Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Alors que la population de Lampedusa se sent abandonnée par l’Europe face à un phénomène qui la dépasse (le naufrage du 3 Octobre suivi de celui du 11), pas un gouvernement -celui des États-nations constituant l’Union Européenne – ne propose autre chose qu’un concert de lamentations et de compassion pour tenter de répondre à l’émotion publique considérable qui voudrait que l’on fît quelque chose mais qui surtout ne veut voir son pays accueillir ces réfugiés politiques et sociétaux. Il faut décidément aller plus loin que le concert de dénonciation, dépasser crispations identitaires et tentations souverainistes. Seul l’impératif de gouvernance européenne peut donner le « la ». C’est dans ce contexte tendu qu’est attribué à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) le Prix Nobel de la Paix (Nobel, faut-il le rappeler, qui avant d’être un prix, était chimiste, fabricant d’armes et inventeur de la… dynamite !). S’il est juste que le travail de cette organisation soit « primé », s’il fait suite aux Prix remis à Obama et à El Baradei dans leur lutte contre l’armement nucléaire, il n’est pas certain – il est même paradoxal – qu’il soit remis dans le contexte présent après l’attaque aux armes chimiques du 21 août dernier. Il ne faut pas oublier que l’OIAC traite avec Bachar Al-Assad alors qu’il continue à mener une guerre meurtrière (120 000 morts), que cette reconnaissance fait oublier l’urgence du désarmement et la destruction des armes de destruction massive, que l’ambiguïté est désormais forte et ne sert pas autant la paix que l’attribution du prix pourrait le faire croire dans son hypermédiatisation. Sur le versant national de l’actualité, les médias plongent déjà dans le centenaire de la guerre de 1914 (la Grande Guerre aura bientôt cent ans) et accompagnent la déferlante éditoriale des dizaines d’expositions et d’initiatives locales. D’où naît comme le souligne l’historien Jean-Noël Jeanneney, « au-delà du consensus mémoriel, l’envie de poser une question simple : pour quoi faire ? » Et d’enchaîner avec une batterie de questions : « Faut-il se satisfaire de communier après coup avec les souffrances des combattants perçus essentiellement comme des victimes ? Quel lien établir avec ce conflit vieux d’un siècle alors que le pays d’aujourd’hui a tant changé par rapport à celui de la Belle Époque ? » Déjà un éclairage nous est donné par les spécialistes ; déjà une réflexion nous est commune dans nos intimités respectives : celui du nom de l’ancêtre sacrifié, « mort pour la France » sur le monument aux morts de notre petite village rural. Le 11 novembre 2014 devra être dûment commémoré. Autre concordance des temps, la parution du dernier livre d’Alain Finkielkraut (« L’identité malheureuse ») où l’auteur affirme que « notre héritage mérite d’être préservé, entretenu et transmis aussi bien aux autochtones qu’aux nouveaux arrivants… Reste à savoir s’il est encore possible d’hériter et de transmettre ? », et l’irruption du « sondage qui fait peur » : pour la première fois, le FN arrive en tête avec 24 % des voix loin devant le PS (19%) et l’UMP (22%). Désormais, soulignent les observateurs, « le parti de Marine Le Pen ne se contente pas de brouiller les cartes. Il devient le maître du jeu. » Face à ce risque politique qui pourrait conduire à des bouleversements gouvernementaux, le Président Hollande propose de répondre par le triptyque « Prévention, solidarité, protection » ; d’autres soulignent que le FN est en panne de candidats à moins de six mois du scrutin en dehors du Nord et du Sud-Ouest. Sans candidats suffisants, il est difficile de prétendre être « le premier parti de France. »

 

Stéphane Baumont


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