Philippe Motta
Philippe
Motta
Chronique d'un temps qui leur échappe

Un hommage, à n’en pas Douster

 

Une tête en bronze à deux pas de l’endroit où, sous un couperet, chut celle du Duc de Montmorency. Pour celui-ci, un échafaud, pour celui-là, une stèle ; cruelle proximité. C’est l’hommage que l’actuel maire de Toulouse, a tenu à rendre à Dominique Baudis, son prédécesseur. Les Toulousains sont venus nombreux. L’héritier politique autoproclamé  a fait bonne figure face à sa mémoire tant il est vrai que la filiation revendiquée est à sens unique. Jean-Luc Moudenc, il l’oublie, doit davantage son siège aux prévenances de Philippe Douste-Blazy qui, lors de son départ de la mairie en mars 2004, avait précisément tout mis en œuvre pour que la vieille garde baudisienne soit écartée. C’est donc au prix de ce renoncement que Jean-Luc Moudenc a été désigné intéri-maire jusqu’en 2007. Depuis, l’oubli a fait l’essentiel, l’important étant aujourd’hui de jouer au mieux la partition du bon fils spirituel tant il est vrai que l’image de Dominique Baudis peut encore porter quelques fruits. Dans l’hommage qu’il lui consacrait, le 10 avril 2014, Gilbert Laval, notre confrère de Libération, notait à propos de Dominique Baudis : « sa règle semble avoir été de durer dans la vie politique, pour ne pas disparaître de la vie publique ». Une façon de dire qu’il se contrefoutait des histoires d’appareils, se contentant de payer ses cotisations au Centre des démocrates sociaux (CDS), une formation de centre mou qui n’a jamais mangé le pain de personne. Hermétique à tout parasitage, sa politique c’était Toulouse dont il avait fait son cap quelles que soient les tempêtes.

 « Une mise à distance du mouvement citoyen »

Dans son discours, on relève que l’actuel élu voit dans son prédécesseur « le plus grand des maires au cours d’une des périodes les plus heureuses de la ville ». Humm. Cette formulation a quelque chose d’un peu restrictif : « au cours d’une des périodes les plus heureuses ». Est-ce à dire que celle-ci ne l’est pas ? Que Dominique Baudis a été un grand maire parce que la période s’y prêtait ? Ou est-ce un lapsus qui vient révéler que la copie se rend compte qu’elle ne s’ajuste pas parfaitement au modèle ? Cette référence à un passé « heureux » a quelque chose de troublant quand on la met en regard de certaines postures, disons, un peu étonnantes. Prenons seulement pour exemple la privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Face à la levée de boucliers, Jean-Luc Moudenc avait dénoncé « des attaques politiciennes » contre… Emmanuel Macron ! Et de qualifier Médiapart, qui donnait l’info, de « presse à sensation ». On le voit, rien de sérieux, sinon une mise à distance du mouvement citoyen qui émergeait. N’a-t-il pas su le déceler ? Ce genre d’événement n’aurait certainement pas échappé à son mentor. Il faut donc s’interroger sur le revirement de l’actuel maire qui, le jeudi en conseil de communauté refuse de voter un vœu, auquel il souscrit le lendemain au conseil municipal. Alain Juppé à Bordeaux et Christian Estrosi à Nice sont clairs depuis le départ : pas de privatisation. Ils sont UMP. Comme Jean-Luc Moudenc. Est-ce là, la source de la versatilité qui l’amène soudain à porter « une attaque politicienne » contre ce pauvre Emmanuel Macron qui avait naguère sa compassion ? Est-ce de « la politique à sensation » ? Ce n’est pas en tout cas du Baudis. Ou alors mal compris. Comme une façon de ne pas vouloir disparaître de la vie politique pour pouvoir durer dans la vie publique. Du Douste-Blazy, en somme.

 

 

 

 


2 COMMENTAIRES SUR Un hommage, à n’en pas Douster

  1. Lafon dit :

    Motta qui encense Baudis pour mieux descendre Moudenc! on croirait rêver!
    Il était où le journaliste en 2003 ?

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