Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Un printemps anti-Mai 1968 ?

Au moment où un faisceau d’événements – comme autant de présomptions – marquent l’actualité immédiate en imposant au-delà de l’événement, l’interprétation qu’il faut en tirer, chacun s’interroge sur cette curieuse concordance des temps : l’historien Dominique Venner se suicide devant l’autel de Notre-Dame de Paris, pour notamment dénoncer, selon Renaud Camus et le parti de l’In-nocence « le grand remplacement de population et de civilisation au bénéfice de l’Islam » mais aussi « le mariage pour tous » ; le soldat britannique assassiné en plein cœur de Londres par deux terroristes laissant des commentateurs comparer cet événement à l’affaire Merah de Toulouse ; la guerre ethnique en Suède et l’enlèvement de deux otages au Niger : tout cela sur fond quotidien et envahissant de Festival de Cannes « non pas la négation majestueuse du Forum de Davos, mais au contraire la vérité philosophique accomplie » (pour le philosophe Jean-Claude Michea), tout cela sur fond de manifestation clairement contre le pouvoir qui conduit un certain nombre de journalistes et de philosophes à poser ouvertement et publiquement la question : « Vers un Printemps anti-Mai 1968 ? » « Quarante-cinq ans après, nous assistons à un Mai 68 de droite », prophétise Guillaume Peltier, vice-président de l’UMP, reprochant à Mai 68 d’avoir mené « au relativisme, au nihilisme, au consumérisme, à l’abolition d’une civilisation. » L’historienne Ludivine Bantigny souligne que « le Printemps français apparaît comme une revanche sur Mai 1968 mais lui emprunte ses codes ainsi dénaturés… c’est un écho à un Mai sans pavés, à un Mai inversé. » Et d’en déduire « qu’une génération politique est en train de naître, Printemps français claquant aussi par son objectif. »

Pour l’universitaire François Cusset, historien des idées, « les chaleurs du pavé et de la contestation ont été abandonnées par des syndicats en déclin, des partis discrédités et une gauche plus soucieuse d’austérité budgétaire et de rigueur sécuritaire que la plus libérale des droites » et d’ajouter que « le fatalisme économique et le cynisme anti-social, le réalisme européen et le mensonge de l’impuissance vident les rues du changement social. » Pour Chantal Delsol, la surprise vient de « ce que l’on sous-estime l’importance d’une mouvance conservatrice qui reconnaît la finitude humaine comme pierre d’angle et n’accepte pas de se lancer tête baissée dans des programmes d’émancipation aveugles. » Pour le sociologue Jean-Pierre Le Goff, « la France se morcelle sous l’effet de multiples fractures qui ne sont pas seulement économiques et sociales, mais culturelles… La question sociale qui a façonné l’identité historique de la gauche, n’occupe plus la place centrale… Il y a de quoi s’inquiéter sur l’avenir d’une gauche qui ne s’aperçoit même plus qu’elle exacerbe une bonne partie de son électorat et de la population.» Reste peut-être en attendant la réponse à la question sur ce « Printemps anti-Mai 1968 » à relire George Orwell dans « La ferme aux animaux » : « Le remplacement d’une orthodoxie par une autre n’est pas nécessairement un progrès ; le véritable ennemi c’est l’esprit réduit à l’état de gramophone et cela reste vrai que l’on soit d’accord ou non avec le disque qui passe à un certain moment.

 

 Stéphane Baumont


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