Philippe Motta
Philippe
Motta
Chronique d'un temps qui leur échappe

Une araignée sous les bérets

On a failli tressaillir. Le 8 mars dernier, le spectre de Mohamed Merah hantait le ciel de l’école juive Ohr-Torah où, en mars 2012, l’illuminé djihadiste des Izards avait sévi de sinistre manière : un drone a été repéré, survolant l’établissement. L’incident n’avait rien d’anodin. Par les temps qui courent, les fous de Dieu autant que les fous tout court méritent la plus grande vigilance. De fait, une mobilisation à la hauteur du danger a suivi l’annonce de l’événement par La Dépêche, qui note cependant « un emballement au-delà du raisonnable ». L’auteur de l’article garde son calme et relève que, « selon certains éléments recueillis (…) le drone (…) a survolé une partie de la ville », mais « sans s’attarder spécialement sur l’école ». Ouf ! Toutefois, les fournisseurs d’éléments à recueillir qui ont alimenté le journaliste n’ont pas l’air de vouloir prendre l’affaire à la plaisanterie. On se demande bien qui ils sont. Car les témoins font dans le précis : « l’engin a été repéré par les militaires » en faction devant l’école. Pas de panique, certes, mais de la crédibilité tout de même : une info fournie par « la grande muette », c’est du sérieux. Cependant, le journaliste freine des quatre fers et relativise. Mais, le jeudi 12 mars : rebelote ! « Dans la nuit (…) un drone a été vu à deux reprises ». Vous avez bien lu : « vu ». Et « à deux reprises », c’est ni de la berlue, ni de la blagounette, hein. D’autant que ce coup-ci, ce sont « les militaires ET les agents de sécurité » qui ont vu le truc. Et le drone qui dimanche ne faisait que passer devient, le jeudi, « source d’inquiétude ». À juste titre : une résidente « de la rue où vivait Merah » a « vu », elle aussi –mais elle était la seule dans son quartier- un appareil de cet acabit quelques jours plus tôt.

« Une bestiole devant la caméra » 

Cette Toulousaine –qui reste anonyme pour des raisons bien compréhensibles- livre même un détail qui va se révéler pertinent en décrivant l’engin comme « une masse sombre avec des pattes sur le côté ». La gendarmerie des transports aériens (GTA) est mise sur le coup. Heureusement. Car onze jours plus tard, le 23 mars, la nouvelle tombe à 11 h 59 : « un troisième drone a été repéré par les militaires en faction ». Des mecs qui ont l’œil, puisqu’ils « repèrent », donc. À 14 h 51 : patatras ! Le journaliste de La Dépêche se rue sur l’édition en ligne : « Le drone était une bestiole devant la caméra ». Après un examen plus attentif des bandes vidéo, on apprendra qu’il s’agissait d’une araignée. Ben zut, alors. Et tous ces témoins ? Tous ces gens qui ont « vu », « repéré », « signalé » ? Ce n’était donc pas les militaires en faction ? C’est vrai, quand on y pense,  comment pouvaient-ils être à la fois dans la rue et derrière un écran, pour « voir » ? On imagine que ça a dû chauffer sous les bérets pour réparer la boulette. Visiblement promue interlocuteur privilégié de cette source aussi mystérieuse que fiable, La Dépêche arrive avec les premiers secours. Et d’expliquer  que l’insecte avait élu domicile devant l’objectif de la caméra, « ce qui a provoqué la confusion des agents de sécurité ». Ahh ! Les agents de sécurité ! Bien trouvé : les petites mains incompétentes de la vigilance privée. Exit les militaires. Ils sont hors du coup, et le disent à La Dépêche : « les survols du 8 et du 12 mars étaient bien réels, eux ». Ahh ! En somme, le 23, l’araignée n’était que de passage. Comme un drone, quoi. La GTA ne lâche pas le morceau et l’enquête continue. Sur la toile ?


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