TLT : « la prophylaxie m’a empoisonner »

 

Il est rare, mais toujours tragique de voir le destin d’un média soumis à l’encan de juges non professionnels dans l’antichambre desquels rôdent administrateurs et mandataires judiciaires gloutons. C’est hélas le sort promis à Télé Toulouse (TLT) qui peine à se désendetter d’une bagatelle de 2 M€, soit à peu près pas grand-chose pour un support audiovisuel. Tout le monde le voit et personne n’ose le dire,  mais le problème de TLT n’est pas l’argent. Fille naturelle de la Générale des Eaux, Télé Toulouse démarre en 1988 sous l’œil attendri de Dominique Baudis. Par coïncidence, en 1990, la Générale obtient la concession du réseau d’eau de la ville. Comme une chance de cet acabit n’arrive jamais seule, malgré les changements d’actionnaires, force est de constater que la ligne éditoriale de cette télé toujours proclamée « indépendante » est restée avec une constance obstinée très en harmonie avec les différents occupants du Capitole qui, bien sûr, s’interdit avec une rigueur farouche d’interférer sur les programmes. Et surtout pas sur les infos, c’est juré ! Si on a pu la juger baudisienne avec Baudis, doustienne avec Douste, socialiste avec Cohen, et délavée avec Moudenc, c’est sans doute parce que ses directeurs étaient en phase avec l’histoire profonde de la ville. N’allez pas croire ce que vous avez vu. Des exemples ? Pierre Esplugas y était chroniqueur politique du temps de Moudenc 1er avant de figurer sur la liste Moudenc-le-Retour ; en 2013, Martin Malvy a joué le Roi Mage pour y aller de son écot au moment précis où son chef de cabinet y déposait son CV. Zut ! Cette série de hasards (il y en a eu d’autres) a fini par laisser pressentir au Toulousain que sa télé n’était qu’un jouet aux mains des politiques qui la perfusent.

 « Des calculs à gros sabots »

On n’oubliera pas de mettre dans ce sac l’autre actionnaire de référence, en l’espèce La Dépêche du Midi toujours sur les talons de ses  « partenaires » institutionnels, mais sans pour autant pouvoir ou vouloir (selon les époques) renflouer la machine. Chacun avare de ses sous, mais épiant l’autre pour lui interdire de prendre le contrôle et enfin libérer l’onde dans un sens ou dans l’autre, qu’importe, mais enfin créer une fenêtre ouvrant sur une perspective. Rien. TLT n’est pas un média, mais un enjeu de pouvoir et c’est de cela qu’elle défuncte  parce qu’elle n’est restée que cela. De fait, toute velléité d’originalité a été entravée, rabotée, asphyxiée. Surtout sur l’info à qui personne n’a jamais laissé donner un ton : passée au laminoir des services de com’ et de l’orgueil paranoïaque de nos penseurs plus sûrement reconnaissables à leur écharpe qu’à leur hauteur de vue. C’est ainsi que TLT meurt moins d’un manque d’argent que d’un excès de bêtise. Tiraillée entre des petits egos et des calculs à gros sabots, ligotée entre la crainte de ne pas plaire et la peur de déplaire, accédant avec peine au médiocre, la rédaction a sombré dans l’atonie. Pourtant, il y a là un formidable outil pour créer une proximité. Si l’on dit « citoyenne », certains y sentiront une connotation, si l’on dit « pour tous » d’autres en verront une autre, et le concept de « télé de plein vent », trop hardi, serait récusé par tous. C’est bien là le mal de TLT : à force de la vouloir pour soi, des actionnaires sans grandeur en ont fait la télé de personne. Elle s’éteint de la maladie des petits esprits : la gangrène par l’asepsie.

 

 


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