt original en France … C’est une autre conception sociale-démocrate. » Faut-il pourtant continuer à y voir ce que J.M. Ayrault ne cesse d’appeler « un nouveau modèle français », tant il est vrai que la pulsion de survie n’a pas de date de péremption.

 

Stéphane Baumont


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